Pépites. Scènes de la vie ordinaire avec mon chien

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Petite bâtarde abandonnée à la SPA, Zalie espère beaucoup de ses nouveaux maîtres. Trouvera-t-elle en leur compagnie ces moments de tendresse et de complicité qui font le quotidien des chiens heureux ? Avec humour, avec amour, chacun raconte et s’émerveille.

Une promenade poétique et joyeuse au fil des jours qui passent.

Publié le : samedi 19 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954955414
Nombre de pages : 194
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Moi, la noire
C’était les derniers visiteurs de la journée. Ils sont arrivés juste avant la tombée de la nuit. Elle s’est arrêtée devant l’enclos. Il s’est accroupi à ses côtés. J’ai tout de suite perçu leur odeur. Une odeur que j’aime, franche, la même pour tous les deux. Envahie par un heureux pressentiment, je me suis jetée éperdument vers leurs mains tendues entre les barreaux. Il fallait que ce soit moi, moi seule entre tous, moi la noire, si petite encore, si désespérée déjà, parce que c’était mon tour, parce que c’était eux, parce que je les avais reconnus ! Il ne pouvait pas en être autrement, je le savais ! Dressée contre la grille, j’ai été la première à pouvoir frotter mon museau contre leur peau. Une peau qui sentait le feu de bois, le pain quo-tidien, l’amour tout à la fois. Une peau odorante, promesse de bonheur que je léchais goulûment. Ma langue passait de sa main à Lui à sa main à Elle pour les unir dans ma quête ardente et douloureuse.
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Elle s’est penchée, le visage juste à ma hau-teur. Je gémissais de plaisir. Elle ne voyait que moi. Elle me tenait dans ses yeux. Elle admirait ma robe d’ébène, l’étoile claire de ma poitrine, les quatre chaussons blancs au bout de mes pattes, la ligne de mon museau allongé, le port de mes oreilles, tantôt dressées comme des dra-peaux, tantôt couchées doucement en arrière. Je me voyais dans ses prunelles. Je lui appar-tenais déjà ! Ils se sont regardés en faisant oui de la tête. Alors le gardien a ouvert la porte de l’enclos. Ignorant tous les chiots qui sautaient à ses jambes, il m’a soulevée pour me déposer entre leurs bras.
Zalie
Comment allons-nous l’appeler ? Il a été convenu que les Sweetie, Lady ou autres banalités à consonance américaine n’en-treraient pas à la maison. Les garçons, toujours partants pour de joyeuses loufoqueries, ne sont pas à court d’idées pour la baptiser. Ils puisent dans leur imagina-tion débordante pour proposer les choses les plus fantaisistes. Personnellement j’aurais bien penché pour Praline ou Pistache, Lune ou Plume, mais je me suis heurtée à un mur de récriminations. — Non, on n’en veut pas de tes noms à l’eau de rose ! On a déjà eu Biscotte et Romarin pour les chats, Clafoutis pour le chien, Myrtille pour la chèvre, ça suffit ! Il faut un nom pas courant, un truc qui flashe comme Tagada ou Chirac ! Quelque chose qui pète : Troud’bal, Afflelou… Soudain c’est une avalanche de propositions insensées, qui de délire en délire nous conduit au rire puis au fou-rire communicatif.
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Assise dans un rayon de soleil, la petite noire nous regarde d’un air interrogatif. Elle hésite à se joindre à notre bonne humeur, intriguée par ce drôle de comportement humain. Je lui tends la main. Elle s’approche, frétil-lante, lèche mes doigts, mordille mon poignet, passe de l’un à l’autre. — Rantanplan ! Est-ce que ça te plairait Rantanplan ? Elle ne nous quitte pas des yeux, attentive à la voix, au mouvement des lèvres, sa queue balayant consciencieusement le sol. — On t’appellerait Plan-plan ! Va chercher Plan-plan ! Apporte Plan-plan ! Elle dresse les oreilles, penche la tête sur le côté, étonnée par ces nouvelles sonorités. Tu protestes : — Mais non ma belle, on ne va pas te don-ner un nom de bande dessinée ! Que dirais-tu de Rosalie ? Ça sonne bien Rosalie ! Rosalie ? Zalie ? La réaction de la petite chienne est inespérée. La voici qui se met à sauter en aboyant joyeu-sement, comme électrisée par ces deux syllabes apparemment tout à fait à son goût. Et malgré l’opposition véhémente des gar-çons qui refusent ce nom ringard tout juste digne d’une vieille bagnole, Rosalie est adoptée en considération de la joie évidente que cela semble procurer à sa destinataire.
Le hérisson
Le printemps met en émoi la nature et les hommes. Un besoin impérieux, né de je ne sais quelle puissance occulte, nous pousse sur les sentiers. Il nous faut nous imprégner de sève montante, de bourgeons bouillonnants de promesses de fleurs à peine écloses. La terre a des odeurs prenantes d’herbe fraîche, d’humus et de vie. Les rangs de vigne paraissent endormis sur les coteaux pierreux. Mais à bien les regarder, on voit sourdre un œil velouté d’où jaillira le bouton fécond porteur de la grappe enivrante. Les grangeons assoupis vibrent d’un désir contenu. Ils s’impatientent, volet clos, porte cadenassée, dans l’attente du vigneron qui vien-dra leur confier ses outils et son casse-croûte. Fidèles, ils lui offriront la fraîcheur de leurs murs quand les journées se font chaudes, l’abri protecteur dont les hommes ne pourront jamais se passer. Zalie inspecte les bas-côtés.
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Dans le pré aux chevaux, les hampes séchées des carottes sauvages s’échappent des haies de ronces et de prunelliers. Quelques violettes esseulées tachent le fouillis de leur couleur azurée. Zalie baguenaude. Les chemins nous mènent de sommets en vallons, de landes acides en creux herbacés, de coteaux rocailleux en prairies arborées. De-ci de-là, bien à l’abri des vents dominants, des touffes de flouve odorante exhalent précocement des parfums de foin. Zalie a disparu. Elle ne trottine plus devant nous. Des petits jappements joyeux attirent notre attention. La chienne est en arrêt le long d’une haie touffue. À sa façon d’agiter la queue, nous comprenons qu’elle vient de faire une décou-verte insolite. Ce n’est pas une souris, elle serait déjà passée de vie à trépas. La chose est telle-ment peu ordinaire que Zalie vient quémander notre aide pour éclaircir une situation à laquelle elle n’a encore jamais été confrontée. Quel est donc cet animal mystérieux, à la bonne odeur de sang chaud, qui refuse de fuir, ni même de montrer le bout de son nez ? Nous écartons précautionneusement les grandes herbes, tout en contenant son excita-tion, pour découvrir, blotti sous le couvert, roulé
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en boule et piquant à souhait, un malheureux hérisson terrorisé. Je le prends délicatement entre mes mains et le retourne. Son museau enfoncé entre les pattes repliées contre son ventre, laisse entrevoir deux petits yeux noirs et un fin nez de musaraigne. Zalie ne peut rien contre l’armure des piquants hérissés. Elle a beau aboyer, l’animal rendu à la liberté refuse la fuite. Contrainte d’abandonner le combat face à un ennemi hermétiquement fermé, elle reprend avec nous le chemin des vignes, dans la quiétude d’un printemps qui vient au monde.
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