Parcours ou le Théâtre de la Vie

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« Les années 70 furent pour nombre d’entre nous la découverte libertaire, pensant que nous allions changer certaines choses, certains comportements humains.

Rêvant d’équité sociale, nous nous sommes faits absorber dans un dédale de pensées revendicatives, cette fameuse époque de l’existentialisme dans laquelle chacun recherchait sa propre identité dans l’habitacle « humain », cette soif de savoir. Pourquoi nous étions sur cette planète, dans cette théorie des jeux, ce grand tabernacle de la misère, cette recherche constante de construire notre identité au gré de nos expériences, pour se sentir exister au sein de cette société. L’arrivée en masse des sectes, de la mode psychédélique, de la non-violence, de notre engagement contre le nucléaire, de l’émancipation de la femme, de l’amour libre, nous avaient amenés à choisir dans quel camp nous trouverions les arguments forts, correspondant à ce que chacun cherchait, pour grandir en toute liberté dans cette société, sans complexe. Dans ce panel de choix, il nous appartenait alors de tirer la bonne carte, l’atout maître ! »


Publié le : lundi 1 janvier 2007
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782952854801
Nombre de pages : non-communiqué
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Le bancAssis des journées entières sur un banc à glavioter par terre, dégoûtés, nous refaisons le monde à notre image ! Le soir venu, des mecs de la cité nous rejoignent pour taper la gratte sur des airs de Brassens en fumant des pétards jus-qu’au matin. Durant un mois, avec les fortes chaleurs, on ne décanille pas de ce banc, chacun glaviotant par terre sa déveine. J’en ai marre, il faut que je bouge. Ma guibole va mieux, le toubib de l’hosto me prolonge de deux semaines, puis après basta, plus de némo, alors ! Je quitte le banc, ras le bol, et vais sur la capitale, avec Acène, les après-midi, voir les derniers films américains avec Al Pacino, De Niro, Hoffmann, etc. Des flashs télé-visés sur le casse du siècle à Nice, chapeau Albert. « Sans arme, ni violence et sans haine » qu’il a inscrit sur le mur de la Société Générale. Cependant, un môme attend que, de nouveau, la veuve fonctionne, accusé d’un meurtre à cause d’un pull-over rouge. Influencés par ces films et l’actualité, nous voilà pris dans le jeu de vouloir jouer les maffieux, la plume à la main, partis le soir faire du fric-frac dans les pavillons des gens
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partis en vacances. Un soir, avec un mec de la cité, nous voilà, jouant de la plume comme dans le voleur, avec Bebel. Je fais sauter la serrure, nous entrons. L’autre, tétanisé, ne bouge pas. « Bouge mec et magne-toi ! Tu fais le rez-de-chaussée et moi le premier. OK ? Et fissa. » Au bout d’une heure, furetant comme un furet, je trouve des louis d’or sous la baignoire, et quelques bijoux. Je descends voir l’autre avec une télé dans les bras : « Pose ça, on n’est pas des déménageurs. Viens, on se casse. » Dehors, il commence à dérater comme un narval. Je le retiens par la veste : « Cours pas ! Si les flics passent, on est marron ! » On rentre et à demain, tchao. Mon cœur palpite tapant à cent à l’heure, dans ma poitrine. Je m’allonge me disant : « On est barge ! » Re-pensant au chtar, les images défilent jusqu’au matin. Putain de nuit blanche ! Maintenant il faut trouver un receleur. Je vais dans le centre, au bar derrière la gare, connaissant des potes d’enfance dans le business, le magot enroulé dans un mouchoir. Assis le nez dans un café, j’attends. Vers onze heures arrive Hocine, un ami d’enfance avec qui j’ai traîné, môme, le macadam de Bab El Oued. On se fait la bise. « J’ai quelque chose à te montrer, rouilla, chouffe. — Ah oui, c’est pas du toc. Viens, on va à Belleville chez Béchir. » Le magot dans le slibard, en route par le train et le mé-tro. Chaque fois que je croise une escouade de keufs, j’ai
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les miches à zéro : « Reste calme, sinon s’ils voient que tu paniques, c’est là qu’ils viennent. » Putain d’angoisse, en plus ça chauffe une étuve. La sueur dégouline, les mains moites et les guiboles en vrille, il est temps d’arriver, ouf. On entre dans le gourbi, des mecs jactent en bouffant un bol de haricots avec du mouton. Un gros assis dans un fauteuil, des bagouses plein les doigts, une grosse chaîne en or pendant le long de son cou de bœuf, s’aère avec un ventilo. « Houache rouilla, labès, qu’est-ce qui t’amène depuis le temps ? — Viens lui montrer derrière l’arrière-boutique ce que tu as. » L’autre a compris avec sa tête de truand, pas besoin de lui jouer la sonate en la majeur pour un receleur. Il prend la camelote, mord dedans : « Hum, c’est pas du toc, en plus dix-neuvième. Attends, je regarde le catalogue. » Au bout d’un laps de temps, il revient, pose une barre sur la table en Pascal et nous invite à boire un thé. Après la contingence de salamalecs et des « c’est quand tu veux, t’es chez toi », etc., nous voilà en direction de Strasbourg Saint-Denis chez un de ses potes qui tient un bar pas loin du quartier des putes. Je regarde dans les faits divers, déjà l’article imprime : « Ils se sont infiltrés comme des rats par le soupirail. Butin : trente-cinq mille francs ». J’éclate de rire, mon pote me regarde : « Lis, tu vas rire. Mais l’autre il m’a arnaqué. — Non, c’est le business. S’il le serre, il prend plus en tant que receleur. »
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Je lui glisse un billet puis retour au bercail. Je file de la thune au mec, lui disant : « Quand on casse, c’est pas un déménagement. Alors salut et bonne route. » Durant deux mois, je mène la vie entre les putes, les boîtes de nuit et les restaurants. Tricard par les keufs à Nanterre, je me casse à Bois-Colombes. Installé dans un trou à rat, donnant sur une cour, seuls deux potes passent me voir. Je bosse dans une boîte qui fabrique des cachetons à côté de la Défense. À part les week-end où je vais voir maman, je lis, buvant une Kro, l’œuvre de Dostoïevski. Sacré écrivain ce Russe ! Il en a connu des souffrances entre le goulag et l’épilepsie, mais quel rhé-teur ! Au bout d’une année, je laisse mon trou à rat à ma frangine et son gus puis retourne au bercail. Ma mission prend fin en intérim. Retour au chomdu. Traînant le ma-cadam, toujours en glaviotant, je revois l’artiste qui suit le courant de la mode, égal à lui-même dans son comporte-ment farfelu, grattant comme fonctionnaire à Paname, tou-jours passionné par son art. Les tableaux s’accumulent, ne trouvant pas preneur. J’ai fait connaissance d’une instit communiste qui me prend la tête avec les théories marxistes, m’emmenant chez les camarades, bouffer des idées noires, voulant abolir la bureaucratie et le toutim. À part la baise, rien de transcen-dant. Je l’ai larguée en pleine fête au mois de juin.
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Je bidouille des missions d’intérim à droite, à gauche, la crise du bâtiment étant là. Puis un jour, en allant au chom-du, je trouve une annonce, cherchant un éducateur technique en menuiserie dans un IME, en plus dans la cité.
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