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Porte-à-faux

De
311 pages
Un écrivain découvre dans sa bibliothèque les fragments d'une histoire - pendant la bataille de Belchite, un paysan est abattu par un soldat allemand -, il en élabore la suite. La vie d'Antoine, jeune inspecteur de police, bascule à la mort de son père. Il hérite de la clef d'un coffre.Son contenu le mène à un militaire américain qui l'encourage à partir en Argentine sur les traces de l'assassin de son grand-père, soixante ans plus tôt. Antoine y rencontre Carolina et Chicha la présidente d'une association qui lui permet de retrouver sa trace au Chili. Une femme aux cheveux incandescents croise alors sa route. Violente et secrète, cette rencontre et l'ultime face-à-face avec sa généalogie métamorphosent la quête d'Antoine en repos d'errance.
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Titre Alain Croq
Porte-à-faux
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : livre imprimé2-7481-9248-6 ISBN 13 : livre imprimé9782748192483 ISBN : livre numérique2-7481-9249-4 ISBN 13 : livre numérique9782748192490
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« Si affaissé, brimé, si fini que tu sois, demande-toi régulièrement - et irrégulièrement -Qu’est-ce qu’aujourd’hui encore je peux risquer ? » Poteaux d’angle, Henri Michaux. .À Nancy, elle sait.
.
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Prologue
PROLOGUE
À chacun de mes passages en train, le suaire noir était là. Montre en main, je ne disposais pas plus de dix petites secondes pour m’imprégner de sa présence. Mon cœur se serrait ensuite imperceptiblement. Chaque semaine, à la même heure, ma vie demeurait en suspens. Elle ne manqua jamais notre rendez-vous. Six mois durant, j’oscillai entre abattement et surexcitation. Seule l’inaction propre aux héros romantiques me paraissait être une justification plausible. Un amoureux transi qui se meurt de ne pas approcher sa belle, voilà ce que j’étais devenu. Une nuit, j’errais dans un labyrinthe. Pêle-mêle, des livres en charpie sur le sol, des pupitres, des écritoires, des peintures suspendues aux murs salpêtrés, des piles de journaux, des posters de femmes, des hommes statufiés, des enfants aux regards monstrueux. Et des portes, un alignement de portes aspirées par la boue. De chacune de mes empreintes
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Porte-à-faux
jaillissait une calligraphie qui saignait. Je m’arrêtais un moment pour manger un fruit posé sur un trépied. La peau comme un alphabet. Je pleurais. Mes larmes se mêlaient aux lettres le long de mes doigts. La souffrance du monde s’y concentrait tout entière. Par delà les pans d’une longue cape noire, une main blanche se tendait vers moi. Je n’hésitais pas une seconde, je me mettais en marche vers ces pétales d’éternité. Tout s’était volatilisé. Restaient les portes. Elles s’ouvraient sur les mots. Les crissements du premier métro me réveillèrent en sursaut. Il était temps de me rendre là-bas. Les panneaux signalétiques mesuraient le temps au-dessus de l’insaisissable ruban noir. Le sang affluait à mes tempes. Il cognait sauvagement contre les parois. En pente douce, la terre tailladée des larges fentes de la ligne de chemin de fer et de l’autoroute se déversait dans la géométrie douloureuse des bras en croix implorant le Ciel au-dessus des rectangles d’ivoire. En sortant de la voiture, je fus surpris par le bruit continu des véhicules. Le vent le transportait, lourd de significations. J’avais imaginé l’endroit pétri de silence et de recueillement. J’hésitais entre agacement et déception lorsque, avec une étrange acuité, je perçus le frôlement d’une étoffe sur les graviers.
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