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Pax romana
Jean-Paul Gelfi
Pax romana
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-2545-2 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-2544-4 (pour le livre imprimé)
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A nos frères les arbres, que notre déraison Sacrifie par millions, Ce modeste récit en guise doraison.
CHAPITRE 1 : AUX PORTES DU DÉSERT
Petit Camion a bien grandi depuis ses aventures éléphantines. Cest maintenant un adolescent, un ado. Alors, il ne voit plus la vie de la même façon, et bien quil aimât sa famille dadoption par-dessus tout, il a parfois, surtout quand souffle le vent du sud qui emmène avec lui les parfums de la mer jusquà son filtre à air, des envies de liberté, despace, de conquêtes. Il reste malgré tout « un bon fils », mais de temps en temps, il prend dautorité une route dif-férente, ou sarrête à lombre dun fromager géant et refuse de démarrer tant que le soleil est au zénith. Le lendemain, cest le contraire, et il faut brutaliser les freins pour le faire stopper en fin de journée. Bref, il est un peu pénible, mais les parents se disent : cest lage bête, ça va passer. Et ils roulaient, roulaient toujours, fonçant droit sur Buffleville, maintenant à quelques kilomètres. Ils avaient hâte dy arriver pour faire provision de vivres et surtout, surtout, acquérir des pneus neufs pour remplacer les leurs qui attendaient avec lim-patience que lon imagine un repos bien mérité. Ils avaient de plus en plus de mal à tenir sur leur dos les quinze mille kilos de Petit Camion (il avait encore grossi) et il ne se passait de jour sans que lon soit obligé de sarrêter pour réparer. Pour les faire tenir
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Pax romana
jusquà la ville, Papa avait dû leur promettre une re-traite dorée chez son ami Tristeau, qui a fait fortune, si mes souvenirs sont bons, dans lemballage gran-diose, autour des années quatre-vingt. Personnage haut en couleur, au goût artistique mondialement re-connu, Tristeau avait promis de les peindre en blanc et de les empiler dans son jardin, en guise de faux puits. Quelle idée géniale nest-ce pas ? Les roues sy voyaient déjà, pimpantes, repeintes tous les ans, admirées de tous les voisins envieux. Lune delles, en secret, rêvait même, mais sans trop y croire, tel-lement la chose lui paraissait inaccessible, rêvait, dis-je, dêtre ouverte en son milieu en forme de co-rolle pour servir de maison indestructible à une pe-tite famille de pensées multicolores quelle verrait naître chaque printemps, merveilles de grâce et de couleur, fragiles, frissonnantes à la moindre brise, choyées par un jardinier dopérette avec son tablier bleu, son chapeau de paille et son petit arrosoir de cuivre qui viendrait, matin et soir, dispenser parci-monieusement la substance des substances, le fluide fondamental sans lequel rien ne serait, lor blanc : leau.
Et ils roulaient, roulaient toujours. La végétation devenait de plus en plus clairsemée et des dunes de sable venaient couvrir par endroit des pans entiers de forêt déplumée. « Cest le désert qui avance, disait Océola, la mère. - Il avance parce quon coupe toutes les forêts de bois précieux qui autrefois arrêtaient le vent, pour fabriquer des fauteuils ou des tables de jardin, disait Siam, le père. - Mais alors, que va-t-il nous rester quand nous seront grands ? disaient les enfants. Personne ne répondait.
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