Petites scènes ordinaires

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Petites scènes ordinaires ou comment se distraire quand on vit en province. Du bistrot du village aux incontournables sorties dominicales en passant par les cérémonies officielles, l'auteur vous invite à partager son regard tendrement ironique sur une certaine comédie humaine. Réjouissant!

Publié le : jeudi 5 mars 2015
Lecture(s) : 10
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342035193
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342035193
Nombre de pages : 50
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Martine Gasnier PETITES SCÈNES ORDINAIRES
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0120222.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
PETITES SCÈNES ORDINAIRES
La soirée était pareille à tous ces rendez-vous provinciaux convenus auxquels se rendent les bourgeois d’une petite ville sans panache. Les hommes y sont vêtus de costumes gris et portent cravate, les femmes arborent les mêmes bijoux d’or jaune d’une banalité qui les protège du scandale. On offre des fleurs à la maîtresse de maison. Les bouquets ronds, verts et blancs, qui proviennent tous de la même boutique fréquentée par une classe qui affiche son élégance en méprisant pâquerettes, coquelicots et bleuets. Ils apporteront, quelque temps, une gaieté factice aux solennels meubles Empire, emblème des demeures de notables qui rêvent de conquêtes. L’ordre ainsi établi rassurait chacun et le confortait dans sa certitude d’exister.
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PETITES SCÈNES ORDINAIRES
C’est l’été et la plage grouille d’un monde multicolore qui cherche à étendre son drap de bain sur le sable. Parasol sur l’épaule et casquette enfoncée jusqu’aux yeux, les hommes prospectent en ronchonnant suivis de leurs épouses qui ressemblent déjà à des langoustes cuites et des enfants qui se chamaillent pour un ballon. Lorsqu’enfin on aura trouvé un endroit, on dépliera les serviettes en éponge révélatrices de l’appartenance à un groupe social. Madame s’allongera peut-être sur un portrait de Marilyn qui se trouvera ainsi écrasée sous des bourrelets, Monsieur oubliera son corps affaissé en sommeillant sur un superman outré et les enfants s’identifieront à quelque héros de superproduction. Plus loin, une famille aura choisi l’uniforme discret bleu marine tandis qu’une autre exhibera du linge griffé acheté dans un magasin de luxe parisien ou sur un marché asiatique et contemplera avec mépris le couple aux nombreux enfants pourvus de vulgaires serviettes de toilette effilochées. Ainsi se côtoient, par le hasard du soleil, des gens qui demeureront étrangers les uns aux autres.
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PETITES SCÈNES ORDINAIRES
L’homme était un notable, on l’assit donc au premier rang en compagnie de ses pairs, près d’une femme devenue importante grâce à cette procuration que donne parfois le mariage. Il lui adressa un sourire accompagné de ces compliments d’usage qui n’engagent à rien, puis d’un œil distrait parcourut la notice biographique du pianiste qu’il était venu applaudir, juste pour savoir s’il avait obtenu des distinctions qui permettraient d’être rassuré sur son talent sans avoir à l’écouter, car notre auditeur supposé n’aimait pas la musique, ni le silence, d’ailleurs. Sa vie se résumait aux affaires et à la frénésie boursière. De taxis en avions, de palaces en conseils d’administration, il courait en lançant ses ordres à la volée. S’il était là ce soir c’est qu’il avait reçu un carton d’invitation qui le distinguait, avec quelques autres, du reste de l’assistance. Lorsque le pianiste apparut, il frappa mollement dans ses mains pour faire plus chic sans doute. Au bout de quelques mesures de la « funèbre gondole », Liszt eut raison de sa dignité. Il s’endormit et, la bouche ouverte, accompagna l’œuvre de ses ronflements. Ce furent les applaudissements déchaînés, à la fin du récital, qui le tirèrent de sa léthargie. Il se souvint alors qu’on l’avait convié au cocktail qui allait suivre et se sentit soudain tout ragaillardi.
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PETITES SCÈNES ORDINAIRES
C’est soir de vernissage quelque part dans un coin de campagne à la mode. Les anciennes écuries devenues galerie d’art accueillent les toiles d’un peintre installé depuis peu dans ce nouvel Éden tant vanté par les magazines et autres émissions télévisées. Le maître des lieux a invité le gotha local constitué de quelques personnalités autochtones, élus pour la plupart, et de résidents secondaires qui aiment à se retrouver autour d’événements qui les distinguent d’une population demeurée indigente à leurs yeux. Il convient donc de se montrer enthousiaste et disert devant les œuvres exposées, post-impressionnistes comme il se doit dans ce genre d’endroit où l’on a l’âme délicate et oublieuse d’une peinture plus radicale qui s’empare de notre condition humaine et fait frémir. L’émotion ici doit être de bon aloi, un champ de blé ondulant sous le soleil, des vaches couchées à l’ombre d’un pommier suffisent à bouleverser. On crie au talent, voire au génie. L’artiste se gonfle d’importance et s’auto-congratule en dénigrant au passage ses collègues donneurs de leçons. On l’acclame en levant un verre de cidre plus authentique et moins coûteux qu’une coupe de champagne avant de se séparer, satisfaits d’avoir, un moment, échappé à la quiétude de la cambrousse.
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