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PETITS CONTES DE LA VIE ORDINAIRE

De
165 pages
Les anecdotes et mésaventures de la vie d'un homme Une façon humoristique d'aborder le quotidien Dans ces nouvelles brèves, l'auteur nous livre avec humour, des bouts de vie qui semblent faire partie de la banalité du quotidien mais qui glissent vers une dimension bizarre voire magique. L'auteur a pour simple prétention d'embarquer son lecteur dans un bref voyage, le temps d'un trajet en métro, pendant l'attente d'un train ou d'un avion. Des mots simples, une lecture facile mais rien d'anodin. Le genre de livre que l'on trouve un jour, usé, sur un banc de jardin public après être passé de mains en mains.
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1 2 Titre

Petits contes de la vie
ordinaire

34 Titre
Jean-Pierre Bacon
Petits contes de la vie
ordinaire
Farce autobiographique
Nouvelles
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02362-6 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304023626 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02363-3 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304023633 (livre numérique)

6 7 .
88 GOLDEN COW-BOY
Jaipur, citée vouée, âmes et corps, au Dieu
du commerce. Le business incarné en un mons-
tre tentaculaire de quelques cinq millions de tê-
tes. Ville organisée à l’image d’un immense cir-
cuit imprimé, conçu par un grand maître fourmi
dont la finalité ne serait pas tant, faire de
l’argent, que de l’accumuler sous forme de mar-
chandises.

Le délire accumulateur, manifeste sur l’étal
du marchand ambulant de bracelets en plasti-
que, motivé par le gain de deux roupies, qui
propose à la vente un empilement spectaculaire
de milliers de pièces multicolores, se retrouve
intact lorsqu’il s’agit d’exhiber, par centaines,
des trésors, semblant sortir, tout droit, du mu-
sée de Topkapi.

Le palais des vents, haut lieu touristique de la
ville, ancienne vitrine du Maharadjah style of
life et là, dans le coin inférieur gauche, comme
9 Petits contes de la vie ordinaire
incrustée, sertie dans le palais, une shop, the
Shop !
Jouissant, peut-être de ce privilège icono-
claste, depuis des siècles, les boss de père en
fils, secondés par les oncles, les cousins, les ne-
veux et les boys , chacun trouvant sa place sur
les vingt gros mètres carrés de la boutique, am-
putés de l’épaisseur des coffres forts, planqués
dans les boiseries qui tapissent les deux petites
pièces. Tout ce petit monde m’attend en siro-
tant le sempiternel tchaï.

Cher Monsieur, sur terre, comme vous le sa-
vez, tout se vend et tout s’achète, il n’y a pas de
pièces trop belles ou trop chères, pour chaque
objet, il existe un acheteur.
Le marketing ne me passionne pas vraiment,
commençons plutôt !
Que désirez-vous voir ?
Tout.

Commence alors le déballage pléthorique de
joyaux en or, pavés de diamants, rubis ou sa-
phirs, entassés, boudinés dans des sacs plastique
hors d’âge, couleur sable, à force d’être frottés,
chiffonnés et serrés les uns contre les autres
dans des tiroirs engorgés, le surplus trouvant
place dans de vulgaires tin boxes (malles en fer
blanc) à cent roupies l’unité, cadenassées par de
10 Golden cow-boy
robustes pièces de mécanique, hand made, que
deux boys empilent et désempilent.

Pioche parcimonieuse et hyper sélective
parmi les pièces les plus abordables et les plus
portables, dans le genre : je me contenterais
bien des miettes.

Après trois petites heures de matage non
stop, de concentration et d’évaluation de ma
regrettable, mais bien réelle indigence, submer-
gé par le flot ininterrompu des kilos d’or et de
pierres précieuses, mes yeux sont tombés dans
le fond de mes lunettes et je demande grâce.

Mon laborieux picorage a, malgré tout, cons-
titué un petit tas, que, d’un seul coup d’œil,
j’évalue bien au dessus de mes moyens (comme
d’habitude !).

Mon minable glanage est tellement insigni-
fiant que l’on rechignerait presque à en évaluer
le montant, c’est, du moins, ce que l’on aimerait
me faire comprendre…Petit joueur !

Price liste prestement griffonnée : Voici,
vous nous devez…
Que faites-vous ?
Vous faites vos prix, à mon tour de faire les
miens !
11
11 Petits contes de la vie ordinaire
Suppression d’une bonne moitié de la mar-
chandise sélectionnée…Regards croisés et in-
crédules…Il ne reste rien !
Pourquoi enlevez-vous autant de choses
après les avoir choisies aussi attentivement ?
Parce que vous êtes trop loin de mes prix, je
ne veux pas vous faire perdre davantage de
temps ! D’ailleurs cela ne vaut peut-être plus le
coup et j’ai tant de choses à faire.

Interminables palabres et valse des pièces
d’un tas à l’autre, une fois oui, une fois non et
pour finir discutions sur l’ensemble du lot ainsi
constitué. A prendre ou à laisser !
Top là, affaire conclue.

Le plus âgé des boss, qui, depuis un bon
moment, m’observe, sans mot dire, par dessus
ses binocles, se décide enfin à parler, en guise
de conclusion.

Où habitez-vous exactement, en France ?
A la pointe ouest, en Bretagne, dans le Finis-
tère.
Vous m’avez dit, être en train d’acheter de-
puis plus de vingt jours !!?
C’est exact.
Eh bien, je commence à comprendre, en fait
vous êtes une sorte de cow-boy qui ferait le
tour des mines d’or, fusil à l’épaule (c’est une
12 Golden cow-boy
image, bien sûr !), pour se constituer petit à pe-
tit, poignée par poignée, un trésor ; d’ailleurs,
vous roulez vos cigarettes comme dans les wes-
terns. C’est bien cela, n’est ce pas ?
Je ne vois pas très bien ce que vous voulez
dire. Bon, je dois me sauver, mon cheval
s’impatiente ! See you next time.
13
13 L’HIVER TORRIDE
Il ventait et neigeait dru, sur Val d’Isère, cette
nuit là. Un satané petit courant d’air profitant
de la piètre étanchéité de la baie vitrée qui fai-
sait face à mon lit m’empêchait de trouver le
sommeil…un gros pétard-somnifère et good
bye !

Un pays chaud, un grand soleil sur une ville
blanche étincelante, une avenue sur le front de
mer, longeant la plage dans une large courbe,
aucune circulation automobile ; seule, une char-
rette tirée par des chevaux noirs. Sur la char-
rette, un cercueil vitré et dans le cercueil…moi,
cheveux blancs, costume noir ; pour sûr bien
mort !

Lorsque le vent glacé revint me chatouiller la
plante des pieds, je me retrouve frigorifié mais
bien vivant, allongé sur un matelas de mousse,
en T-shirt ; la bonne blague.

15 Petits contes de la vie ordinaire
Au petit déjeuner, je relate, un peu remué, le
scoop de la torride cérémonie funèbre, au co-
pain qui se trouvait là :
– Une ville que je ne connais pas, un corbil-
lard d’un autre âge et, fort de café, personne
derrière, c’est gai !
Pour tout commentaire il me répond, d’un
air entendu :
– bof, tu avais fumé !

Une quinzaine d’années plus tard, une grosse
pluie de mousson nous accueille, mon amie, no-
tre fils et moi, à la sortie de l’aéroport de Co-
chin, Inde du sud.
Le vieux taxi ambassador, équipé de gouttiè-
res, roule toutes fenêtres ouvertes, ambiance
sauna !
En entrant dans Fort Cochin, la partie an-
cienne de la ville, mon fils, âgé de cinq ans
s’écrit : regarde, papa, un monsieur mort !
Derrière une fanfare, un macchabé endiman-
ché, lunettes sur le nez, est confortablement
installé, entouré de fleurs, sur une petite char-
rette vitrée, tirée par des chevaux…le cortège
est suivi par toute la famille et amis devisant
paisiblement. Bel enterrement catholique d’un
notable du bled.
Je voyais une telle cérémonie pour la pre-
mière fois, mais, cela me rappelait quelque
chose !
16