Perte

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Dans ce roman composé de 24 courts chapitres, Sebastian connait une crise psychique et spirituelle. Cet écroulement s'exprime au travers une perte mystérieuse, qui, lentement, inexorablement, se révèle jusqu'au paroxysme du délabrement. En chemin, il croise Mascha qui le sauvera de lui-même.

Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748111125
Nombre de pages : 149
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Perte
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2-7481-1113-3 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-1112-5 (pour le livre imprimé)
Michaël Rebboah
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ROMAN
I.
La saison était comme sont les saisons depuis de nombreuses années désormais. Elles sont définies par des mots dans les dictionnaires, mais personne n’est plus certain de leur nature, car leur consistance s’est pour beaucoup évaporée, et ces mots qui dans ces dictionnaires les définissent n’ont plus beaucoup de valeur. Néanmoins, cette saison là était chaude, elle glissait sur les individus. Certains jours elle les accrochait même ; le soleil s’évertuait à se placer en toute hauteur dans le ciel et à jeter ses durs éclats sur les visages et également sur le corps de qui s’allon-geait sur l’herbe pour subir de telles sensations. Les rues étaient désertées, car on en était précisé-ment au cœur de cette saison. Il y avait bien quelques personnes aventureuses ici ou là, qui par curiosité étudiaient les bâtiments, leurs façades ou les dimen-sions des rues ; pourtant, les discussions ne pou-vaient s’engager réellement, il s’agissait de touristes et leur caractère psychologique profond lui-même devenait tourisme. Dans un tel environnement, il n’est que peu de rencontres, la saison la plus chaude et la plus vivante est ainsi relativement froide et les gens ne s’y engagent qu’avec parcimonie. C’est dans ce climat que la vie continue de se dé-composer en différents moments, dont certains frag-ments marquent plus que d’autres. Ces moments se ressentent particulièrement bien lorsque les nuits
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proposent des variations dans le rythme de la vie, la renforçant. C’est la fin de semaine qui occupe par conséquent le plus la vie, les nuits y sont libres aux envies. Sebastian était assis dans un café, près de la gare centrale, un de ces lieux qui sont en noir et blanc même quand on les prend avec une pellicule cou-leur. Il n’y venait pas souvent, il était comme tout le monde et personne ne se ramène souvent dans le café d’une gare. C’était bien un café tout ce qu’il y a de plus habituel, simplement un café dans une gare et il n’y avait donc pas de raisons d’y venir, si ce n’est parce que le train était en avance, en retard, ou quelque chose comme cela. Une autre possibilité, toute relative, serait qu’on veuille un rendez-vous pas compliqué pour des fainéants de banlieue ; à ce moment là un café dans une gare est bien tout indi-qué, à condition qu’il n’y en ait qu’un seul, pour que l’on ne le confonde pas avec un autre, qui serait par exemple à l’autre bout du quai et qui ferait tomber à l’eau le rendez-vous. C’était un samedi, un début d’après-midi, et lors de telles journées les filles sont nombreuses à aller dans les magasins de l’avenue principale, à quelques centaines de mètres. Se retrouver dans le café d’une gare avait tout de même donc des avantages pour ainsi dire ; ce n’était pas seulement un café dans une gare, on n’était pas trop loin de ces filles, enfin si l’on se pressait, parce que le temps passait et que de la place de Sebastian, on ne voyait pas grand chose des nombreux arrivages de banlieues ou des deux petites villes voisines. Bon, du bruit, il y en avait, au moins c’était déjà cela, assez pour suffire à lancer des réflexions et des désirs et tout le tralala pour se préparer et tenir la course du week-end, parce qu’on était quand même tous là pour cela si l’on y réfléchissait bien.
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Il faut dire que Sebastian venait lui-même d’assez loin, et se poser dans un café lui plaisait relativement bien. Il lui était agréable d’aller d’un air noncha-lant d’un point à un autre pour faire fondre le temps jusqu’à un improbable début de semaine. Il n’y a rien d’entraînant à être trop pressé d’aller perdre son temps ; autant prendre les choses tranquillement et de manière distanciée. Cela dit, un peu plus jeune il aurait été un partisan, et cela farouchement, d’at-tendre le dernier moment, histoire de se dire que l’on n’avait pas perdu trop de temps si tout ratait. Le week-end, quand il y songeait, était pour lui comme un congé sans soldes, on perdait son temps et son argent si l’on y prenait pas garde. Aussi, si cela ne tenait qu’à lui, il ne fallait s’y précipiter qu’à recu-lons. De l’argent aussi il en avait également pas vrai-ment cette fois-là justement, mais son ami Matti lui en avait, cela compensait, ça allait donc et il ne se po-sait pas de questions là-dessus. Ce n’était pas chacun son tour, mais celui qui a qui donne, et plus il y en avait mieux c’était, comme il se doit. Sebastian a sorti un cigarillo et se l’est allumé. Il a regardé le tableau dégueulasse derrière le comptoir et s’est dit que ces cafés étaient toujours pareils, ja-mais d’originalité qu’il a même pensé presque tout haut. Fallait pas s’étonner qu’on y revienne pas, ou vraiment par fainéantise, comme il a constaté. Il s’est alors rappelé qu’il n’était pas tout à fait tout seul ; il s’est mis à rattraper le fil de la conver-sation, ce pour quoi il n’a pas eu beaucoup d’efforts à faire. Cela causait stratégie du week-end et tac-tique de la soirée, ce qui n’étais pas étonnant puisque c’était le week-end, bientôt la soirée, que l’on était là pour cela. Les avis les plus différents fusaient au-tour de la table où étaient disposés quelques verres de bières ou de coca-cola. Matti était pour aller dans une ou deux boîtes, du genre bars ouverts tard et dis-posant d’une piste de danse en sous-sol. Ce n’était
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pas idiot, il y aurait au moins quelques touristes pas forcément trop regardantes, mais il fallait assurer au bar toute la nuit et savoir se tenir, c’était quand même l’inconvénient, et un gros inconvénient plutôt qu’un petit. La dernière fois rien d’autre n’avait été fait que mater la brune au bout du bar et se prendre la tête avec un bourgeois qui avait trop bu. Il parlait de la beauté du monde et cela avait échauffé les oreilles de Matti. Tout le monde avait beau expliqué à Matti que le gars en question était saoul et vaguement amou-reux, Matti n’en a pas démordu et gueulé bien fort que des conneries pareilles, cela ne se disait pas. A la table du café de la gare, autour de Sebastian, ce samedi-là, on a évité d’aborder ce thème là, alors forcément lui a amené cela dans la discussion, his-toire de ne pas être en reste et de bien montrer qu’il était là même s’il ne disait pas grand chose. « Moi ce genre de souvenir me calme franchement », que Se-bastian a fait part à ses amis. Son opinion possédait une certaine assurance, Sebastian pensa qu’il avait quelque part réussi son coup : se faire remarquer et dire quelque chose qui ne semblait pas trop bête. Il a vite déchanté et eu l’impression de n’avoir parlé pour rien dire parce qu’on lui a simplement fait remarquer qu’aujourd’hui était un autre jour. Kalle a ajouté que lui s’en foutait, qu’il voulait des résultats ; on était pas là pour rien qu’il s’est senti obligé de dire, il fal-lait bien essayer quelque chose. Ce n’était pas qu’il en avait assez de pas trouver ce qu’il voulait, mais il était près à accepter un peu même en dehors de son genre de filles désormais, et il fallait bien y aller et se bouger le derrière. Il a tenu ce genre de propos pendant quelques minutes, ça ne lui ressemblait pas de parler aussi longtemps, qui plus est pour propo-ser d’être plus énergique, ce qui a fait sourire tout le monde et rire Risto, parce que Kalle ne faisait que boire et s’écrouler avant même les milieux de soi-rée, alors dans un bar on se ferait virer vite fait, et
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