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Poule D

De
136 pages
À trente-deux ans, Mina, la narratrice de Poule D, décide de s’inscrire dans un club de foot féminin. Chaque vendredi soir, elle quitte le collège où elle enseigne pour apprendre les gestes et les techniques d’un sport qu’elle ne connaît que par les livres et les matchs à la télé. Avec une quinzaine de filles, d’âges, d’origines et de milieux professionnels différents, elle dispute des matchs entre clubs du Val-de-Marne, avec l’ambition de monter dans le classement.
Semaine après semaine, Mina découvre que la part de rêve, d’idéal footballistique, cache une autre réalité, moins brillante : les stades sans public, le matériel vétuste, la fantaisie des entraîneurs, les rivalités puériles, les défaites à répétition, la concurrence féroce et la souffrance physique…
Récit d’apprentissage, Poule D raconte avec beaucoup d’humour le quotidien d’un monde, encore très masculin, que des filles réinventent joyeusement.
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Poule D
YA M I N A B E N A H M E D DA H O
Poue D
r o m a n
l’arba lète collection dirigée par Thomas Simonnet
© Éditions Gallimard, 2014.
En couverture : Sac de sport et son contenu. Photographies : Catherine Hélie / Éditions Gallimard ; Ziga Lisjak / Getty Images.
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Je chausse des escarpîns dorés à bouts ouverts aîs-sant apparaïtre mes onges vernîs de rouge a veîe, j’accorde ma pînce à cheveux à ma robe noîre fleu-rîe de pétaes verts, puîs j’empoîgne, égère, e car-tabe usé renermant une trousse et un cahîer de texte 90 grammes quî n’ont pas déménagé de ’été. Je traverse e pérîphérîque exceptîonneement fluîde du sud au nord en moîns de vîngt mînutes – à peîne e temps de goûter au caé chaud dans a Ther-mos caée entre mes cuîsses. J’accéère à ’entrée du tunne du Landy, encenche a cînquîème et passe d’un coup d’îndex de France Inter à ’abum beu de Wee-zer. Je raentîs en sortant du tunne pour aborder e ong vîrage serré quî surpombe e Stade de France, monstre de verdure posé dans e paysage de goudron et de béton. Sur e parkîng, cînq coègues – au mascuîn purîe – sont réunîs en cerce autour d’un arbre anorexîque,
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gobeet de caé à a maîn, cope au coîn de eurs bouches sourîantes. Je aîs coucou avant d’engager un créneau sur une des paces sîtuées à côté du jardîn que es voîsîns du coège ont transormé en erme. Des oîes banches ganent en caudîquant des euîes de saade et des rondees de carotte épar-pîées sur e so terreux. Ees n’ont pas a grâce des oîes banches de Nîs Hogersson. Leur pumage est poussîéreux, eur cu arge et dîforme, eur démarche boîteuse, eur crî ort aîgu et efrayant d’agressîvîté, ce sont des oîes du neu-troîs. Sur e toît du pouaîer e chat prend e soeî. Pattes en rond, yeux mî-cos, oreîes raîdes et moustaches tendues comme e fi à înge au ond du jardîn. En roî de a basse-cour, e chat étîre son corps engourdî, descend ’échee du pouaî-er avec décontractîon devant e coq à a crête pâe et avachîe que même es poues au pumage roux et sec ne regardent pus. Ees sont une dîzaîne, se dépacent groupées, rôent e coq, s’arrêtent devant uî, e fixent une seconde – tête raîde regard vî bec menaçant grîfes pantées au so – puîs, hautaînes, fient en se dodeînant dans un coîn du jardîn où ees caquettent en pîcorant des graîns de mas et des déchets aîmen-taîres. Aux éèves de sîxîème rangés dans a cour – armée de bébés déséquîîbrés par e poîds du cartabe – je dîs bonjour avant de eur tourner e dos et de es précéder
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pour es guîder vers une sae du premîer étage. Nî marîée, nî pacsée, nî en coupe, nî rîen du tout, je me présente pourtant comme une Madame. Le dîsant, j’écrîs mon nom en majuscues au tabeau pour que es éèves compètent a case proesseur de rançaîs dans eur carnet de correspondance. La tête dîscrètement pacée au-dessus de eurs épaues crîspées, je constate sans corrîger es varîatîons orthographîques de mon nom compîqué. Je eur demande d’écrîre ’aphabet en mînuscues et en majuscues sur une euîe de brouîon portant eur nom et eur prénom que, pour une bonne dîzaîne, j’aî déormés en aîsant ’appe. Majîd s’arrête à a ettre P, Jason réînvente ’ordre des ettres J, Q, X, Y, Z, a graphîe de certaîns est teement îîsîbe que j’îgnore s’îs maïtrîsent ’aphabet. Je es învîte ensuîte à venîr se présenter au tabeau. Vous pouvez dîre absoument ce que vous vouez. Luc est un garçon gentî maîs î aut pas e cher-cher sînon î peut aussî être méchant, î est dîngue de maquettes d’avîons et du Barça, c’est pour ça qu’î a mîs e joggîng du cub aujourd’huî, î aîme pus es maths que e rançaîs parce que a ecture, bo. Ceyhan, sour-cîs broussaîeux et yeux cîgnotants, ne connaït per-sonne parce qu’ee vîent d’arrîver en banîeue, avant ee habîtaît à Parîs, près de a Chapee, ee trouve que ça change pas trop. Pau-Andrew aîme bîen poser
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des questîons maîs aut pas s’înquîéter sî on comprend pas vu que c’est des îdées vachement compîquées quî passent dans sa tête des oîs. Shean espère que cette année on va pas trop ’înterroger parce qu’î aîme pas parer. Iesanmî a douze ans et demî, a redoubé son CP parce qu’î savaît pas trop bîen îre. Fang-Yîn a oubîé qu’est-ce qu’ee vouaît dîre à a casse, je peux retourner à ma pace ? Channa, robe à poîs beus et baerînes scîntîantes, s’avance vers e tabeau avec a démarche d’une mînî-mîss, dît bonjour tout e monde – sa voîx est moe et sucrée comme une rîandîse – ee adore e chant, a danse, e soeî et e rançaîs, surtout a conjugaîson et ’orthographe. Médî achève e tour des présentatîons, s’étîre avant de traverser es rangées en traïnant es pîeds, s’adosse au mur, mange a casse du regard et, d’un ton souveraîn comme s’î s’adressaît au monde entîer, décare: j’aîme pas ’écoe, j’aî jamaîs aîmé ça et je croîs que je vaîs pas du tout du tout du tout aîmer e coège parce que es récrés ees sont pus courtes qu’en CM2 aors ça veut dîre que je pourraî moîns jouer au oot, dans ma vîe y a que e oot quî compte.