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Parfum total

De
181 pages
Femmes d'une beauté exceptionnelle, voitures de luxe, sexe impossible, drogue et wifi mental, corruption, gadgets futuristes… font un cocktail détonnant qui plaira aux amateurs de San Antonio et de bandes dessinées. Et à tous ceux qui aiment se moquer de la politique, du show-business, de la société de consommation, des voyous, des sectes…tout en devinant entre les lignes un monde très sérieusement inquiétant, mais qu'il vaut mieux observer comme s'il était irréel, une pure fiction qui ne s'arrête que lorsque tout explose.
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2 Titre
Parfum total

3

DU MÊME AUTEUR
Ethique et épistémologie du nihilisme, les meurtriers du
sens, opus d’une thèse universitaire ( Paris IV),
L’Harmattan, 2002.
Le nihilisme français contemporain, fondements et illus-
trations, étude, L’Harmattan 2003.
Les Berbères et le christianisme, étude, Éditions
Berbères, 2004.
Sous le temps des malentendus, le sortilège s’efface, pré-
face au livre de Moïse Rahmani, Sous le joug du
croissant, juifs en terre d’Islam, éditions Sépharade,
Bruxelles, 2004.
L’œil brisé, qui a tué Pandora Swifer ? roman fantas-
tique, Éditions Le Manuscrit, 2004
Les Berbères ou l’(auto-)étouffement, essai, in À
l’ombre de l’islam, minorités et minorisés, Filipson
éditions, 2005.
Méthode d’évaluation du développement humain, de
l'émancipation à l’affinement, esquisse,
L’Harmattan, 2005.
La philosophie cannibale, La Table Ronde, 2006.
La condition néo-moderne, L’Harmattan, 2007.
Le monde arabe existe-il ? Histoire paradoxale des
Berbères, Editions de Paris, 2007 Titre
Lucien Oulahbib
Parfum total

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00626-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304006261 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00627-8 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304006278 (livre numérique

6 . .

8
I. ENTROPIA
7 Juillet, 20… cinq heures. Paris songeait
sans doute à ne plus se réveiller. Abych se sen-
tait en effet presque seul, longeant lentement les
Champs Elysés ; il vit le nouveau président de la
République française sortir du Fouquet’s sur un
pas replet.
Abych glissait comme s’il rêvait par une pe-
tite conscience dans un corps trop grand, direc-
tion la Concorde ; ses 158 kg de sumo débutant
débordaient sur le siège en cuir crème si délicat
de sa Panhard de collection qu’il surnommait la
Oune parce qu’elle avait été rafraîchie par un de-
signer vénitien.
Des immeubles miroirs réfléchissaient l’aube
lumineuse, sang solaire, sur ses yeux noisettes.
D’un geste étudié, Abych mit des lunettes noi-
res très rondes ; mais, en voulant se mirer dans
le rétroviseur, il vit quelque chose scintiller sur
le siège arrière… ou plutôt quelqu’un, allongé,
de dos, visage invisible : la face était tournée en-
fouie dans la banquette au cuir onctueux. Au
lieu de s’arrêter, il s’offrit en dérivation quelques
9 Parfum total
éléments à zieuter comme de longs cheveux
bouclés bruns et bleus, des mollets élancés, une
paire de larges hanches et des fessiers que l’on
devinait fermes, le tout féminin à cent dix pour
cent, dessiné par une très seyante robe métalli-
que Versace aux reflets d’argent. Cela fit tilt au
bout de son sexe, Abych sursauta, sans pourtant
cesser de rouler. Une voix le força même à ac-
cepter cette incursion affolante comme une
épreuve, celle de devenir un intrus dans sa pro-
pre voiture tout en le sommant de choisir : lais-
ser faire ou administrer.
Toutes les fenêtres de la Oune s’ouvrirent, il
faisait déjà bon, Abych inspira plus qu’il ne fal-
lait pour gagner du temps ; soulagé, euphorique
même, comme s’il avait gagné au loto, il respira
encore longuement l’air tiède parfumé et filtré
par un vent doux parcourant les feuillages des
platanes ; seules les formes urbaines se réveil-
laient, séductrices, dans les lumières matinales,
parachutes soyeux pour gueules de bois à la dé-
rive. Ou allait-il l’emmener ? Dans un hôtel ? Á
la prochaine station de taxi ? Pourquoi ne pas
s’arrêter et tirer… cela au clair des éclairs ?…
Abych fit comme s’il n’avait pas entendu toutes
ces questions hélant en lui autant de sceaux
d’instincts avides d’avoir le dernier mot,
d’autant que mille autres pensées salaces har-
ponnaient, surgissaient au-dessus des digues rai-
sonnables en vagues de trente mètres.
10 Entropia
Touchant un bouton il fit aussi décapoter la
Oune pour s’imprégner plus profondément en-
core du souffle, meilleur qu’une ligne de coke
pour contrebalancer sa descente nocturne, il en
oublia son indécision.
La forme bougea enfin ; un corps féminin ?
Définitivement. En était-il si sûr ? Quasiment,
même si les travelos étaient parfaits de nos
jours. Était-ce pour autant moins malsain ?
Non, bien sûr. Mais les formes, excitantes, de
l’inconnue, compensèrent le questionnement
sans fin sur le conflit entre l’instinct animal et le
sentiment humain. La Oune tourna vers la
Seine direction la Tour Effel ; Abych avait tou-
jours la flemme de s’arrêter pour demander qui
elle était ; de peur, surtout, qu’elle ne s’en aille.
Il était dans les cinq heures donc, et Abych
avait toujours un peu froid à cette heure dans
ses draps bleus mentaux. 5 h du mat je déses-
père… susurra une autre de ses mille et une
voix malaxant une vieille chanson des années
80.
Il la regarda à nouveau par le rétroviseur, son
visage était toujours tourné vers la banquette, il
l’épia jusqu’à s’en étourdir, s’imaginant la dési-
rer alors qu’elle était peut-être laide. La beauté
est une drogue dure.
11 Parfum total
Un tel artefact ne pouvait que provenir de
1l’Entropia , dont il venait de s’extraire, où la
foule à la mode se faisait fouler par l’air du
temps : sportifs côtés en Bourse, politiciens, ac-
trices et présentatrices SEF (Sans Émission
Fixe) toujours en forme, minces et bronzés, une
coupe de quelque chose entre leurs doigts, des
mains de masseuses SPA sur leurs épaules. Fai-
sait-elle partie de cette chair luxueuse et luxu-
riante ? Abych se rappela brusquement qu’il
avait longuement parlé, dans un état second, à
une délicieuse donzelle plongée avec lui au
cœur d’un jacuzzi VIP de l’Entropia. Son sub-
conscient dut croire à un fantasme et l’avait ef-
facé de sa mémoire à court terme. N’avaient-ils
pas heurté leur c (r) oupe de champagne, au nez
et à la barbe, (et plus encore en ces eaux trou-
2bles), de toutes ces stars, membres du MMP ?
Un réseau de souterrains secrets (officielle-
ment des lignes de métro désaffectées depuis
que le tram avait envahi Paris) permettait aux
initiés, y compris les plus critiques, radicaux,
anti-tout etc., de venir directement à l’Entropia,
par exemple de l’Assemblée Nationale, de di-
vers Ministères en particulier ceux du Quai

1L’Entropia, rue de Ponthieu, Paris 75 008, a remplacé
à la fois les Bains, Castel, et Régine, comme endroit
hype parisien, admission par parrainage, (source : Mini-
pédia).
2Médias-Mode-Politique.
12 Entropia
d’Orsay, de l’Éducation et de la Culture, mais
aussi de certaines tours de la Défense, de divers
sites de TV et radio ayant pourtant pignon sur
rue.
Shirley Loral, officiellement chanteuse et
mannequine, faisait toujours mine de rien, mal-
gré la pression dans son dos, et même si elle
l’avait bien allumé en effet dans le jacuzzi et le
long des slows brûlants, mais ce n’était plus la
question ; Aussi préféra-t-elle continuer à jouer
la fausse endormie (c’est sa copine Marilyn, la
visagiste de l’Entropia qui officiait autrefois aux
Bains, elle l’avait aidée à se glisser dans la
Oune), tout en observant sous le coude s’il ne la
voyait pas fouiller son porte document placé à
ses pieds ; elle y trouva quelques lettres, du fric,
un agenda. Et aussi un magalogue , il était à la
une, sa manchette renvoyait à un article dont
elle lut quelques passages :
« Richissime homme d’affaire, Abych est
aussi philosophe hédoniste, donc cuisinier,
gourmet et gourmand la plupart du temps, vi-
gneron, collectionneur, pilote hors pair, à ses
heures pour raccompagner certains de ses invité
(e) s, même au bout du monde. Il conduit, de
l’avion au voilier, merci à son arrière grand père,
un as, copain de Mermoz.
Arezki Bat’Yir Chassier (Abych) veut créer le
plus grand musée d’art contemporain qu’il a
installé à Venise plutôt qu’à l’île Seguin, Boulo-
13 Parfum total
1gne Billancourt. Les Flyings Rats du MDVP lui
avaient mis des bâtons dans les roues en vou-
lant contrôler sa direction générale, donc la
possibilité de choisir les artistes et d’organiser
les expositions temporaires.
Arezki Bat’Yir Chassier (Abych) a créé aussi le
MLM (mégalovemarché) qui est un nouveau type
d’art, celui de la vente happening, associant
coaching et accompagnement dont il avait eu
l’idée lors d’un voyage sur le vol d’une compa-
2gnie américaine : une jolie néo-vendeuse avec
une voix si douce et réconfortante, un mignon
post-vendeur fada de voyages, un spécialiste en
3DP , toutes et tous, du moins si vous le désirez,
vous accompagneront dans vos achats, vous
conseilleront, y compris sur votre vue sur la vie,
sa voie. Ils seront même votre agent pour vous
trouver un rôle dans une série, une émission de
tv-réalité, un stage ; même un emploi, sans ou-
blier diverses assurances, de la sécurité sociale à
l’assurance-chômage, en passant par les retraites
la gestion de patrimoine… Le MGM fournit

1Ministère Déconstruit de la Vertu Postmoderne.
2La compagnie Hooters Air planes, au départ de Newark,
Baltimore ou Atlanta, en direction de Myrtle Beach, Ca-
roline du Sud (USA), propose ce genre de services
d’accompagnement (International Herald Tribune, 20 août
2003 : Racy restaurant takes off, Hooters puts its concept aloft
with airline, by Elisabeth Olson).
3 Développement personnel.
14 Entropia
tout, clefs en main ! Abych doit inaugurer, le
7 juillet, le premier de la série, en région pari-
sienne, et en présence de toutes les plus grosses
huiles du pays… ».
Shirley blêmit, on était le 7 juillet, les rensei-
gnements étaient donc justes. Quelque chose
devait se passer, un attentat. Or, personne dans
le Service n’avait fait le lien avec cette inaugura-
tion et pourtant toutes les grosses huiles du
gouvernement et de l’élite du MMP avaient été
conviées à quitter un moment leurs jacuzzis
pour y aller, impossible d’annuler tant il n’était
encore question que de rumeurs en interne.
Mais ce qui lui fit soudain très peur était que
rien ne prévoyait ce lien entre Abych et ce qui
devrait se dérouler aujourd’hui… absolument
rien… sinon ce projet d’être là, suggéré par les
commanditaires qu’elle voulait justement coin-
cer et qui, pour la mettre à l’épreuve, lui avait
suggéré de séduire Abych le 6 juillet au soir, pas
le 5, le 7, ou le 9, non, le 6… C’est cete
concordance qui lui fit mal, elle n’arrivait plus à
détacher ses yeux de cet article anodin écrit
dans un magazine de mode, éphémère par défi-
nition, un rêve qui pouvait devenir cauchemar.

La Oune glissait toujours et silencieusement,
mais cette fois direction la Tour Effel le long de
cette Seine emplie d’Histoire, courant sans se
soucier des hommes vers sa destination finale,
15 Parfum total
la Manche, aux volutes puissantes ; le présent
qu’il avait envisagé avant de découvrir l’intruse
resserra soudainement son étreinte comme
pour le protéger d’une décision hâtive. En tra-
çant bien, un bon dej était toujours en vue à
Étretat, fruits de mer, cri de mouettes alertes
qui paradaient avec le moindre croûton de pain
distribué par les touristes en manque
d’affection, si naturelles et confiantes planant
sur le vent iodé ; bain sacral dans une eau magi-
que, (Arsène Lupin y avait son repaire), grosses
vagues et roulement de galets avec vue sur les
falaises finement sculptées par l’incessant va et
vient de l’alliance conflictuelle entre l’air la terre
et l’eau, tout cela envisageable vers 8 h.
Abych se sentit porté par un air ambiant de
plus en plus îvre, il voulait déconner. Coup de
bol ! ses ondes positives firent que la forme se
retourna, se frotta les yeux avec de petites me-
nottes. Une beauté ! A croquer. Abych avait ga-
gné le gros lot : mi scandinave mi asiatique mi
africaine, le tout arrangé médiatiquement exprès
sûr ! par exemple ses lèvres refaites african queen
1du Bronx ou Château-d’Eau-sur-Paname , fin vi-
sage ovale, nez aquilin, yeux bleus allongés en
amandes, une peau de pèche, une crinière d’une
héroïne de Manga, couleur miel. Banco ! Il ac-

1 10 ème arrondissement.
16 Entropia
céléra, regarda tout autour comme un voleur en
fuite avec un larcin inespéré.
La circulation automobile était infime, son
désir, lui, devint dense. D’où venait-elle ? La
voyant métisse, il rêvassa à une de ces éternelles
plantes carnivores, pousse sauvage issue des
1mangeoires urbaines , élevée au biberon télévi-
suel de la série à la mode, intermittente en de-
venir que la direction de l’Entropia laissait par-
fois entrer, comme autrefois par les portes dé-
robées des châteaux, pour attiser le banquet
romain permanent de la new jet set génération qui
conduit elle-même son avion, vit dans un néo-
manoir aménagé salle de sport, wii et wifi, pis-
cine intérieure et quand elle veut façon Batman
la ville vite ! vite ! vite ! par hélicoptère … Une
telle beauté ne pouvait être libre, quelque chose clo-
che ! ! ! ! L’espoir d’une jeune affranchie des
quartiers chauds qu’il confierait aux mystères
d’Étretat, s’estompa alors sèchement. Elle de-
vait avoir au moins trois soupirants à chaque
doigt et bas de soie soupira-t-il.
Plus il la regardait plus il vit en elle une néo-
geisha. Les cover-girls, elles, avaient disparu,
remplacées par les stars du porno, de plus en
plus mignonnes, avec site internet sous vidéo
intime et elle pouvait prendre rdv virtuel avec
vous… Mais quelque chose n’allait pas ! Elle

1 Kiosques à journaux.
17 Parfum total
semblait trop sage pour être une porno star ou
une espionne. Parce qu’une autre se serait ré-
veillée, à force. Pour faire son numéro.
Quelques instincts insistèrent en lui, le som-
mant désormais d’en faire l’expérience. Sur le
champ.
Il hésita à s’arrêter au coin d’une rue, la Oune
croisa de loin l’immense paquebot de Radio
France, en dérive, de l’autre côté de la Seine.
Abych mit sur pilote automatique, son regard
ne pouvant se détacher de cette jeune femme
alanguie aux cernes attrayants ; des bouts de
rouge à lèvre mauves pendaient mollement de
ses lèvres ourlées.
Il envia les cahots qui la dodelinaient d’une
houle lente.
Elle bougea à nouveau, gémissant si douce-
ment, si sensuellement, qu’Abych aurait bien été
dans son rêve, mais, pourquoi pas ? Il suffisait
de s’arrêter…
Cette fois la tentation ne trouva plus aucune
résistance.
Il modifia le parcours satellite et glissa la
Panhard Oune dans une rue adjacente à la Seine,
se demandant si elle le voyait dans son sommeil.
Peut-être qu’elle le laissait aller et venir des yeux
en préliminaire ? Abych avait d’autant plus rai-
son qu’un second gémissement suave s’était
brusquement déclenché.
18