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Pourquoi t'es là ?

De
185 pages
Trois adolescents désœuvrés au mauvais endroit. Un père prêt à tout pour récupérer sa fille. Les animaux d’un cirque se rebellent. Un homme qui n’a pas su saisir sa chance. Survivre à la perte des siens. Vouloir changer sa vie au détriment des autres. Vivre dans l’irréel. Ne pas être maître de son esprit et de son corps. Savoir limiter ses ambitions. Tomber avant la dernière marche. Dix points de vue, sur les affres douloureuses et illogiques de la vie. Pourquoi l’homme doit-il vivre ? Pour lui-même ? Pour les autres ? Pour rien ? Pour essayer ? Pour aimer ? Pour gaspiller ? Pour se questionner ? Est-ce que chacun d’entre nous, vit sa vraie vie ?
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Pourquoi t'es là ?
Stefano Pessarossi
Pourquoi t'es là ?





NOUVELLES











Le Manuscrit
www.manuscrit.com












© Éditions Le Manuscrit, 2005
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-5893-8 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-5892-X (livre imprimé) STEFANO PESSAROSSI





TROIS LAISSES POUR COMPTE



14 ans. Ils n’ont que 14 ans !

Ils ? Trois garçons résidant dans le même bloc
HLM.
Le premier habite au septième étage avec sa mère
divorcée, trop occupée entre ses nombreux jobs et ses
divers amants.
Le deuxième demeure au neuvième niveau, entouré de
ses parents smicards et de ses cinq frères et sœurs. Son
statut de benjamin lui confère une totale liberté de
mouvements.
Le troisième vit au sommet de la tour, recueilli par sa
grande sœur après la mort de leurs parents. Infirmière
de son état, elle consacre le peu de temps libre à sa
propre personne.

Trois laissés-pour-compte ! Trois cas sociaux
pour certains. Eric, Luis et Camel se sont rapprochés de
suite. À trois ils se sentent plus forts pour avancer. Où ?
Et pourquoi ? Ce sont des questions que l’éducation
nationale a posé en premier. Autant dire que la réponse
est toute trouvée ! Pour les trois, d’un point de vue
scolaire c’est un échec. Très peu attentifs en cours, donc
très peu productifs, ils ne pensent qu’à rire ensemble ou
9 POURQUOI T’ES LA ?
à se chamailler avec leurs condisciples ou à se quereller
avec leurs professeurs. Pour eux, l’école n’est qu’un pur
divertissement qui passe le temps. Est-ce que les CAP
proposés pour l’année prochaine, les satisferont ? Ils en
doutent.

De toute manière, ils n’ont pas beaucoup de centres
d’intérêts car l’ennui les submerge rapidement, même en
dehors du collège, dans leur propre chez eux, dans leur
quartier.
Les infrastructures sportives ? Trop peu pour eux ! Ils
rejettent toute dépense d’énergie et détestent l’esprit de
compétition.
Les associations culturelles ? Ils aiment le rap mais juste
l’écouter. Le reste c’est pour le troisième âge : poterie,
couture, disco, chorale, yoga… Puis le problème majeur
réside dans le fait que cela ne rapporte pas d’argent !
La bibliothèque ? La simple lecture d’un ouvrage les
rebute par peur de croiser des mots abscons. Il y a bien
sûr un sujet qui les intéresse : Comment ramasser du
pognon sans trop suer, voir pas du tout ? Mais après
quelques recherches, le livre n’existe pas. A leur grand
désespoir, car le souci principal c’est l’argent.
Ils sont sûrs d’une chose, certains d’un fait : ils ne
veulent absolument pas trimer comme leurs proches qui
survivent à peine. Non. Ils cherchent un remède, un
miracle, pour une vie tranquille.

Ce soir là, ils sont assis sur un banc situé au pied
de leur immeuble. La nuit ne va pas tarder à tomber.
Face à eux, une aire de jeux où quelques bambins
s’agitent. Dans le temps, c’était eux les rois du
toboggan. Aujourd’hui ils ont grandi, ils n’ont plus le
10 STEFANO PESSAROSSI
droit d’y jouer.
De l’autre côté, le parking. Une bande de jeunes est
groupée. Ils ont tous 17 ans. Les grands frères des
autres, pas les leurs. Une voiture s’arrête au niveau du
groupe.
- Tiens voilà Terry le dealer ! Fait remarquer nonchalant
Luis.
- C’est qui celui-là ? Demande Eric.
- C’est le nouveau, il remplace Sonny. Y s’est fait coffrer
la semaine dernière, dit Camel.
- Il s’appel Terry ?
- Bien sûr que non, c’est pour faire genre. Sonny lui, son
vrai prénom c’est Philippe.
- En tout cas, c’est dommage qu’on n’ait pas de caméra
pour filmer ce fumier, dit Eric.
- T’es fou ! Pour te retrouver avec une balle dans la tête.
- C’est un risque. Au mieux tu gagnes de l’argent.
- Tu crois que les flics t’achèteraient le film ?
- Pas les flics ! Les infos, la télé-réalité comme ils disent.
Les chaînes veulent du vrai, de l’authentique trash et ils
payent bien pour ça. Comme le gars qui avait filmé le
crash d’un avion ! Il paraît qu’il a touché plus d’un
million d’euros !
- Tu m’étonnes, un scoop comme ça, ça coûte cher !
- Pour commencer, il faudrait une caméra. Et je ne
connais personne qui en possède une, à part le frère de
Luis, bien sûr. Mais vu qu’il couche avec !
- Oh tu m’fais penser Cam, ce soir, il est pas là, on
pourrait se mater ses petits films pornos ! Qu’est-ce que
vous en dites ?
- Mais on les a déjà vus cent fois les nichons de sa
copine et le gros calibre de ton frangin !
- T’as oublié qu’il a changé de meuf récemment !
11 POURQUOI T’ES LA ?
A cette réflexion, les yeux de ses deux amis s’illuminent,
salivant à l’avance les images.

Luis se rend chez lui, et redescend avec la caméra
et les cassettes, le tout camouflé dans son sac à dos,
jaune fluo.
- C’est bon les gars j’ai le matos ! On va au terrain ?

Situé à dix minutes de chez eux, nos trois
compères pénètrent dans le parc. Il y règne un silence
absolu. Soucieux de se cacher, ils dégottent un banc
placé à l’extrémité, en retrait du chemin principal. En
face : quelques pigeons en train de picorer.
Eric et Camel sont assis autour de Luis, très fier de son
idée. Il allume la caméra et place une première bande
dans le compartiment approprié.
Les premières images qui défilent proposent un strip-
tease intégral du frère de Luis. Tous trois rient de bon
cœur devant ce mauvais spectacle. Par la suite, les
scènes torrides en compagnie d’une femme, leur offre
l’opportunité de fantasmer pour leur propre compte.

La première cassette terminée, c’est dans un recueil
religieux que Luis insère la deuxième. Cette fois-ci les
débats sont filmés de trop loin pour pouvoir
s’imprégner de l’ambiance. Les trois amis commencent
à s’ennuyer. Ils essayent la dernière. Mais à leur triste
regret, il s’agit d’une cassette vierge.
- Bon ben c’est fini, c’est dommage. C’était bien parti,
conclut Camel.
- Ouais ! Elle assure trop bien sa nouvelle nana, dit
d’une voix encore émoustillée Eric. Tu diras à ton frère
qu’elle est vraiment bonne. Une bombe !
12 STEFANO PESSAROSSI
Les trois acolytes éclatent de rire.
- Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Bâille Luis.
Pour toute réponse Camel descend du banc, ramasse un
caillou et le lance fort devant, en visant les pigeons. Ces
derniers ne bougent pas.
- T’es trop nul Cam ! Se moque Eric.
A son tour, il s’approvisionne et met en joue les
volatiles. Cette fois l’un d’eux s’élève pour éviter le
caillou. Puis les trois associés s’amusent à tirer sur les
cibles mouvantes occasionnant une certaine panique.
Lançant de plus en plus fort, quelques munitions vont
se perdrent dans les arbustes. A un moment donné, un
râle humain se fait entendre. Eric s’arrête. Il interpelle
ses camarades.
- Vous avez entendu ?
- Quoi ?
A cet instant, à leur grande stupeur, surgit de derrière les
conifères une tête d’homme. Sa barbe grise tranche dans
la nuit comme des lames aiguisées. Les traits tendus de
son visage marquent la colère, soutenue par un regard
de mépris.
- C’est pas bientôt fini, bande d’imbéciles ! Bougonne
celui-ci, d’un ton véhément.
La frayeur dépassée, Luis, au sang chaud, réplique le
premier.
- C’est nous que tu traites ! Vieux machin !
- Vous pouvez pas faire vos conneries ailleurs, ici c’est
chez moi ! Et laissez les pigeons tranquilles ! Continue à
vociférer l’homme.
- Et si on insiste, tu viendras nous donner la fessée !
Sourit Eric, accompagné par les rires moqueurs de ses
deux compagnons.
13 POURQUOI T’ES LA ?
- Bande de petits cons ! Vous devriez être au lit à cette
heure-ci !
- Toi aussi, vieux croûton ! Allez rentre, chez toi !
Rétorque Luis en envoyant un caillou dans la direction
de l’homme.
Ce dernier pour se défendre, en renvoie un à son tour.
Eric le reçoit en pleine tête. Sous le choc il tombe à la
renverse.
- Il est fou ce type ! Hurle Camel.
Au moment où, ses copains voient le sang couler au
niveau de son front, la haine et la violence s’emparent
d’eux.
- Attends, on va te faire ta fête ! Aboie Luis hors de lui.
Tandis qu’il commence à viser l’homme, Camel relève
Eric un peu secoué. Il l’interroge du regard pour savoir
si tout va bien. Eric répond par un signe de tête
affirmatif et indique à son ami d’aller aider Luis.

Devant ces trois adversaires, l’homme n’a pas d’autre
solution que de fuir. L’avantage qu’il possède sur eux
réside dans le fait que l’arbuste qui les sépare, procure
un rempart assez efficace avant qu’ils ne tombent sur
lui. Mais c’est sans connaître la rage qui anime les trois
garçons. En moins de deux, ils débarquent de l’autre
côté. L’homme peut alors, déceler en eux leur regard
empli de colère. Il essaie de calmer le jeu.
- Laissez-moi tranquille ! Se défend-il pèle mêle.
- T’as failli me faire perdre un œil enfoiré ! Gronde Eric,
qui se sent l’obligation de rendre la monnaie de sa pièce
pour ne pas perdre la face devant ses camarades.
Eric accompagne ses paroles en bousculant l’homme de
façon énergique. Ce dernier qui est en position de recul
se trouve déséquilibré et tombe en arrière sur le sol. A
14 STEFANO PESSAROSSI
peine à terre, les trois gamins le ruent de coup de pied.
Eric au niveau de la tête, Luis au niveau des côtes à
gauche et Camel à droite.
L’homme à terre ne peut se défendre et la douleur
étouffe les cris de détresse. Dans ce parc, à cette heure-
ci personne ne passe, personne ne peut l’entendre et
personne ne peut les voir.
Après trois minutes d’acharnement, ils cessent de
frapper, plus par fatigue que par lucidité. L’homme ne
remue plus, la tête tuméfiée, méconnaissable.
Au début, les trois garçons ne comprennent pas la
gravité de la situation. Chacun de son côté essoufflé,
récupère tant bien que mal de leur trop plein d’énergie
négative.
- C’est normal qu’il bouge plus ? Interroge Luis.
Tous trois s’avancent au plus près du corps. Il n’y avait
pas besoin d’avoir bac plus quatre pour se rendre
compte que cet homme était mort.
- Putain ça craint ! Lance Camel.
- Vite cassons-nous ! Dit Eric.
- Attendez les gars.
- Quoi Luis ?
- Bougez pas j’arrive.
- Luis, qu’est-ce que tu fous ?
Camel et Eric se regardent perplexes.
- Je saigne encore, Cam ?
- Un peu.
Luis revient caméra à l’épaule. Ses amis ne comprennent
pas.
- Je pense à notre avenir les gars. Des images chocs
pour le journal de 20 heures, on va se ramasser du
pognon !
15 POURQUOI T’ES LA ?
- Tu dérapes complètement ! Notre avenir je le vois
plutôt entouré de barreaux si on reste là. Et moi, j’ai pas
envie d’y crever comme mon cousin !
- Arrête de délirer, Cam. Luis ! Luis ! Ecoute-moi ! Tu
vas pas filmer un mort ? Pourquoi veux-tu que les infos
s’intéressent à un cadavre de clodo ? En plus, ils vont
demander d’où ça vient ! Et puis il fait nuit !
- C’est tout réfléchi. C’est plus qu’un cadavre que je
veux filmer ! Ce sont des pieds qui le frappent ! S’excite
Luis.
- T’es cinglé mon pote ! Cam dit quelque chose !
Camel est ailleurs. Très nerveux il n’a qu’une idée en
tête.
- J’veux pas aller en prison, sinon j’me tue.
Eric exaspéré par l’attitude de ses copains, prend les
choses en main. En premier lieu, il claque Camel. Ce qui
a l’avantage de le redescendre sur terre. Par contre Luis
s’entête sur son idée.
- Moi, j’vous dis qu’on peut se faire du fric avec ça.
- Dépêche-toi et rentrons chez nous, sans nous faire
remarquer.
- Tais-toi sinon on va te reconnaître sur la cassette, fait
Luis en tournant la caméra vers Camel.
Ce dernier d’un signe de la main repousse la caméra.

Luis filme sous tous les angles le cadavre.
- C’est bon j’ai terminé, on s’tire.

Sur le chemin du retour chacun ressasse de son
côté ces derniers événements. Camel stoppe net,
presque en pleurs.
- Vous vous rendez compte de ce qu’on a fait ? On a
tué un homme !
16 STEFANO PESSAROSSI
Eric et Luis s’arrêtent à leur tour, les yeux fixés au sol.
- Je ne veux pas aller en prison !
Aucun des deux ne trouve de mots pour le consoler, le
calmer. Puis devant cette tension, Eric parle sans grande
conviction.
- C’est pas obligé, si chacun d’entre nous se tait... C’est
un accident...
Seul le silence de la nuit tombante lui fait écho. Tous
trois essaient de s’en convaincre, mais rien ni fait.
- En tout cas je ne veux pas que Luis utilise ces images.
C’est vraiment dégueulasse ! Proteste Camel.
- Je crois que tu as raison Cam, c’est plutôt glauque tout
ça ! Je ne sais pas ce qui m’a pris !
- Alors efface-les !
- Je ferai ça à la maison !
- Non, tout de suite. Personne ne nous voit ici.
Luis regarde autour de lui, puis il saisit la caméra. Après
quelques secondes, il commence à paniquer.
- Merde !
- Qu’est-ce qu’y a ?
- J’ai perdu une cassette de mon frère ! S’explique Luis.
- Tu as bien vérifié ?
- Oui. Il m’en manque une ! Certain ! Quel con !
- Autant signer une lettre anonyme !
- Il faut vite qu’on y retourne !
- La cassette ne peut être qu’au niveau du banc, je ne les
ai pas manipulées ailleurs.
- Je ne retourne pas là-bas, annonce Camel la gorge
serrée à l’idée de revoir le méfait.
- Comme tu veux ! Fais le guet au moins ? OK !
- D’accord, dépêchez-vous.
Luis et Eric se mettent à courir de suite. Malgré la nuit,
ils retrouvent facilement l’endroit. Du moins ils le
17 POURQUOI T’ES LA ?
pensent car à leur grand étonnement, le corps sans vie
ne s’y trouve plus.
- T’es sûr que c’est ici Luis, angoisse Eric.
- Oui, regarde l’immense arbuste. C’est celui-ci. Mais où
est le corps ? Il n’était pas mort ?
- Impossible !
- Il faut aller voir de l’autre côté.

Arrivés à hauteur du banc, ils ne sont pas au bout de
leur surprise. En effet, un homme se trouve assis au
côté du cadavre. Un chien les accueille en montrant les
crocs et en grognant. A cet instant précis, Eric et Luis
demeurent figés, incrédules. Le maître du chien se
retourne. Eric se ressaisit et parle le premier.
- Bonsoir Monsieur, un souci ? Questionne-il d’une voix
qui se veut neutre.
- Je promenais mon chien quand j’ai aperçu cet homme
à terre. En m’approchant j’ai constaté son état
déplorable. J’ai de suite prévenu les secours. Ils ne
devraient plus tarder maintenant.
- Et il n’est pas mort ?
- Pour l’instant il respire difficilement. J’ai beau lui
parler, il ne me répond pas.
Tout à coup, au loin de l’autre côté du parc, des
gyrophares rouges s’agitent comme des étincelles.
- Ah ! Voilà les pompiers. Puisque vous êtes là vous
pouvez rester près de lui, je vais les aider à se diriger.
- D’accord.
L’homme part à la rencontre des sauveteurs. Aussitôt
que celui-ci s’éloigne, Luis s’approche du corps et d’un
fort coup de pied il frappe le visage.
- Qu’est-ce que tu fous ?
18