Petits récits à pâlir la nuit

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D'une plume franche et poétique, teintée d'un humour plutôt noir, Alain Magerotte nous propose quelques nouvelles rurales dans lesquelles la mort est omniprésente. On la retrouve tantôt au détour d'un chemin ou au sommet d'une église, tantôt sous les traits d'une femme très belle ou sous l'apparence démoniaque d'un grand chien jaune. Les petits récits d'Alain Magerotte ne finissent pas bien ou commencent mal... en général, comme pour cet homme, frappé dans la force de l'âge, à qui une infirmière ôte vêtements et membre viril avant qu'un prêtre mélange miséricorde divine et collecte...
Publié le : mardi 4 septembre 2012
Lecture(s) : 99
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748390469
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748390469
Nombre de pages : 104
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Alain Magerotte
PETITS RÉCITS À PÂLIR LA NUIT
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0117866.000.R.P.2012.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2012
Un grand chien jaune Petit village perdu au fond dune vaste province vivant prin-cipalement de lagriculture, Valdor nest accessible que par une route étroite constellée de bouses et de crottins. Lorsquon a traversé ce « village du bout du monde », ainsi baptisé par les autochtones, la laie se transforme en chemin cahoteux traçant un méandre dans les champs dorge et de blé sétendant à perte de vue. Là-bas, Omer Lehardy coule des jours paisibles de garde champêtre ou de policier rural. Car même dans les coins les plus reculés, les nouvelles appellations sont contrôlées. Fêtard invé-téré, ce célibataire endurci répond présent à toutes les réjouissances quand il ne les organise pas lui-même. Le nombre de ses conquêtes amoureuses est inversement proportionnel à celui des procès-verbaux quil a dressés en vingt ans de carrière. Ah ! Ce prestige de luniforme Oh, bien sûr, Omer fait parfois les gros yeux en scribouillant à la hâte dans un calepin. Cependant les litiges trouvent tou-jours une solution à lamiable devant quelques verresChez Dédé, le bistrot du village, où Lehardy donne la pleine mesure de son talent de joyeux drille. Cest son Olympia. Sans relâche, il y est en représentation sept jours sur sept. Lhomme possède une réserve inépuisable dhistoires drôles quil rallonge démesurément. Ses tours de chant sont aussi fort prisés. Ils se résument en fait à un étourdissant florilège de chansons paillardes qui ferait fuir en se signant un bataillon de nonnettes outrées.
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Pour toute messe, notre pandore ne célèbre que celle du jeu-di soir consacrée au dieu whist ou à la déesse belote, permettant ainsi à Dédé de sortir gagnant à chaque fois puisque le vain-queur réinvestit ses gains en liquide dans une beuverie sans fin. Omer Lehardy connaît tout le monde à Valdor, du plus jeune au plus âgé. Les animaux domestiques de chacun, à plu-mes ou à poils, sont répertoriés dans sa tête. Si la chienne de chez Legrand vient à mettre bas, il en sera le premier informé. 10 juillet ! Un jour à jamais gravé dans la mémoire des gens du village. Ce jour-là, point culminant dun été caniculaire, des vagues de chaleur étouffantes prennent la région dassaut. Le sol cuit sur les feux de lenfer, condamnant les hommes, pau-vres diables, à saffairer sur un véritable chaudron brûlant. Pas la moindre petite bise bienfaitrice ne vient rafraîchir une atmos-phère lourde, oppressante. Lehardy passe une grosse partie de la journée auprès de la veuve Gosset à Bonpré, un hameau situé à moins de cinq kilo-mètres au sud de Valdor. « Cest que cette touffeur-là met les sens en ébullition, mon bon Monsieur ! » Soucieux de ne manquer aucun plaisir de ce bas monde, no-tre valeureux amant prend congé de la dame suffisamment tôt pour rejoindre ses copains à lheure de lapéritifChez Dédé. Le motif de son escapade relève du secret de Polichinelle. Le pa-tron du café sen amuse : « Dis donc Omer, il me semble que tu visites bien souvent la Lucienne. Y aurait-il du mariage dans lair ?  Que nenni ! Les choses sont claires dès le départ, je tiens trop à ma liberté ! » Dédé linterrompt : « Ah, au fait, avant que je noublie, y a un Monsieur très chic qui ta demandé cet après-midi. Habillé comme il létait, il devait venir de la ville. Costume noir trois pièces avec fines rayures grises, cravate bleu nuit sur chemise blanche malgré la cha-leur la classe ! (Il émet un sifflement admiratif) Jignorais que Môssieu fréquentait du si beau linge »
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Surpris et passablement intrigué, Lehardy questionne son ami : « Que me voulait-il ?  Je nen sais rien. Il a dit quil repasserait plus tard » Omer balaie lair dun geste de la main comme pour chasser un insecte indésirable. Puis, il décrète louverture officielle des festivités en gueulant un « A boire pour tout le monde » attendu fébrilement par les habitués du bistrot. Au cours de cette bruyante soirée, le pandore décuple une énergie telle que ses compagnons de soûlerie éprouvent bien du mal à suivre sa ca-dence. « Faut croire que ses galipettes avec la veuve Gosset ont dé-cuplé le potentiel de lartiste ». Il doit être près de minuit lorsque Lehardy, complètement saoul, décide de tirer sa révérence au dernier carré de ses admi-rateurs. Rompue à ce rite immuable, la confrérie des joyeux fêtards guette le retour imminent du show man, amateur de fausses sorties. Comme prévu, le voilà qui réapparaît sur le pas de la porte pour effectuer un nouveau tour de carrousel. Titubant, hoque-tant, la face illuminée dun sourire béat, il trouve encore lénergie nécessaire pour raconter la dernière et vider deux ver-res cul sec. Enfin repu, il quitte les lieux en saluant la compagnie avant daller buter contre les tables qui ont lindélicatesse de se dresser sur son parcours devenu tortueux. Cependant, il est hors de question quon laccompagne jusquà sa demeure. Les autres le savent, Omer en prendrait ombrage. Il a sa fierté que diable. Après le départ de la vedette locale, Dédé convainc quelques récalcitrants à vider les lieux et se prépare ensuite à baisser les volets de létablissement. Soudain, la porte souvre violemment pour céder la place à un Lehardy pâle comme la mort qui se jette dans les bras du cafetier. Les yeux révulsés, agité par une peur incontrôlable, il hurle :
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PETITS RÉCITS À PÂLIR LA NUIT
« Ferme vite la porte ! Je crois quil ma suivi jusquici je trouille à mort ! Je ten prie, ferme cette porte ! » Décontenancé, Dédé interroge : « Quest-ce qui tarrive ? De qui parles-tu ?  Du chien du grand chien jaune !  Quest-ce que tu me chantes là ? Cré vingt dju, ça, cest le delirium tremens. Y en a qui voient des rats ou des éléphants roses, toi, cest un grand chien jaune !  Je tassure Dédé, je ne suis plus saoul.  Allons, du calme ! Assieds-toi là je te prépare un café tout de suite. » Lehardy le saisit par le col de la chemise. « Ne me laisse pas seul il nattend que cela pour me faire du mal » Dédé se défait difficilement de létreinte dOmer et va se planter sur le seuil de la porte. Il parcourt dun regard attentif le village endormi. Une odeur de foin fraîchement coupé vient lui titiller les narines. Le cafetier a beau scruter au plus profond de la nuit, il ne distingue nulle silhouette inquiétante dun grand chien jaune. Seule, lombre dun chat en campagne se découpe sur la façade dun mur blanc. Le ciel rempli détoiles annonce une nouvelle journée chaude pour demain. Afin de rassurer définitivement le policier, Dédé ferme lhuis à double tour. Les deux hommes sont à présent attablés, face à face. Le ca-fé noir fume dans les tasses. Le patron du bistrot prend la parole : « Maintenant, explique-moi calmement ce qui sest passé. » Omer boit une gorgée en faisant la grimace et commence son récit. « Tout à lheure, quand je vous ai quittés, jétais complète-ment givré  Oui ça, je lavais remarqué, figure-toi.  Dehors, je me suis étalé à trois ou quatre reprises. La dernière fois, jai eu la désagréable impression dêtre suivi. Je
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lordan

Petit bijou d’humour noir, que ce recueil de contes à lire de préférence la nuit. Récits tantôt brefs, percutants, vous assénant en l’espace de sept pages un uppercut fulgurant d’ironie et de dérision, tantôt s’étirant en humour sanglant, mais toujours empreints de cette ambiance typique de l’auteur, qui met en scène des personnages tellement proches de notre quotidien, avec une aisance redoutable.
Le très prolifique nouvelliste belge ne lasse décidément jamais son lecteur : chaque texte est la découverte d’un espace aux dimensions irréelles, tellement intouchable et cependant singulièrement à notre portée. Douze récits pour vous faire vibrer, vous faire rire, mais aussi, en filigrane, une profonde réflexion sur les natures humaines.

samedi 3 novembre 2012 - 10:01

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