Parcours de vie

De
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Pierre naît en 1941 à Ranton, petit village
de la Vienne, dans une famille de paysans
peu fortunés. Ses parents ayant divorcé
alors qu’il n’avait que 4 ans, il est élevé,
sans affection, par sa grand-mère maternelle.
Enfant de la campagne poitevine,
passionné par la nature qui l’entoure, il découvre dès son
plus jeune âge la vie rude des paysans d’après-guerre.


Arrivé à Toulon en 1955, il porte le même regard
empreint de curiosité sur sa région d’adoption et ses
contemporains. Il y est successivement apprenti boucher,
ferrailleur, livreur, commis de bar, carreleur, manoeuvre,
figurant à l’Opéra, militaire…


Tout au long de ce parcours qui le conduira de l’enfance
à ses premiers pas d’adulte, Pierre croisera la route de personnages
célèbres, parfois insolites ou inattendus, qui le
marqueront profondément (Marie Besnard, René Monory,
Rudy Hirigoyen, Paul Ricard, Édith Piaf, Coccinelle…).

Publié le : lundi 21 janvier 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782746631571
Nombre de pages : non-communiqué
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1941 La Seconde Guerre mondiale était commencée depuis deux ans et la France coupée en deux. La moitié nord était sous la botte allemande et la moitié sud soumise au régime de Vichy. C’est à Ranton, village de la Vienne, niché au bord de la Dive et situé en zone d’occupation allemande, que vivaient les parents de Petit Pierre. Ils s’étaient connus à La Grève, dans les marais de Pas-de-Jeu. Marguerite, sa mère, lui a raconté les circonstances de leur rencontre : « Mon père avait un frère prénommé Marie. Celui-ci avait une fille mariée avec un certain Cousin. Un personnage un peu bizarre. Ils avaient deux enfants, un peu zinzins aussi. Ils habitaient La Grève, dans les marais. Il n’y avait que quatre maisons, complètement isolées à côté d’une carrière de tourbe que l’on utilisait, après séchage comme combustible. Dans une des autres maisons, il y avait un couple et leurs trois enfants, deux filles et un gars. C’est là que j’ai connu ton père. Ma mère veuve depuis deux ans avec trois jeunes enfants, rendait régulièrement visite à sa nièce. Ce n’était pas vraiment une visite d’amitié mais plutôt alimentaire. Nous y allions
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surtout pour ramener des œufs, car les Cousin étaient sales comme des peignes et nous venions de Loudun en vélo, vingt-quatre kilomètres aller-retour, il fallait avoir faim ! Je n’étais pas du tout emballée de me rendre auprès des Cousins tous les dimanches. Ce n’était pas la joie car c’était mon seul jour de congé et j’aurais bien voulu faire autre chose. J’avais 15 ans et ta grand-mère insistait : “Tu vois, on ramène des œufs et on mange bien ici.” En plus, comme il y avait des volailles, des vaches et des chèvres pour nous qui n’avions rien, c’était le ravitaillement de la semaine assuré. C’était vraiment la campagne profonde avec des paysans arriérés, illettrés, plus proches de leurs bêtes que des hommes. M. Cousin était un peu simplet et la ferme était trop éloignée du village d’Arçay pour que les enfants puissent se rendre à l’école, seuls à travers les marais. C’était encore comme au moyen âge. La famille de ton père habitait donc à côté des Cousin. Gustave, ton père, était un peu plus dégourdi parce qu’il avait fait son service militaire au Maroc et qu’il avait bourlingué un peu partout. Dans le marais c’était “le coq”. Il parlait tout le temps de ses aventures et surtout des “fatma”. Il fricotait avec la fille de M. Cousin et lorsqu’il en avait envie il lui disait : “Va te laver les fesses à la rivière que je te baise.” C’était la fine fleur des habitants du marais et elle était même à mon mariage. J’ai donc fini par me marier avec lui, Gustave, l’homme des marais de La Grève. J’avais 17 ans et lui 29 ans. Ce n’était pas un mariage d’amour, loin de là. Pour moi c’était quitter une situation déplorable et pour ton père c’était pour faire plaisir à sa mère qui pensait que, marié, il serait plus sérieux et travail-leur. On s’est tous trompés. Pour moi la vie a été encore plus
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difficile et ton père n’a rien changé à ses habitudes : ne rien faire et courir les filles. Après notre mariage nous sommes partis habiter une petite maison à Pas-de-Jeu et les Cousin sont partis de la Grève pour s’installer de l’autre côté du marais, dans une ferme appartenant à M. Galabru riche propriétaire terrien. Je ne les ai jamais revus. »C’était une période très difficile pour tout le monde, hormis quelques petits débrouillards sans trop de scrupules et certains gros fermiers. Les parents se privaient pour don-ner le minimum nécessaire à leurs enfants. Dans les cam-pagnes, il aurait toutefois été plus facile de se nourrir mais pour les ouvriers agricoles et les filles de ferme, comme les parents de Petit Pierre, les restrictions étaient les mêmes que pour les « gens des villes ». Tout pour les riches, rien pour les pauvres. Peu de pain – rationné à trois cents grammes par personne – pas de beurre ni de sucre et encore moins de chocolat. Même le maïs était une denrée précieuse car très nourrissante. À Ranton il n’y avait que quelques voitures et pas de tracteur. Les voitures à essence avaient pratiquement dis-paru, remplacées par des gazogènes. Chacun devait se dé-brouiller et se déplaçait à pied ou en vélo et les travaux des champs se faisaient avec du matériel ancien, souvent vétuste, tiré par des chevaux ou des bœufs. Dans le village c’était le calme plat, hormis quelques aller et venues de soldats allemands à la recherche de nourriture à réquisitionner. Pourtant, dans le monde, il s’en passait des choses. La guerre faisait rage un peu partout en Europe,
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Louis Chevrolet – coureur et constructeur automobile amé-ricain – venait de décéder, les Anglais venaient de faire voler le premier avion à réaction, la cortisone et la pénicilline étaient employées pour la première fois sur des humains… Pour Marguerite, tous ces évènements importaient peu, ce n’était pas son principal souci. La chose la plus impor-tante en cette nuit du mardi 26 août, c’était de mettre au monde son deuxième enfant. Et c’est à 2 h 30 du matin que, assistée de la sage-femme et d’une voisine, Marguerite don-na le jour à son deuxième fils : Pierre. Malgré les conditions difficiles d’un accouchement à la maison, en milieu rural et en pleine période d’occupation, l’évènement s’est bien passé. L’enfant était beau et en pleine forme, son père Gustave, l’a bien arrosé avec ses copains. Son frère Marcel, son aîné de deux ans, allait avoir un compagnon de jeu. Si cette nuit-là Marguerite avait pu écouter la radio, elle aurait entendu les deux succès à la mode : André Dassary chanterViens, mon seul amour c’est toiet la chanson d’Édith PiafJ’ai dansé avec l’Amour. Le 26 août est sans aucun doute une date historique dans l’histoire de l’humanité, puisque c’est le jour de la naissance de Pierre ! Mais la postérité ne retiendra certainement que les naissances de Guillaume Apollinaire (1840), Jules Romain (1886) et mère Térésa (1910) et les évènements qui chan-gèrent le monde – l’entrée de Jeanne d’Arc dans Paris (1429), la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789) et la mise en service de la première ligne de chemin de fer en France, transportant des voyageurs (1837).
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Petit Pierre est donc né le jour anniversaire de la Décla-ration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui mettait fin au privilège de la naissance en affirmant que « les hommes naissent libres et égaux en droits ». À la naissance, oui, peut-être, mais après ?
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