Poire sucrée, salée, épicée

De
Publié par

A la fois sucrées, salées, épicées, les trois semaines de vacances de Poire, la jeune prof de danse exubérante, seront aussi brèves qu'un songe. Sans avertir ni sa sœur, Cerise, ni sa Pomme de mère, elle a décidé de traverser l'Atlantique pour venir passer un dernier hiver à la maison. Pourquoi est-elle venue cette fois-ci ? Pour se retrouver dans des souvenirs aussi surprenants que les figurines des Kinders chocolatés de l'enfance , pour se découvrir dans des instants qui, comme l'énorme racine serpentine du vieil arbre posté près du cimetière, se faufilent entre la vie et la mort , mais surtout, pour permettre l'ultime caresse du frisson qui depuis trop longtemps parcourt ses courbes rancunières mais enfin disposées à pardonner.
Publié le : lundi 13 juin 2011
Lecture(s) : 74
EAN13 : 9782748111606
Nombre de pages : 131
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Poire sucrée, salée, épicée
MichelCamille Bordeau
Poire sucrée, salée, épicée
ROMAN
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748111613 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748111605 (pour le livre imprimé)
Avertissement de l’éditeur
manuscrit.com — maison d’édition francophone — a pour vocation de réunir les conditions idéales pour que tous les manuscrits trouvent leur public. Pour ce faire, manuscrit.com s’est doté du plus grand réseau de lecteurs professionnels : composé de libraires et de critiques, il est entièrement voué à la découverte et à la promotion d’auteurs de talent, afin de favoriser l’édition de leurs textes. Dans le même temps, manuscrit.com propose — pour accélérer la promotion des œuvres — une diffusion immédiate des manuscrits sous forme de fichiers électroniques et de livres imprimés. C’est cette édition que le lecteur a entre les mains. Les imperfections qu’il y décèlera peutêtre sont indissociables de la primeur d’une telle découverte.
manuscrit.com 5bis, rue de l’Asile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com
I. ARRIVÉE, DÉPART
Je m’appelle Poire. Selon ses dires, môman avait rêvé d’un prénom plus discret, Mandarine ou Clé mentine. Quelques heures après ma naissance, mon père avait fait le détour obligatoire par la mairie. Dans sa poche, il avait un morceau de papier sur lequel étaient griffonnés une liste d’emplettes et les deux prénoms. En fin de matinée, lorsqu’il était venu retrouver sa Pomme à la clinique, Pépin avait dans son cabas un litre de lait, un paquet de Gauloises sans filtres à moitié vide, une plaquette de chocolat Crunch(une fois au supermarché, il s’était souvenu que môman l’avait mentionnée au passage : la sur prise lui plairait !) et enfinet enfin, des manda rines et des clémentines. Clémentines ? Mandarines ? C’est du pareil au même, avaitil songé quand la caissière du supermar ché avait pesé l’un après l’autre les deux sacs trans parents aux reflets pareillement orangés.  Du ChocolatCrunch, c’est gentil d’y avoir pensé, avait commencé ma mère encore un peu pâlotte, viens que je t’embrasse. Des mandarines, des clémentines, un peu d’humour ! Et les poires, t’as acheté des poires ?  C’est pas vrai, t’as pas fait ça ? s’exclama mô man en retrouvant instantanément ses couleurs.
7
Poire sucrée, salée, épicée
Poire, c’est donc moi ! Je n’ai pas été nommée après un(e) illustre saint(e) du verger ; je ne sors pas non plus d’une formidable page de littérature ou d’une scène de cinéma bouleversante. A l’inverse de ma sœur, Cerise, mon prénom n’est pas celui d’une institutrice qui aurait à jamais marqué la mémoire de ma mère ; il a été sorti d’un fond de panier mal approvisionné, d’une liste de courses confuse, d’une exégèse de supermarché. A l’occasion de la naissance de ma sœurette, lors de son avant dernier détour par la mairie, Pépin n’avait pas encore digéré sa bévue d’il y avait cinq ans. Sur le morceau de papier il avait donc pré cautionneusement calligraphié un énormeCerise, et ajouté un rapideGauloisesqu’il ne. Heureusement s’était pas trompé une seconde fois :  Gauloise ? Ça vient d’où ton nom ?  D’une marque de cigarette ! Pas Mandarine, pas Clémentine, pas Gauloise non plus, on m’a (ca)baptisée Poire, ce prénom qui fut, je dois le reconnaître, un véritable calvaire jusqu’à l’aube de la puberté. Pourquoi, dès l’âge de cinq ans, avaisje dévoilé son origine baroque à ces jeunes fruits moqueurs avec lesquelles j’allais partager les bancs de l’école pendant les dix (longues) années suivantes ? Peut être pour en sortir plus vigoureusement, plus volup tueusement par la suite. En effet, dès que j’ai com mencé à devenir un fruit un peu plus mûr, « Poire » m’alla comme un gant ou plutôt comme une seconde peau qui m’érotisait et m’ouvrait aux succès des dé bats amoureux. Depuis, je suis sucre, saveur. Mes hanches sont larges, très larges, très très larges ! Sublimes dans un ensemble chocolat, enivrantes nues, les autres fruits, ceux qui les comprennent, adorent y poser leurs mains autant que je me délecteparfoisde les y sentir. Froides, tièdes, chaudes peu importe,
8
MichelCamille Bordeau
mettez vos mains sur mes hanches et je suis com poteet je frissonne ! Ma poitrine est petite, là, sûre d’elle, un peu lourde, un peu légère, une invitation tranquille. Dis crète par rapport à ces hanches prétentieuses, elle est toujours une surprise agréable. Je le remarque dans les regards étonnés : Jolie poitrine ! Mes fesses, rien à dire ; je ne les vois pas, mais je sais qu’elles font ce qu’elles ont à faire. Mon ventre, un peu rond, juste ce qu’il faut, même lorsque j’ai mes règles. Il ne me dérange jamais, ne se manifeste pas davantage, trop intimidé qu’il est par ses voisines exubérantes. Mes pieds, ma pudeur, le témoignage de mon labeur. Je les respecte, mais qu’ils sont laids, difformes et déplaisants. La contrepartie des élégances de la danse : des doigts de pied désorientés. Hé toi ! T’as pas une tronche de pouce, poussetoi, c’est pas ta place ! Vous deux tenezvous tranquille ou je vous mets à l’index. Et dire que je suis censé être tout mignon, tout petit ! Il ne faut pas rêver, tout de même ! Tu ne crois pas si bien dire, Monsieur j’ailaclassedemoncousinl’anulaire, t’es plus épais qu’unBottinEnfin ces hanches ! Si seulement vous pouviez les voir, vos menottes n’y résisteraient pas. Courbes faites selon beaucoup pour la procréation, elles re fusent et refuseront à jamais de porter un autre fruit que celui du plaisir. Si j’ai par le passé chevauché des fruits parfois mûrs et souvent verts, c’est pour qu’on refasse mon corps, et non qu’on le défasse. Comme tous, vous y compris, j’aime ma saveur, déli cate, violente, affolanteperverse. Je mets en garde quiconque essayer de me la dérober. Comme dirait môman, je veux bien être poire, mais pasJe me suis savonnée, rincée, qu’estce que j’at tends pour sortir de la douche ? L’eau tiède qui glisse sur mon épiderme me fait toujours le même effet ;
9
Poire sucrée, salée, épicée
je caresse mon ventre, mes pensées sont sans équi voques, elles en terroriseraient plus d’un(e) tant elles manquent deconvenances. C’est en me moquant bien de cette vaine morale, que je décide de sortir de la douche. Le reflet dans ce miroir embué, c’est moi pour moi !One (naked) fruit show, juste pour moi : un spectacle privé, discret et secret. Je m’essuie les hanches ; j’y pose mes mains et je regarde un court instant cette nudité encore légèrement perlée. Ces hanches, décidément ! Un frémissement familier me sort brutalement de ma rêverie, je passe la serviette sur mon visage, je cherche à oublier ce souvenir qui refait surface chaque fois que des mains, mêmemesmains, se posent sur ces hanches mouillées. D’un bond, je me précipite hors de la salle de bain, mon petit jeu à l’innocence dangereusement onanique est terminé, je redeviens une poire bien vertueuse, j’abandonne jusqu’à la prochaine douche ce monologue à la fois vivifiant et menaçant.
Peach dort encore. Elle tousse. C’est toujours la même chose, je tombe malade, elle me soigne et j’ai le peu de courtoisie de lacontaminer. Elle tousse encore, les chats la regardent silencieusement. Elle travaille trop, beaucoup trop. En moyenne cinquante cinq heures par semaine depuis qu’elle a quitté l’uni versité. Cinq ans de ce régime sans merci, pour payer des dettes de scolarité exorbitantes. J’espère que ce petit fruit du sud faulknerien m’aime de toute sa ferveur dans cette froide matinée du Michigan. J’imagine que je suis ces vacances et ce poumon de renouveau qui lui font terriblement défaut. J’essaie tant que possible, par de simples gestes quotidiens, de lui offrir cette liberté dont elle
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.