Petite nouvelle d'Anna

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Anna frise la quarantaine, mais la crise qui va avec, elle la prend de plein fouet. Banal ? Pas tant que cela. Son histoire est unique, son mari en fait les frais.

Madelaine quant à elle rayonne. Insouciante, elle profite de la fraicheur de la vie.

Il existe pourtant un lien entre ces deux jeunes femmes, quelque chose de terrible qui les unit.

C’est là toute l’histoire.

Impossible d’en dire plus…



« La vie n’est pas un proverbe à résoudre mais une réalité à expérimenter. »



BOUDDHA SIDDHARTA GAUTAMA

Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 9
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954112039
Nombre de pages : 216
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Anna était frileuse, c’était indéniable. Chaque fois qu’elle mettait le nez dehors, son pelage s’hérissait, comme si finalement, son corps, en position défensive, luttait contre l’automne, qui arrachait sournoisement son dernier souffle à l’été, qu’elle aimait tant. La région aux extrêmes climatiques lui plai‐ sait pourtant bien, c’est là qu’elle était née. Les montagnes lui ouvraient un espace de liberté, inexplicable, un souffle. Trente‐sept ans déjà, se disait‐elle, le ʹͻ sep‐ tembre. Anna arpentait les rues, à la recherche d’une pâtisserie qui l’inspirerait. Ewen pré‐ voyait le reste. — Tu n’as qu’à t’occuper du dessert, lui avait‐ il expédié sur le pas de la porte, l’entrée et le plat, je m’en charge. « Charge », ce mot lui raisonnait dans la tête… Était‐ce lourd de préparer un dîner pour sa femme, en ce jour de fête ? Pourquoi jouait‐elle sur les mots ? Cela n’avait pourtant pas autant d’importance.
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Susceptible peut‐être ? Non, pensait‐elle, mais quelque chose d’in‐ descriptible lui donnait mal au cœur, une lé‐ gère nausée qui lui rappelait ses premiers mois de grossesse. Les mots prenaient de plus en plus de poids, comme s’ils étaient tous chargés d’affect. « Table/gravier/salade » et quoi d’autre en‐ core… dégageaient un « infiniment lourd ». Anna entoura son cou d’un léger foulard en soie, cette matière lui convenait bien, telle une caresse effleurée. La douceur, c’est ce dont elle avait besoin. Pressant le pas pour semer son malaise, elle tomba nez à nez avec un fondant au chocolat qui lui tendait les bras et lui chuchotait « achète‐ moi ». Elle entra alors dans la pâtisserie trop éclai‐ rée, d’une lumière qui fait ressortir les imper‐ fections de la peau. Quel dommage. Mais l’emballage lui plaisait bien, le bolduc s’entrelaçait autour de ses doigts, elle le faisait glisser pour le défriser, comme lorsqu’elle était enfant, le lendemain de Noël. Sa petite merveille pour six personnes lui coûta vingt euros, tout de même…
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— J’espère qu’il sera bon, marmonna‐t‐elle, arborant simultanément un sourire de cir‐ constance, lorsqu’elle tendit à la vendeuse un billet flambant neuf. — Merci madame, lui répondit celle‐ci. Anna la détaillait, elle aimait parfois ima‐ giner à qui elle avait à faire dans des circons‐ tances assez banales. Peut‐être entre quarante et quarante‐cinq ans, serait‐ce la patronne ? Du rouge à lèvres dessinait à la perfection une bouche déjà bien voluptueuse, des yeux marrons scintillaient, manifestant plutôt de la joie malgré l’aspect répétitif que pouvait représenter la vente de viennoiseries et autres. « Mona », c’est comme cela qu’elle pourrait s’appeler. Elle devait être plutôt bien dans ses baskets, son allure inspirait un sentiment de légèreté, à l’image des touches de chantilly qui s’exhibaient pourtant de façon ostentatoire sur les gâteaux du présentoir. Derrière sa caisse, Mona devait être perchée sur des talons, ses petites mains trahissaient une taille moyenne, maxi. Elle dégageait une certaine classe, une ai‐ sance naturelle, ternie cependant par des arti‐ fices à outrance : trop de bagues ȋcomme si son compagnon manquait un peu d’imaginationȌ, trop de parfum, trop de vernis à ongles.
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