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PLAIDOYER

De
123 pages
Plaidoyer est un recueil de nouvelles qui retracent des parcours souvent laborieux de femmes africaines. Des nouvelles qui sont des témoignages extraordinaires et émouvants sur les conditions des femmes en Afrique de l'ouest. La lecture des textes est fluide et aisée, les images colorées font découvrir des femmes tiraillées entre traditions et modernité, mais absolument séduisantes et attachantes. La volonté de sortir du faisceau social si lourd à porter est évidente. Ces nouvelles sont des tableaux beaux et éclatants de vérité sur des expériences de femmes dans leurs relations sociales.
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2 Titre
Plaidoyer

3

Titre
Fatoumata Kane
Plaidoyer

Nouvelles
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9122-6 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748191226 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9123-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748191233 (livre numérique)

6 A ma mère, pour l’affection et l’exemple
inlassablement donnés.

À ma mère, pour l’affection et l’exemple
inlassablement donnés.
7 Dilemme

DILEMME
Nafissa était au milieu de la cour, entourée
par une bonne dizaine de femmes, toutes bien
occupées à nouer savamment les sachets de
beignets que leur coopérative vendait
quotidiennement dans les magasins
d’alimentation de la ville.

Le domicile de Nafissa leur servait de siège et
d’usine ; Tous leurs ustensiles y étaient gardés
dans une dépendance que Nafissa leur louait et
les beignets étaient préparés sur place. Elles ne
gagnaient pas des millions mais leurs revenus
leur permettaient de subvenir utilement à leurs
besoins. De plus, il existait un vrai esprit de
groupe et de solidarité en toutes circonstances.
Elles étaient douze membres, et chacune portait
sa croix à sa façon, mais elles étaient
déterminées à préserver leur gagne pain.

Chaque jour, ces femmes se retrouvaient en
début d’après midi au siège et vu la quantité
quotidienne de beignets qu’elles fabriquaient,
elles travaillaient d’arrache pied jusqu’au
9 Plaidoyer
crépuscule. L’avantage de cette organisation
était qu’elles disposaient de leur matinée pour
s’occuper de leurs foyers respectifs.

Nafissa était séparée de son époux depuis de
longues années, bientôt huit ans, mais elle
continuait à se faire appeler madame Ngom.
Elle avait trois enfants, deux filles et un garçon
dont elle s’occupait seule. Elle avait loué cette
modeste concession dans un quartier populaire,
deux chambres et un salon plus la dépendance
qu’elle sous louait à la coopérative. La cour
n’était ni dallée ni cimentée mais simplement
tapissé de sable fin. Un grand manguier situé au
milieu de la cour faisait le bonheur de tous.
C’était là se passait la majeure partie de la
journée.

Nafissa était une brave femme abandonnée
par un homme repu d’elle et qui avait voulu
goûter à d’autres saveurs. Pourtant, tout avait
bien commencé entre Balla et elle. Il l’avait
séduite alors qu’elle était encore en seconde au
lycée, tandis que lui terminait sa licence en
droit. En première, elle s’était retrouvée
enceinte de Balla qui préparait sa maîtrise. Il
avait reconnu la grossesse et la faute fut réparée
par un mariage. Ainsi au moment ou ses
camarades rentraient en terminale, Nafissa
s’était retrouvée mariée et mère d’une petite
10 Dilemme

fille. Bien qu’elle redoutait quelque chose
d’indéfinissable, une sorte de prémonition, elle
était quand même heureuse d’être mère et se
savait aimée de Balla.

Balla eut un poste au ministère de la justice
mais continua ses études en cours du soir, il
voulait préparer un DEA puis un doctorat en
droit. Nafissa était contente de lui et fière d’être
sa confidente, de partager tous ses projets. Elle
aussi voulait s’inscrire dans une école
professionnelle pour préparer un brevet en
comptabilité. Pleine de tous ces projets, elle se
retrouva à nouveau, enceinte alors que son
aînée n’avait que huit mois. Ils étaient tous les
deux très contrariés mais elle était obligée d’être
brave et de tenir le coup. En effet, elle avait
tenu le coup pendant dix ans, elle s’était
sacrifiée pour son ménage : s’occuper des deux
enfants, de la cuisine, de l’entretien de la
maison. Elle était sur pied du matin au soir, une
cousine était là pour l’aider, il y avait assez de
travail pour deux. Elle pensait qu’il était normal
qu’elle soit une parfaite femme d’intérieur. Les
débuts avaient été difficiles puisque les revenus
de Balla ne suffisaient pas pour joindre les deux
bouts. Qu’à cela ne tienne, elle s’était mise dans
la vente d’eau fraîche. Elle passait une partie de
ses soirées à attacher des sachets d’eau qu’elle
mettait ensuite au réfrigérateur. Le matin, elle
11 Plaidoyer
remplissait la glacière et la posait à l’angle de la
rue à côté de la vendeuse de cacahuètes à
l’ombre du grand fromager. Elle arrivait ainsi à
subvenir à certaines petites dépenses.

Petit à petit, Balla s’était détachée d’elle. Elle
sentait qu’ils évoluaient différemment. Balla ne
s’intéressait pas vraiment à sa maisonnée. Il
prétextait toujours trop de travail pour couvrir
ses retours tardifs. Nafissa avait accepté sans se
plaindre. La situation financière de Balla s’était
améliorée au fil des ans, mais aucune
amélioration réelle ne s’était opérée au sein du
foyer. Alors que leur fille aînée venait d’avoir
neuf ans et le garçon sept ans, Nafissa se
retrouva à nouveau, enceinte et ce fut le début
de son calvaire. Balla avait énergiquement
protesté.

‘Elle l’avait sûrement fait exprès ! Avaient-ils
besoin d’un autre enfant ? Elle voulait le piéger,
comme elle l’avait piégée la première fois, puis
la deuxième fois ! ! ! Quand est-ce qu’elle allait
s’arrêter ? Croyait-elle vraiment qu’il allait
trimer toute sa vie pour l’entretenir ? Pensait-
elle pouvoir rester ainsi toute sa vie sans rien
faire ? Sans rien faire du matin au soir alors que
lui trimait du tout le temps ! Eh bien ! Elle se
trompait, il allait mettre de l’ordre dans tout
cela. Il avait mieux à faire que de pouponner.
12