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Patchwork

De
113 pages

- PATCHWORK.- Quoi?- Rien.- Où?- Ailleurs.- Qui?- Jean et les autres.- Comment.- Suivant la méthode.- Je ne comprends rien.- Tolle, Lege.- Si votre livre est come votre quatrième de couverture, il doit être passionnant, on doit rien y comprendre. Mais pou

Publié par :
Ajouté le : 14 juin 2011
Lecture(s) : 122
EAN13 : 9782748193329
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5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9332-6 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748193329 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9333-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748193336 (livre numérique)

6





Ceux qui se reconnaîtront dans ces lignes n’y sont
pas
Les autres, oui..
. .

8
AILLEURS
J’arrête la voiture sur le bas-côté. J’en
descends et je franchis d’un bond le fossé qui
sépare la route des champs. J’avance
péniblement. La terre a été récemment labourée
et la pluie l’a rendue grasse. Je progresse un peu
plus dans les profonds sillons, le pas lourd, les
chaussures pleines de glaise.
Je sens le regard de Béa sur mes épaules. Les
enfants aussi me regardent. Pauline se demande
pourquoi je m’éloigne ainsi. Romain, lui, sait
qu’il ferait comme moi, qu’il s’avancerait à l’abri
des regards indiscrets pour assouvir sa
pressante envie.
J’ai laissé le moteur en marche pour que la
clim continue à fonctionner. Il ne fait pas bien
chaud en ce dernier dimanche de novembre que
nous avons passé, comme les autres dimanches
du mois de novembre et du reste de l’année,
chez mes beaux-parents. Parfois, j’aimerais
inventer un treizième mois, un mois où nous
changerions nos habitudes, un mois où nous
ferions ce que nous aurions envie de faire, un
9 Patchwork
mois où Papy et Mamie n’existeraient pas. Nous
irions à la plage, comme autrefois. Nous nous
baignerions dans une Manche glacée, mais pour
rien au monde, nous ne souhaiterions qu’elle ne
soit plus chaude. Les autochtones se
moqueraient bien un peu de nous quand nous
rentrerions dans nos bottes en plastique bleues
et dans nos cirés jaunes, trempés jusque la taille
après avoir été surpris par le flot ; mais nous, on
s’en ficherait.
Ou bien nous ressortirions nos bicyclettes
pour partir des journées entières sur les
chemins de campagne. Nous nous arrêterions
pour pique-niquer dans un champ de
coquelicots et de fleurs champêtres.
Pendant que les enfants joueraient à cache-
cache dans un carré de maïs, Béa et moi en
profiterions pour nous aimer une fois encore
dans des avoines aussi folles que nous. Ce serait
le mois de la Liberté retrouvée, « Libertembre ».
En attendant, nous avons pris en ce jour du
seigneur le même kir-cassis à l’apéritif qu’à
l’accoutumée, le même petit feuilleté aux
escargots en entrée, et pour finir, l’immuable
blanquette de veau qui me donne désormais la
nausée à la seule évocation de son nom.

Ce qui me mine le plus, c’est la raison pour
laquelle nous accomplissons chaque semaine ce
chemin de croix. Vous pensez peut être que les
10 Ailleurs
parents de ma femme sont âgés et malades et
que c’est par devoir filial que nous les
soutenons en leur rendant régulièrement visite.
Ou que nous formons une famille tellement
unie qu’il nous est insoutenable, aux uns
comme aux autres, de rester plus d’une semaine
sans se voir. Que nenni ! En réalité, Monsieur et
Madame DEVINCOURT ont créé au début
des années cinquante les Etablissements
DEVINCOURT, entreprise spécialisée dans
l’abattage des bêtes de boucherie. Après un
départ difficile (comme ils aiment à le rappeler
où ils ne mangeaient pas tous les jours de la
viande : un comble pour des équarrisseurs !), la
société a connu un essor important pour
devenir l’un des plus grands abattoirs français.
Suite à un problème cardio-vasculaire,
Monsieur DEVINCOURT m’a laissé, contre
son gré, la direction de l’entreprise. Depuis, je
dois rendre compte, durant chaque déjeuner
dominical, de mes actes et de mes résultats.
Jamais je n’avais pensé avoir à payer aussi cher
tribut pour devenir patron…

Je sors du champ pour entrer dans une
pâture clôturée d’une haie épineuse. Je vide mes
poches de leur inutile contenu. Je jette au pied
d’une aubépine mon portefeuille. Il contient
mes papiers d’identité, mes cartes de crédit,
quelques centaines d’euros. J’espère seulement
11