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Prologue

Au siège de la société Air Ryker, Steven arpentait rageusement son bureau de président-directeur général tout en tirant des volutes bleutées d’une cigarette, dont il détestait jusqu’au goût.

Un chapitre de sa vie, qu’il avait clos près de quatre ans plus tôt, venait de se rouvrir, mettant brutalement à nu les plaies encore vives du passé.

Meg était revenue.

Etrange, cette peur diffuse qui lui étreignait le cœur. Voilà une sensation qu’il n’aurait jamais cru connaître… Il avait tellement changé ! Ou plutôt, cette femme l’avait changé — en le quittant sans un mot d’explication pour commencer une carrière de ballerine à New York alors qu’ils étaient fiancés.

Anéanti, humilié, il avait alors cherché un semblant de réconfort dans d’autres bras féminins, enchaînant une aventure après l’autre dans l’espoir de faire son deuil de sa relation avec Meg… Piètre consolation. Au bout du compte, il était demeuré seul avec ses souvenirs vivaces, douloureux, à la limite du supportable. Des souvenirs qui le hantaient encore aujourd’hui, et ce par la faute de Meg.

Steven n’avait plus qu’un désir maintenant : qu’elle souffre autant qu’il avait souffert ! Au nom de l’enfer qu’elle lui avait fait vivre, il brûlait de voir ses grands yeux bleus se remplir de larmes et le chagrin défigurer son charmant visage encadré de cheveux soyeux !

Il écrasa son mégot dans le cendrier déjà à moitié plein et s’approcha de la baie vitrée. Que haïssait-il le plus, le tabac ou la silhouette blonde droit surgie du passé ?… Aucune femme, jamais, ne l’avait rejeté. Bien sûr, il n’avait jamais non plus demandé une autre de ses partenaires en mariage. Le célibat suffisait à son bonheur avant ce jour fatidique où Meg l’avait embrassé.

En un instant, sa vie avait basculé…

Le regard de Steven se perdit vers l’horizon, au-delà des immeubles de verre et d’acier du centre de Wichita, qui scintillait sous le soleil du Kansas. Elle avait quatorze ans, et son frère David à peine davantage, lorsque leurs pères respectifs s’étaient associés en affaires. Entre les deux familles s’était insensiblement tissé un lien étroit. David et lui étaient devenus les meilleurs amis du monde ; Meg n’était à l’époque que la petite sœur dont on tolérait la présence avec indulgence… Seulement, au fil des saisons, l’adolescente s’était muée en une femme à la beauté délicate, qui avait fini par craqueler la glace incrustée autour du cœur endurci de Steven. Il lui avait tout donné, tout ce qu’il possédait, tout ce qu’il était, corps et âme…

Manifestement, cela n’avait pas suffi.

Il ne lui avait pas pardonné sa défection. Sur le moment, l’amour obsessionnel qu’il lui vouait avait bien failli lui coûter la raison. C’était cela qu’encore aujourd’hui, il lui était impossible d’accepter.

Sûrement, il trouverait un moyen de lui présenter l’addition. D’autant que ces jours-ci, pour une mauvaise blessure à la cheville, Meg était momentanément incapable de danser. Par ailleurs, sa compagnie connaissait de graves problèmes financiers… A condition de manœuvrer intelligemment, il saurait décrocher cette nuit magique, cette nuit unique dans les bras de Meg — cette nuit dont il rêvait depuis des années.

A ceci près que désormais, il ne serait plus guidé par l’amour ni par le désir…

Un fin sourire étira les lèvres de Steven. Cette nuit-là aurait la saveur infiniment délectable de la vengeance.

1

Cet après-midi-là, Meg Shannon s’exerçait à la barre lorsque le téléphone se mit à sonner.

— Quelle guigne, grommela-t-elle en clopinant jusqu’à l’appareil.

Les interruptions gênaient sa concentration. Il était déjà suffisamment difficile de travailler, avec ce tendon abîmé qui lui valait un repos forcé dans la demeure familiale…

— Allô, Steven ? lança sans préambule une voix féminine inconnue.

Meg se raidit instantanément. Une des innombrables conquêtes de Steven Ryker, sans doute. Pendant sa partie de tennis avec David, il avait dû basculer ses appels ici. Et voilà qu’il lui incombait de discuter avec ses petites amies ! Quel toupet…

Quoi qu’il en soit, cette jeune femme passerait par pertes et profits. Et pas plus tard que tout de suite.

— C’est de la part de qui ? roucoula-t-elle.

Un bref silence, puis :

— Jane. Et vous, qui êtes-vous ?

— Meg.

— Oh !

La voix hésita.

— Eh bien… Pourrais-je parler à Steven, je vous prie ?

Pour toute réponse, Meg enroula le fil du téléphone autour de l’index et murmura, la bouche collée au combiné :

— Chéri ? Oh, chéri, réveille-toi… C’est Jane, qui veut te parler.

A l’autre bout de la ligne retentit une exclamation étouffée. Réprimant une envie de rire, Meg redressa d’un geste machinal son chignon piqué d’épingles et attendit.

— Jamais je n’aurais…, commença sa correspondante d’un ton offusqué.

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