Pourquoi les femmes aiment-elles les poneys et les hommes les super-héros

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Début de roman, je publie ici pour avoir quelques avis afin de voir si je me lance bien ou non dans cette histoire. N'hésitez donc pas à me laisser des commentaires.
Résumé:
Gabin, jeune homme menant une vie mélancolique dans Paris, cherche le bonheur désespérément. Trouvant sa vie vide de sens, il décide d'écrire un livre sur les relations hommes/femmes en se basant sur ses propres expériences. Au fil de l'histoire qu'il relate, il se rend compte que le bonheur ne vient pas uniquement des relations amoureuses...
Publié le : lundi 22 août 2016
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Préface :
Chers lecteurs, si vous avez l'impression que cela n'a ni queue, ni tête, je ne vous contredirai
pas, car je ne sais pas moi-même à l'avance comment va se dérouler l'histoire au fur et à mesure que
je l'écrit. Si vous pensez que je me suis inspiré de personnages, de choses ou de faits réels alors c'est
sûrement le cas. Ce n'est en aucun cas du plagiat, j'écris seulement par envie, par amusement et
parfois par nécessité, pas pour copier telle ou telle chose. Et si vous avez l'impression de vous
reconnaître dans les mots qui vont suivre, eh bien, tant mieux pour vous !
Ceci n'est pas un récit stupéfiant, ou quelque chose qui bouleversera votre vie ou votre façon de
penser. C'est tout simplement l'histoire d'un homme qui tente de vivre sa vie comme il l'entend,
comme un faignant qui veut vivre de son écriture. Il tente malgré tout en écrivant, d'éclaircir un
mystère depuis longtemps irrésolu, décrypter les relations hommes / femmes dans la société
actuelle.
Je remercie les personnes qui m'ont inspiré pour créer mes personnages, d'autres pour avoir
participé à l'écriture de certaines phrases et les moments de ma propre vie desquels je me suis
inspiré pour les adapter en fiction.
A mes parents, en espérant qu'un jour ils soient fiers de moi.I
Gabin était assis dans la pénombre, dans son vieil appartement. Il n'avait que trois meubles,
sa table de chevet, pour ranger ses livres, un bureau, sur lequel il écrivait ou mangeait et son lit dans
lequel il essayait de mettre des jeunes femmes et accessoirement d'y dormir. Il pianotait sur une
vieille machine à écrire trouvée lors d'un vide-maison, à la lueur d'une vieille lampe dont l'abat-jour
était jauni par le temps, tout en fumant.
Cette source de lumière attira un moustique qui s'empressa de rentrer dans le domicile du jeune
homme, par la seule fenêtre de son appartement. Au moment où le moustique se posa sur son bras
pour se délecter de son délicieux breuvage sanguin, Gabin lui dit :
« Non ! Ne me pique pas malheureux !
_Et pourquoi pas ? répondit l'insecte.
_Parce que si tu faisais cela tu en mourrais !
_Comment ça ? Je ne compte pas mourir moi, du moins pas avant d'être vieux et d'avoir atteint mes
quatorze jours.
_Hélas tu ne vivras pas jusque-là si tu te nourris de mon sang.
_Explique-toi, répliqua le moustique d'un air étonné.
_Eh bien c'est simple. Je suis un fumeur, mon sang contient donc des toxines. Si tu venais à
consommer mon sang, tu deviendrais accro au tabac, tu piquerais alors exclusivement des fumeurs à
l'avenir. Et tu réduirais ton espérance de vie d'au moins une demi-journée par fumeur piqué. Si tu
comptes vivre jusqu'à tes quatorze jours et voir tes larves grandir, ne fais pas ce que tu avais
l'intention de faire.
_Oui mais si je ne me nourris pas de ton sang, je vais mourir de faim. Donc cela revient au même.
_C'est là que tu te trompes mon cher Culicidé, à l'étage au dessus vit une jeune mère célibataire
avec son nourrisson, et son bébé, lui, ne fume pas. Il a donc le sang vierge, plus vierge que Marie en
tout cas.
_Merci pour l'tuyau le bipède ! »
Et le moustique repartit en se léchant les mandibules, par là où il était entré, pour aller se régaler du
nectar de l'enfant geignard. Gabin, quant à lui, se félicitant d'avoir trompé le moustique, l'un des
animaux les plus intelligents selon lui, se remit à écrire avec sa vieille Remington.
II
Un miaulement moqueur se fit entendre. C'était Monsieur le Chat, un beau chat de gouttière
gris sombre au pelage sucré. Gabin ne lui avait pas donné de nom alors il le nommait « le Chat » ou
« Monsieur le Chat ». Il se moquait de son maître qui était satisfait d'avoir dupé un vulgaire insecte.
« Ne te moque pas de moi le Chat, il aurait pu te piquer aussi et ça t'aurait démangé toute la nuit.
_Avoir berné un moustique ne fait pas de toi quelqu'un d'intelligent Gabin.
_Tu crois ça ?
_J'en suis sûr.
_D'accord... Tiens maintenant que j'y pense ! Demain j'aurai besoin de l'appartement pour moi seul,
Camille me rejoindra pour dîner et pour satisfaire mes pulsions sexuelles, pourras-tu passer la nuit
dehors ?
_Oui je veux bien, à condition que tu m'achètes de l'herbe à chat. Et de la bonne, pas de la daube
comme celle que tu m'as ramené la dernière fois.
_Entendu ! »Après cette conversation quelque peu poivrée, Gabin ouvrit une bouteille de vin bon marché et se
remit au travail.
III
« Il m'avait dit rendez-vous au pied de la Tour-Eiffel à 16h pile, et il est 16h03 ! Il est en
retard... »
Gabin attendait impatiemment le dealer au pied de la grande tour métallique.
Au bout de quelques minutes il aperçut un vieil homme bien peigné, bien habillé mais qui avait une
démarche assez inhabituelle, il zigzaguait entre les passants, cherchant du regard quelqu'un. Il alla à
sa rencontre et dit :
« Vous ressemblez à mon grand-père... C'est bien vous le Botaniste ?
_En effet c'est moi, monsieur G comme Gérard je présume ?
_C'est ça, vous n'êtes pas ponctuel à ce que je vois.
_Ma montre indique 16h00.
_La mienne indique 16h08 !
_Eh bien, pour m'excuser du retard je vous ferai un rabais de 2,69%.
_Merci. »
De retour à son appartement, il prépara le dîner. Comme les fruits étaient ce que préférait Camille, il
mit les fruits à l'honneur dans chacun de ses plats. En entrée, salade guadeloupéenne aux bananes
bien sûr. En plat principal, blanquette de citrons jaunes et citrons verts provenant de la région des
Keys dans le sud de la Floride. Et pour le dessert, un fraisier aux poires de la variété La Louise
Bonne d'Avranches.
Quand il eût fini de cuisiner, Gabin alla dans sa salle de bain sans baignoire pour se préparer avant
l'arrivée de sa si jolie maîtresse. Dans le miroir, on pouvait distinguer un jeune homme brun aux
reflets roux, avec un visage assez banal mais élégant d'une vingtaine ou peut-être d'une trentaine
d'années, ses yeux de couleur sombre donnaient à son visage une expression de tristesse. Sourire
paraissait lui demander un effort considérable, pourtant, il avait de belles lèvres et une fossette sur
la joue droite qu'on ne pouvait distinguer que les rares occasions où il riait. Toutefois de taille
moyenne, cet Homo Erectus se sentait plus petit que tout le monde, il n'avait pas confiance en lui.
Et tout comme Baudelaire, son Spleen l'accompagnait dans les moindres moments de sa vie.
IV
« C'était délicieux ! s'exclama Camille.
_Merci.
_Ce sont des bananes qui viennent de Martinique ?
_De Guadeloupe, sinon cela s'appellerait une salade martiniquaise.
_Ah oui... Je suis bête parfois, répondit la jeune femme rougissante.
_Seulement parfois ? rétorqua Gabin.
_Et c'est toi qui a tout préparé ? reprit-elle.
_Oui.
_Et tes citrons ont été élevés en plein air ?
_Oui, ils avaient le label violet._Merci pour ce repas en tous cas, c'était vraiment bon. J'adore les fruits !
_Oui, j'étais au courant comme une prise électrique.
_Tu veux passer à la seconde partie de la soirée ? dit la jolie rousse ne dérougissant pas.
_J'adorerai... » répondit le jeune homme timidement.
Camille se jeta alors sur son beau cuisinier qu'elle regardait avec envie depuis le commencement de
la soirée et, commença à s’effeuiller. Elle laissa d'abord apparaître ses petits seins bien formés que
Gabin s'empressa de baiser, en suite ses jambes fines qui étaient en parfaite harmonie avec son
corps et pour finir ses fesses rebondies, pour qui l'apprenti écrivain nourrissait la secrète envie de
les croquer, comme l'on croque dans un fruit mûr. Puis elle l'amena sur le lit où, le silence de la nuit
laissa place à ses cris.
V
Dans la nuit, Gabin se réveilla. L’inspiration montait en lui, il s'empressa donc d'aller sur sa
machine à écrire.
Le corps des femmes était une bonne source d'inspiration, leurs courbes, leurs formes, leur parfum,
tout cela rythmait son imagination. Et le raisonnement de sa vieille machine à écrire se fit entendre
pendant des heures.
A son réveil, Camille trouva son amant penché et somnolant au dessus de sa machine.
« Toujours sur cette histoire de roman ? dit la belle à moitié réveillée.
_Oui malheureusement... Je n'arrive ni à finir ni à commencer, répondit le jeune homme d'une petite
voix.
_Tu as dépassé le stade du titre cette fois ?
_Oui.
_Quel est-il ?
_Pourquoi les femmes aiment-elles les poneys et les hommes les super-héros.
_Drôle de titre, toutes les femmes n'aiment pas les poneys tu sais...
_Je sais ça, ce n'est qu'une image. Cela m'est venu naturellement, le titre à lui seul résume le sens de
l'histoire.
_Et donc, de quoi ça parle ?
_Des relations entre les hommes et les femmes.
_Ça a l'air intéressant !
_Cela n'intéressera pas grand monde mais bon, il faut bien que quelqu'un essaye d'expliquer la
complexité de ces relations puisque personne n'y comprend rien. »
Après le petit déjeuner constitué essentiellement de fumée et de café au goût cendré, la jeune
femme repartit chez elle en prenant soin de remercier une nouvelle fois son hôte pour le fabuleux
dîner de la veille et pour la nuit assez agité qu'il lui avait fait passer.
Une fois la porte refermée, se retrouvant de nouveau seul, Gabin dit en soupirant :
« Heureusement qu'elle me remercie, sinon j'aurai l'impression d'être une pute. »
VI
L'apprenti écrivain faisait les cents pas dans son appartement, il attendait avec une folle
impatience son animal de compagnie qui n'était toujours pas revenu de sa vadrouille nocturne.
Et après quelques mouvements des aiguilles sur l'horloge, le félin fit son apparition à la fenêtre.« Te voilà enfin ! s'écria le propriétaire du Felidae.
_Oui, tu m'as donné ma soirée hier, tu avais oublié ?
_Non, mais Camille est parti depuis un moment et je t'attendais pour enfin pouvoir écrire !
_Je vois pourtant que tu n'as pas chômé.
_Tout ce que j'écris sans l'aide de ma raison n'a aucun intérêt, ce ne sont que des idées en vrac...
_Et tu as besoin de moi pour remettre ces idées dans le bon ordre mais regarde, même sans ta
raison, ton instinct te pousse d'écrire. Ton essence-même serait d'être écrivain Gabin.
_Tu veux me faire croire que là est le sens de ma vie ?
_Tu ne penses pas qu'écrire soit le but de ton existence ?
_Non mais les femmes oui. A présent tais-toi, laisse la logique à ceux qui savent la pratiquer, moi je
vais enfin pouvoir reprendre tout ce que j'ai écris dans la nuit et le réécrire sans omettre aucunes de
mes idées ou de mes pensées incohérentes.
_Miaou. »
Et Gabin se mit relire toutes les pages écrites durant la nuit passée. Il prenait des notes sur chacune
d'elles, il en déchirait certaines, il en froissait d'autres. Parfois il soupirait et parfois il constatait sa
stupidité à haute voix.
Après plusieurs heures d'écriture et de relecture, il fit une pause pour chercher des cigarettes car son
paquet était fini. Comme il n'en trouvait pas, il envoya son chat au Recylo-mégots, une sorte de
machine ressemblant à une déchiqueteuse à papier dont l'usage est de récupérer la fumée, la cendre
et les vieux mégots afin de produire de nouvelles cigarettes grâce à un procédé d'humidification du
dioxyde de silicium, situé au sous-sol de l'immeuble.
« Je te remercie monsieur le Chat, dit Gabin au retour de l'animal, ah oui j'oubliais, comment s'est
passé ta soirée ?
_Elle s'est très bien déroulée. Nous avons flâné avec quelques amis sur les toits de Paris, en suite
nous avons mâché de l'herbe à chat ensemble et pour finir nous avons fait la chasse aux jeunes
félines afin d'assurer notre descendance dans l'espoir qu'un jour, les chats soient plus nombreux que
les humains et que nous puissions prendre le contrôle de la capitale.
_C'était donc vous la symphonie de miaulements que j'ai entendu toute la nuit.
_Sûrement. »
VII
Pour une fois, Gabin ne faisait ni la tournée des bars ni celle des cabarets mais bien la
tournée des maisons d'édition.
Il se baladait avec l'esquisse de son roman dans sa poche et espérait qu'un éditeur le remarque et lui
fasse une promesse de publication future.
Après avoir arpenté les rues de Paris pendant deux jours et essuyé plusieurs échecs, car pour ces
éditeurs débarquer sans rendez-vous et avec trois pages d'un roman cela ne fait assez
« professionnel », le jeune homme décida donc de se rendre dans une agence immobilière afin que
l'on puisse l'aider dans sa démarche.
Il se rendit dans une agence du nom de « Carton & maison Immobilier ».
« Quel style de maison recherchez-vous monsieur? demanda la vendeuse immobilière, Mathilde
d'après son badge couleur doré.
_Quelque chose de grand ou petit, peu m'importe tant qu'elle peut accueillir mon roman, répondit
Gabin sous le charme de cette jolie vendeuse.
_Vous désirez devenir propriétaire ou locataire ?
_Je compte bien être le seul et unique propriétaire, je déposerai un copyright.
_Plutôt rustique ou moderne ?_Tant que cela me rapporte, tout me va, je n'ai pas de préférence !
_D'accord donc c'est pour la louer, dans quel secteur voulez-vous qu'elle se situe ?
_Pas trop loin de mon domicile, que je puisse y aller à pieds ou en vélo.
_Et combien pouvez-vous y mettre ?
_Pour l'instant, je peux y mettre trois pages avec une caution de dix autres.
_Très bien, nous allons voir si nous pouvons trouver une maison qui correspondra à vos attentes. »
Peu de temps après, le jeune écrivain reçut un coup de téléphone de l'agence qui lui communiqua
l'adresse d'une maison d'édition. Il s'y rendit le lendemain-même.
Le jeune homme arriva devant un vieil immeuble à la façade décrépit, devant la porte il y avait un
champ miné de crottes de chiens. Il chercha rapidement le nom qu'on lui avait donné sur
l'interphone du bâtiment et, plein d'espoir, décida de sonner.
Une voix tremblotante lui indiqua de monter au quatrième étage et de toquer avec insistance à la
porte numéro 403. Gabin du se débattre plusieurs secondes avec la porte d'entrée afin que celle-ci
s'ouvre, une fois à l'intérieur il balaya la pièce de son regard à la recherche d'un ascenseur, celui-ci
était tellement bien caché que le garçon abandonna et se rendit en direction des marches. Un
monteescaliers était installé aux pieds des marches et il décida de le prendre.
Une fois arrivé en haut quelques minutes plus tard, un vieil homme au visage sympathique lui
ouvrit sa porte.
« Cela fait plus de trente minutes que tu as sonné en bas... dit l'homme à la moustache grisonnante.
_Je cherchais l'ascenseur, répondit Gabin d'un air penaud.
_C'est donc toi le jeune auteur pauvre en idées ?
_Apparemment oui. Vous êtes monsieur Marresel je suppose ?
_Tu supposes bien.
_Ceci est votre bureau ?
_Et mon home suite homme.
_Hmmm étrange, constata Gabin. Puis il entra dans l'appartement après l'invitation de son
interlocuteur.
_Veux-tu me faire passer ton histoire ? reprit le vieil éditeur.
_C'est encore inachevé, l'agence vous a-t-elle prévenu ?
_Oui, ne t'en fais pas. »
Et en même temps qu'il lisait les pages, les traits du visage de monsieur Marresel s'incurvaient vers
le haut, laissant apparaître deux fossettes derrière sa moustache fournie.
Ce n'était qu'une paire de chapitres mais le vieil homme paraissait enthousiaste, ce qui rassurait
Gabin, qui ne savait pas quel dieu prier car il était athée.
Quand il eut fini de lire, Marresel proposa au jeune homme de revenir le voir au fur et à mesure que
son roman avancerait, de lui apporter en personne chaque nouveauté écrite. C'est à cette condition
seule qu'il publierait son livre plus tard. Ce dernier accepta la proposition avec une joie non
dissimulée, paya un café et un Paris-Brest au vieil homme dans le bar au pied de l'immeuble et pour
finir la journée rentra à son appartement écouter ses vieux albums de George Sainbourg, ceux de sa
période jazz & blue.
VIII
Le temps des jupes et des robes était fini, Paris avait revêtu son imperméable de neige pour
une saison. Gabin, quant à lui, continuait d'écrire dans son petit meublé pauvre en meubles.
Depuis plusieurs mois, le jeune homme avait pris pour habitude d'aller voir, comme il l'avait exigé,
son futur éditeur, monsieur Marresel. Les deux passaient de brefs moments ensemble, le plus jeune
montrait les avancées de son roman tandis que le plus vieux racontait quelques anecdotes de sa vie plus ou moins intéressantes.
Camille avait cessé ses habitudes avec Gabin, il ne lui consacrait plus assez de temps et d'attention
selon elle. Avec le temps elle rencontra quelqu'un et oublia l'homme au chat.
Après avoir passé quelques nuits blanches à se morfondre au cœur de son appartement, il fit la
rencontre hasardeuse de Juliette, une fille considérablement plus jeune que Camille, le Chat l'avait
poussé à la pervertir.
C'était une fille très belle, d'un certain rang social mais très naïve, le jeune homme pouvait donc en
abuser à sa guise. Cette situation semblait leur convenir à tous les deux.
« Tes parents t'ont pourtant bien éduqué, alors que fais-tu avec moi jolie Juliette ? dit Gabin à
l'oreille de sa belle blonde.
_Je m'amuse bien, répondit-elle d'un ton amusé.
_Tu préfères les écrivains sans talent aux jeunes et riches fils à papa ?
_Oui, les écrivains sont tellement plus intéressants.
_Je ne pensais pas être une personne intéressante, reprit le jeune homme.
_Intrigante et intéressante si, tu parles à ton chat, tu repasses des feuilles froissées pour les
défroisser, tu écris un livre que personne ne lira à part toi...
_Vu sous cet angle, tu me fais passer pour un fou.
_Tu es fou peut-être parce que le fait de m'avoir rencontré t'a fait perdre la raison ? Dit la très jeune
femme rougissante.
_Non, elle est dans sa litière, je l'entends gratter le sable. »
Les deux amants se voyaient régulièrement quand ce n'était pas quotidiennement et cela avait le don
d'énerver la famille de Juliette. Ils ne voyaient pas d'un très bon œil que leur fille fréquente un
écrivain fauché mais elle passait outre l'avis de ses parents. Quant à Gabin, il savait qu'il
n'appartenait pas à leur monde et que leur histoire ne serait qu'éphémère mais ensemble, ils étaient
heureux, elle ressentait ce frisson à ses côtés, c'était la seule chose qui comptait.
IX
« En ce moment tu penses plus à ta petite blonde qu'à écrire Gabin, crois-tu que le vieux
Marresel va être content ? dit le Chat à son jeune maître.
_L'amour est plus important qu'un roman absurde, répondit l'écrivain.
_Mais l'amour ne peut pas payer les factures.
_C'est juste... Vas-tu m'aider à écrire alors ?
_Si tu me nourris, il se pourrait que je te souffle deux trois idées oui.
_Entendu ! C'est vrai qu'en ce moment j'ai eu tendance à te délaisser, mais cela n'arrivera plus.
_Miaou miaou... »
La raison de Gabin lui avait rappelé qu'il devait avant tout s'occuper de lui-même et qu'il devait
travailler sur son roman, il se pencha donc de nouveau sur son histoire afin de lui faire prendre
quelques grammes pour ne pas arriver bredouille à sa prochaine visite chez son éditeur.
Et sur ce coup de cravache, le jeune homme se mit immédiatement au travail, il travailla jour et
nuit, bu autant qu'il écrivit et commença à délaisser la fille qui était folle amoureuse de lui.
L'histoire semblait se répéter, une nouvelle fois, comme si les erreurs du passé n'avaient laissé
aucun enseignement.
Les semaines filaient et peu à peu, Gabin perdait la fougue qui l'animait pour Juliette. Il passait plus
de temps en compagnie de son chat, qui semblait lui faire réciter des leçons chaque jour et discutait
d'avantage avec le vieil éditeur.
C'est ainsi qu'il apprit que le vieil homme avait participé à une guerre à l'âge de 6 ans, il avait servis
dans la 45e division d'infanterie encore en couche culotte sous les ordres du général Réquin, qu'il avait été marié à trois reprises entre l'âge de 21 et 23 ans, et que durant sa jeunesse, il avait côtoyé
George Sainbourg.
« Comment l'avez-vous connu ? demanda le jeune homme à monsieur Marresel.
_J'ai été son élève aux Beaux Arts.
_Et quelle matière enseignait-il ?
_La peinture des nus.
_Pas étonnant... Quel genre de professeur était-il ?
_Sympathique, surtout avec les jolies filles, dit Marresel en souriant.
_Chantait-il en cours ? demanda Gabin avec un air curieux.
_Il récitait seulement du Baudelaire.
_Magnifique !
_Tu aimes bien Sainbourg petit ? dit le vieux affectueusement.
_Je l'adore, j'écoute ses albums en boucle et je lis tout ce que je peux trouver sur lui. C'était un
artiste complet, peintre, poète, et musicien...
_Si cela t'intéresse, je dois avoir quelques dessins signés de sa main. Je les chercherai dans mon
fourbi et je t'en ferai cadeau à ta prochaine visite.
_Merci beaucoup ! »
X
Et plus les jours filaient, plus Gabin se désintéressait de Juliette. Elle ne le faisait plus rire,
elle ne faisait plus accélérer son rythme cardiaque, elle n'arrivait plus à capter son attention.
Lui, rendait plus souvent visite au vieux Marresel, il allait flâner avec son chat dans les vieux
quartiers de Paris et il rencontrait de nouvelles personnes dans les bars en engageant la
conversation, chose qu'il n'avait pas pour habitude de faire.
Une nuit, le Chat proposa à son maître de le suivre dans une de ses escapades nocturnes, ce dernier
accepta avec un enthousiasme débordant, jamais auparavant il n'avait fait preuve d'autant d'entrain.
Le matou avait conduit le jeune homme à Montmartre, devant le célèbre cabaret le Lapin Agile,
anciennement repère d'artistes. A quelques pas seulement de l'entrée officielle, un brèche dans la
cave de l'établissement laissait jaillir une lumière et des miaulements bruyants. Au dessus de cette
ouverture, se trouvait une vieille enseigne où l'on pouvait lire, « La Laiterie ».
L'animal entra et fit signe à Gabin de le suivre. A l'intérieur, il découvrit une taverne miniature
envahie de chats, certains buvaient du lait, d'autres jouaient aux fléchettes et il y en avait qui
croquaient des souris.
« Un Russe Blanc s'il vous plaît barcat, dit Gabin.
_Et pour vous Monsieur le Chat, qu'est-ce que ça sera ? rétorqua le chat derrière le bar.
_Un lait bien tiède !
_C'est sympathique comme endroit ici, déclara le jeune homme.
_C'est ma tanière favorite, répondit son animal, et attends de voir le numéro des chattes, elles
dansent le Cat Cancan !
_J'ai hâte. »
En milieu de soirée, un deuxième bipède accompagné de son chat lui aussi, fit son entrée dans la
taverne. Gabin qui était assis dans la pénombre et plus ivre que le bateau de Rimbaud, remarqua
tout de suite cette deuxième personne.
C'était une très belle jeune femme, avec des cheveux châtains et des reflets très clairs, tels une
bonne bière. Ses lèvres étaient enrobées d'un très beau rouge à lèvres, qui était aussi écarlate qu'une
pomme d'amour. Elle portait une jolie robe de la couleur que sont les chats la nuit, doté d'un léger
décolleté qui laissait apparaître un petit grain de beauté sur son sein gauche. Elle était grande, beaucoup plus grande que l'écrivain mais cela ne l'a rendait que plus belle à ses yeux.
Le jeune homme soûl, croyait que son imagination lui jouait des tours, il pensait s'offrir un
Delirium tremens, mais le Chat lui confirma que cette femme était bien réelle. Quand il eut la
certitude que la créature devant ses yeux était bel et bien tangible, Gabin prit son courage à deux
mains, se leva d'un bond en faisant tomber sa chaise et chancela jusqu'à la table de cette dernière.
« Vous êtes la seule femelle ici qui n'ait pas de moustaches, dit le jeune homme.
_C'est une façon très maladroite d'aborder une femme, répondit l'inconnue d'une voix douce.
_Je ne suis pas doué pour cela en effet, je vous demande pardon.
_Ce n'est rien, j'aime les hommes maladroits, ils me font rire, répliqua-t-elle en souriant.
_Je suis votre homme alors ! Pourrai-je vous offrir un verre ?
_Volontiers, je prendrai une pinte d'une bonne blonde ou d'une rousse. »
Gabin alla chercher les boissons et fit signe à son animal de compagnie de venir les rejoindre à la
table de la jeune femme.
Le Chat partit donc s'asseoir à la table de la mystérieuse demoiselle et fit connaissance avec son
compagnon à poils. C'était un gros chat birman qui avait de grosses oreilles tombantes, un ventre
bien dodu et en guise de collier, un chapelet bouddhique.
De retour à table avec les bières, le jeune homme essaya de rattraper sa maladresse du début, en
complimentant la belle jeune femme sur son regard. Elle avait de beaux yeux couleur noisette et un
petit air aussi malicieux que coquin.
Il la faisait rire et elle semblait apprécier sa compagnie. Il décida alors de se jeter à l'eau douce en
lui demandant son nom.
« Vous le connaîtrez une fois que vous m'aurez séduite, rétorqua la femme tout en continuant de
sourire.
_Cela me laisse une chance donc ?
_Essayez pour le savoir... »
Et les deux connaissances passèrent la soirée ensemble, à bavarder et à rire. Ils regardèrent les
danseuses de Cat Cancan, de très jolies chattes, de toutes les races et burent des litres de nectar de
malt que leur servait le barcat.
Leurs deux chats s'entendaient aussi très bien, l'un expliquait les principes du bouddhisme tandis
que l'autre vantait les avantages de l'athéisme et s’échangeaient les adresses de leurs poubelles, de
leurs trous à souris et de leurs bars favoris.
Après avoir discuté un long moment, le futur couple se leva et sortit sur le porche. Ils échangèrent
quelques formules de politesse et la jeune femme s'éloigna au bras de son compagnon à poils.
Gabin, heureux d'avoir obtenu un second rendez-vous avec cette jolie demoiselle, retourna dans le
bar pour étancher sa soif, un grand sourire béa illuminait son visage.
XI
Quelques mois plus tard, au petit matin, durant les quelques secondes brumeuses entre le
rêve et le réveil, Gabin se remémorait les moments passés avec sa belle aux cheveux châtains
rencontrée au bar à chats et cela endolorissait son cœur. Pour la première fois il s'était attaché
sincèrement à quelqu'un, se croyant vacciné contre l'amour, il avait pourtant succombé à cette
fiévreuse maladie.
Elle avait fini par se lasser de lui, car c'est un homme assez solitaire, prévisible, enfermé dans son
quotidien et qui n'avait pas jugé bon de s'investir plus dans leur couple. Il pensait que l'amour se
suffisait à lui-même alors que c'est une erreur mais il ne le comprit qu'après le départ de celle qu'il
aimait.
Le jeune homme errait dans son appartement, la barbe broussailleuse. Le Chat avait semble-t-il

Les commentaires (1)
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cleopale

Moi, - miaou, miaou, je ne l'aurais pas mis.

lundi 30 septembre 2013 - 15:26