Par un matin d'hiver (Harlequin Prélud')

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Par un matin d'hiver, Holly Jacobs

Eli arriva à son rendez-vous avec Zac Keller en retenant ses larmes. C’était un rendez-vous de travail, un rendez-vous important. Il n’était donc pas question qu’elle s’écroule, encore moins devant Zac, ce partenaire professionnel pour lequel elle avait tant d’admiration ! Elle s’efforça donc de faire bonne figure, et d’oublier ses soucis. Après tout, elle avait neuf mois devant elle pour s’occuper de ses « soucis »-là. Et alors que le rendez-vous suivait son cours et que Eli pensait avoir réussi à donner le change, Zac Keller lui prit la main et déclara : « Et maintenant, si vous me disiez ce qui ne va pas ? » Il n’en fallut pas davantage pour que les larmes roulent. « Je vais avoir un bébé, répondit Eli, furieuse d’être démasquée. Un bébé dont le père ne veut pas… »

Publié le : lundi 1 novembre 2010
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280291118
Nombre de pages : 320
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Prologue

« Avec la nature, impossible de tricher. »

— La grossesse, la naissance et l’éducation des enfants expliquées aux adolescents, par MARY JEANNE LORELEI

Ariel Mayor le savait : jusqu’à récemment, elle avait toujours été le chouchou de ses professeurs. La préférée. L’élève qui ne pouvait pas commettre d’erreur.

Elle avait d’ailleurs cultivé son statut privilégié avec le soin jaloux d’un jardinier veillant sur ses orchidées de concours. Ainsi, à son arrivée en terminale, elle avait porté à sa perfection l’art d’être parfaite. Toujours la première à lever la main en cours, à participer, à se porter volontaire, elle caracolait régulièrement en tête de classe.

Elle ne s’amusait pas seulement à séduire ses professeurs, elle jouait le même jeu auprès de ses camarades.

Ainsi, pour gagner la sympathie des autres filles, elle faisait attention à ne jamais marcher sur leurs plates-bandes, et à ne pas approcher leurs petits copains. Toujours disponible, elle offrait une épaule secourable aux éplorées désireuses de s’épancher et s’arrangeait en permanence pour avoir dans son sac de quoi répondre aux urgences. Une fois qu’on était redevable à quelqu’un, impossible ou presque de le haïr ! C’était une évidence lumineuse !

De plus, elle était chef des majorettes. Ce qui élargissait automatiquement son cercle de relations et, accessoirement, lui attirait l’intérêt des garçons. Ceux-ci lui tournaient tous autour ! Cette popularité-là, elle ne la devait pas à une stratégie de sa part, Ariel en était bien consciente : la nature l’avait dotée d’une magnifique chevelure blonde et d’un corps souple et élancé. Néanmoins, elle avait travaillé dur pour peaufiner le reste : s’habiller avec goût, se maquiller à la perfection, rire à bon escient, savoir quand se rapprocher des autres et quand garder ses distances.

Oui, toujours irréprochable.

Jusqu’à cette fameuse nuit dans la camionnette de Charlie Markowski.

Debout devant Mme Cartwright, dans le bureau de celle-ci, Ariel attendait. Son professeur n’était pas une belle femme, mais elle avait quelque chose. Cheveux châtains aux épaules, yeux bleus, taille moyenne, c’était une personne au physique passe-partout, qui se fondait facilement dans la masse — ce qu’Ariel n’aurait jamais pu faire. Seulement, dès qu’elle souriait, son visage s’illuminait et elle devenait radieuse. Comment expliquer ce phénomène ? Mystère. Ariel ne pouvait que constater. Et elle espérait ardemment ressembler, un jour, à son mentor — et être, comme elle, une femme calme, sereine, ayant pris son destin en main et qui, de plus, devenait belle quand elle souriait.

Malheureusement, aujourd’hui, sa prof favorite ne souriait pas.

Pas du tout.

— Ariel, lança-t-elle sur un ton chagriné qui reflétait la déception qu’on pouvait lire sur son visage fermé.

Ces derniers temps, Ariel avait déçu son entourage, mais elle s’était mise en quatre pour plaire à cette femme-là, et voilà que Mme Cartwright, elle aussi, était contrariée.

— Ariel, Mme Brown est venue me voir, continua le professeur en faisant glisser un papier sur son bureau. Elle dit avoir trouvé ceci dans votre livre. C’est bien vous qui avez rédigé cette antisèche, n’est-ce pas ?

— Oui, murmura Ariel, penaude.

— Parlez plus fort.

— Oui.

— Vous avez une explication à donner ?

— La nuit dernière je travaillais au restaurant. J’avais prévu de réviser pendant la pause, mais Dale, l’abruti de gérant de Chez Barney, ne m’a pas laissée souffler une seconde. Un car de touristes est arrivé…

Accablée, Ariel haussa les épaules. A quoi bon se défendre ? La réalité, c’était qu’elle avait triché, point barre. Tricheuse. Un qualificatif supplémentaire était venu s’ajouter à la longue liste des caractéristiques qui la définissaient :

Chef des majorettes.

Déléguée de classe.

Elève brillante.

Adolescente enceinte.

Tricheuse.

Mme Cartwright ne cria pas. Elle ne se mit pas en colère. Elle se contenta de hocher tristement la tête, et de demander :

— Vous croyez vraiment que sombrer dans la facilité est le moyen de vous en sortir dans la vie ?

— Je ne savais pas quoi faire d’autre.

— Il ne vous est pas venu à l’idée d’aller trouver Mme Brown pour lui expliquer la situation ? Ou bien de venir me voir ? Vous aider à régler vos problèmes fait partie de mes attributions. Il y a toujours moyen de surmonter les difficultés, de trouver des solutions. Je sais que vous participez depuis peu au programme, n’empêche que vous connaissez notre leitmotiv : « Il existe toujours une solution. » Ecoutez, Ariel, soupira Mme Cartwright. Depuis que vous êtes enceinte, vous n’êtes plus seule en cause. Vous devez devenir un modèle pour votre enfant. C’est en vous observant qu’il ou elle apprendra comme il faut vivre. Vous aimeriez que votre propre enfant agisse comme vous ? Qu’il choisisse la facilité ?

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