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Pourvu que ça dure !

De
155 pages
Un testament et des dernières volontés excentriques, un village d’octogénaires corses bardés de valeurs, de traditions et de vendettas.
Et cinq quinquagénaires ultra-connectées.
Lola, Anaïs, Chloé, Zoé et Jenifer, amies depuis toujours, portent des tee-shirts « no comment », présentent leur carte Vitale au contrôle technique, mais, surtout, refusent le cumul de miles.
De la vie citadine à la Corse profonde, le choc des générations va être rude, drôle et émouvant pour nos « quinqu’adolescentes ».
« Pourvu que ça dure ! », le dernier Kathy Dorl, souffle un vent d’espoir, de liberté, d’amour et de tendresse sur nos vies bien remplies de femmes de 20 ans à 90 ans, ou plus…
Un livre sans prétention, drôle, pétillant comme une bulle de champagne et terriblement anti-morosité, pour la joie de lire.
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POURVU QUE ÇA DURE !
Kathy Dorl
© Éditions Hélène Jacob, 2017. CollectionLittérature sentimentale. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-582-9
À Ambroise, Jenny et Jacques-Philippe, Leurs rires résonnent encore dans mon cœur.À Corte et Ponte-Leccia, Cités immortelles.
Amis, qu’est-ce qu’une grande vie, sinon une pensée de la jeunesse exécutée par l’âge mûr.Alfred de Vigny
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Vous êtes partis où, cet été ? Moi, à Londres. Ma valise, à Los Angeles. (Lola @Lolaborieusement)
Et c’est reparti pour un tour! Lola secoue ses longs cheveux bruns et jette ses affaires dans une large valise posée sur son lit. Demain, elle prendra le ferry, direction la Corse, avec ses quatre amies de toujours et Marguerite, une vieille dame sans âge, rencontrée lors de leur dernière croisière entre copines,qui date d’il y a déjà trop longtemps. C’est la faute de Zoé. Il y a quelques années, celle-ci avaitpris la poudre d’escampette. Atteinte d’une grave maladie et ne voulant pas l’imposer à son entourage, et surtout, à sa bien-aimée Jenifer, elle avait préféré fuir au Brésil puis s’était réfugiée sur l’île de la Réunion une fois guérie. Après avoir planté tout le monde, elle n’osait plus revenir en métropole. Il avait fallu qu’une sordide affaire de mères porteuses soit médiatisée pour que sa compagne Jenifer retrouve sa trace. En effet, Zoé avait, un temps, abrité une des victimes de ce terrible réseau démantelé. Quelques mois plus tard, Zoé et Jenifer retournaient à Paris et reprenaient leurs activités, créatrice de bijoux pour l’une, photographe de mode pour l’autre.Le caractère volcanique de la grande blonde aux cheveux courts avait manqué à la bande pendant toute son absence. Extrêmement attachante,c’est également le genre de nana qui ne mâche pas ses mots et adore jeter de l’huile surle feu. Ce même feu que sa femme, la brune et pulpeuse Jenifer, essaie d’éteindre en permanence.Chloé est le cœur d’artichaut écervelé de la bande. Un riche cœur d’artichaut, à la suited’un gain important au loto qui a eu raison de son couple. Désormais célibataire, elle vit très confortablement dans un duplex de la rive gauche parisienne. Comme elle ne travaille plus, elle s’ennuie un peu. Compter ses intérêts de placements financiers ainsi que ses investissements immobiliers ne l’ont amuséequ’un temps. Toutes ces histoires d’argent finissent par lasser, tout comme une partie de Monopoly interminable, sauf pour celui qui tient la banque et qui a souvent tendance à se servir discrètement dans la caisse. Du genre de Zoé ! lâche tout haut Lola, en riant. Lors d’une partie, les amies l’avaient prise la main dans le sac, enfin plutôt, dans le sachet des
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petits hôtels rouges. C’est vrai que les filles avaient constaté, sans comprendre, que son patrimoine poussait comme des champignons sur le plateau. C’estpour accélérer le jeu! s’était justifiée Zoé. Ben voyons ! avait riposté Chloé hilare. Quelle mauvaise foi ! Cette dernière est la seule qui a été immédiatement emballée par cette nouvelle escapade en Corse. Sa vie sentimentale est au point mort, ses prétendants semblent plus intéressés par sa fortune que son joli minois, au regard toujours étonné, entouré de boucles blondes. Anaïs, tout comme Lola, vit dans le sud de la France. Prof dans un collège, c’est une nature rebelle, féministe à fond les ovaires, qui ne rêve que de missions humanitaires. Après un long et houleux divorce avec JR, elle s’entend, enfin, à merveille avec lui, pour le grand bien de tous, notamment de leurs fils et petit-fils. Car, au-delà de lamitié profonde qui lie Lola et Anaïs, se sont imposées, il y a bientôt six ans, les suites d’une relation quasi maritale, « pour le meilleur et pour le pire »,qui s’appelle Noé.En effet, Lylou, la fille de Lola et Frank, et Tom,le fils d’Anaïs et JR, encore adolescents ont eu la merveilleuse idée de parfaire leurs cours de sciences et vie de la Terre, plus particulièrement, celui de la reproduction, avec un résultat qui leur aurait valu un vingt sur vingt
par leur prof, puisque neuf mois plus tard, Noé,surnommé P’tit Loup, pointait le bout de son nez. Cette période a étéassez difficile pour les deux femmes, bien loin d’être prêtes à assumer leur rôle de grands-mères. Après de nombreuses tensions, elles ont fini par s’y faireet P’tit Loup, âgé maintenant de 5 ans, fait le bonheur desdeux amies. Par contre, il y a de l’eau dansle gaz entre les jeunes parents, Lylou et Tom, respectivement 23 et 22 ans, qui ne semblent plus filer le parfait amour. Mais c’est un sujet que les deux femmes évitent d’aborder, afin de couper court à certaines frictions. P’tit Loup demeure chez Lola et Frank. JR a refait sa vie avec Samantha. Il a gardé le mas qu’il tient de ses parents, ce fameux mas où tous se retrouvaient avant, comme un pied-à-terre, un lieu quasi sacré où la bande d’amis venait se ressourcer ; mais, depuis son mariage avec Samantha et leur bébé tout neuf, rien n’est plus pareil. JR prend P’tit Loup un week-end sur deux, tandis que lautre, c’est son ex, Anaïs, qui s’en charge. Frank, directeur d’une banque monégasque et Lola, responsable marketing dans une grande boîte de cosmétiques, occupent une large maison sur les hauteurs de Nice, ils vivent confortablement,à la différence d’Anaïs, qui rame avec son seul salaire, et JR,débordé entre sa nouvelle famille et son job d’architecte. C’est ainsi qu’en semaine, l’hébergementde P’tit Loup s’est tout naturellement fait chezLola et Frank. Les parents, Lylou et Tom, suivent maintenant des études différentes et, géographiquement, diamétralement opposées, l’une à Paris,l’autre à Bordeaux, cequi pourrait expliquer, en partie,
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leur éloignement sentimental. Quant à Frank, le mari de Lola, il en veut terriblement à JR de ne pas les aider financièrement pour l’éducation de P’tit Loup.Il a les moyens, lui aussi !s’est-il exclamé un soir après le dîner. Médusée, Lola n’a pas pipé mot. Elle n’a pas compris cette soudaine animosité de son mari envers son ami d’enfance.Tu pourrais lui en parler, tout simplement, lui a-t-elle prudemment suggéré. Il a chassé cette idée d’un geste brutal: Il va m’envoyer bouler. Depuis son mariage avec Samantha, il n’y a plus qu’elle qui compte, et leur rejeton ! Ils ne nous invitent même plus! Qu’il aille se faire voir avec sonmas ! Lolas’esttue, choquée de la soudaine virulence de son époux, d’autant plus injustifiée que JR a toujours été attentif aux besoins de Noé. Elle a remarqué que le comportement de son mari a aussi changé vis-à-vis d’elle. Avant, lorsque Lola partait en virée avec ses copines, il se montrait enthousiaste. Mais, il y a quelques jours, quand elle lui a annoncé son nouveau départ, il a râlé. Du genre bien macho. Un seul être vous manque et les assiettes saless’accumulent dans l’évier,soupire Lola. Voilà ce qu’il a dû conclure.En plus, il peste en permanence : depuis que la nounou a été licenciée, les heures de la baby-sitter de P’tit Loup sont doublées et c’est loin d’être économique. C’est étrange, lui qui,jusqu’à il y a quelque temps, était si généreux, tendre et compréhensif. Peut-être n’est-il plus heureux avec moi ? La sonnerie de son portable la sort de ses idées noires, c’est Anaïs qui démarre, à la puissance d’un réacteur d’AirbusA380 au décollage : Je te préviens, je suis claquée, je pars en Corse avec une tonne de copies d’élèves à corriger. Le seul point positif est que ce voyage tombe pendant les vacances de Pâques. Mais, avec cette année scolaire qui tire en longueur, je suis tendue comme un élastique, alors je t’avertis: personne ne me gâchera ces jours de congé. Mais qui pourrait nuire à ton séjour ? Toi, la donneuse de leçons, Zoé,l’hystérique, Jen, la pacifiste, et la chouineuse de Chloé. Y’a déjà des risques de tremblements deterre ! Merci pour ta franchise ! Il y aura aussi Marguerite, lui précise Lola en souriant. Misère! geint Anaïs, j’avais oubliéqu’on va se coltiner letroisième âge. Mais, sais-tu exactement où nous nous rendons? Zoé t’a dit quelquechose? C’est un hôtel en bord demer ? Y’a unepiscine ? Un spa ? Je n’en sais fichtrementrien! Zoé ne m’a rien révélé de plus que ce qu’elle nous a expliqué
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lors de notre réunion Skype. Je n’aime pas trop lessurprises, surtout quand elles viennent de Zoé ! Moi non plus, lui avoue Lola. Mais je répète : personne ne me gâchera mes vacances. Pas même la serveuse inaccessible, tu vois le genre? Quand on est tranquilles sur la terrasse du bar de la plage et qu’on a beau l’appeler ou lui faire des grands signes, rien n’y fait, cette barmaid ne nous remarque jamais. Je ne sais pas, on doit être trop bronzées, genre ton sur ton avec le sable, peut-être, donc invisibles, en mode camouflage ! Du coup, quand elle déboule enfin, t’as juste envie de lui planter tes lunettes de soleil dans les yeux,jusqu’au cervelet? Exactement, Lola ! Tu te souviens quand je m’étais approchée de ce bar pour demander la clé des toilettes, celle au bout du gros flotteur en forme d’étoile de mer…Des fois qu’on la laisserait tomber dans la cuvette desw.-c. ! pouffe Anaïs. Derrière son plateau, cette serveuse aussi m’avait ignorée, elle se cachait alors que je faisais le moulin à vent, mieux, le pisteur qui brandit des palettes de couleur pour guider les avions, ameutant toute la terrasse. Tu te dandinais d’une jambe sur l’autre et tu l’as même menacée…Si, dans deux secondes, tu ne me filespas ta clé, c’estdu sable que tu devras balancer pour éponger ton plancher ! Et tu te souviens de la proprio qui nous avait loué sa bicoque sur la plage et qui nous réveillait tous les matins à 7 heures ! Sous prétexte de nous apporter du pain frais, elle venait jeter un regardsuspect sur l’état de ses plaqueschauffantes et de ses poupées en porcelaine qu’elle nous avait imprudemment confiées…Les deux femmes se marrent. Tu te rends compte, on a passé le cap de la cinquantaine et on se bidonne comme des gamines ! remarque Anaïs. Pourvu que ça dure,songe Lola en méditant sur leur séjour-surprise organisé par Zoé. En parlant de la cinquantaine bien tassée, t’as pensé aului demande-t-ellelifting ? soudainement. Non ! Non et non! s’enflamme Anaïs. Avoir la peau tellement tirée qu’elle brille comme le crâne d’un chauve, non merci. Ce n’est pas pourmoi !Je n’ai pas envie d’être lisse comme un col de chemise amidonné, pourtant c’est chouette une chemise nette, sans plis, mais dans le placard ! Pourquoi ? Tu y penses ?
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J’y réfléchis, lui confie Lola. Il faut assumer ses rides! Abandonne l’idée de ressembler à une petitejeune ! Et tu es canon comme tu es. Mouais, lui marmonne Lola, peu convaincue. Je dois te laisser,Bon ! répond Anaïs, je n’ai même pas commencé ma valise. On s’organise comment pour ledépart ? Zoé, Jen et Marguerite arrivent ce soir, elles passeront la nuit chez moi, gare ta voiture devant la maison demain matin. Frank nous accompagnera au port. Ça roule, ma poule, je file, bisous ! Lola n’a pas l’occasion d’ajouter un mot qu’Anaïs a déjà raccroché. Elle s’assied sur le bord de son lit. Avec le temps, j’ai l’impression qu’Anaïs ressemble de plus en plus à Zoé. Lola se remémoreles vacances qu’elles ont partagées dans le passé. Chloé ne supportait pas la bombasse de la plage, celle qui était déjà bronzée en début de saison, celle qui portait le maillot que son amie n’avait pas eu l’audace d’essayer, celle dont l’air iodé n’avait pas entamé un cran de la chevelure sauvage, celle qui avait un corps pour lequel Chloé, afin davoir le même, avait payé un abonnement au club de fitness qui ne l’avait jamais vue. Celle qui riait trop fort au milieu de ses dents blanches et qui était venue coller sa serviette entre celles de Bruno, l’ex de Chloé, et de Zoé. Chloé la trouvait vulgaire et, manifestement,Bruno et Zoé n’étaient pas du tout du même avis. Chloé et Jenifer s’étaient pincé les lèvres, avec une moue de désapprobation, en attendant que la belle ait fini son cirque devant un Bruno et une Zoé transformés en loup de Tex Avery, pour leur faire la gueule une grosse partie de la soirée qui sétait ensuivie. Je te préviens, Zoé,avait râlé Jen. Si t’envisages de la croiser à nouveau, même par hasard. Je me ferais un malin plaisir de métamorphoser ton charmant séjour en un horrible cauchemar ! Pas ma faute! avait répliqué Zoé en levant le menton. Ce club de vacances est petit…Hors de question d’être la victime du fameux «le monde est petit », surtout quand ça fait suer ! avait contesté Jen, les mains sur les hanches. Méfie-toi, Zoé ! Ou je risque de devenir ton œdème deQuincke ! Lola sourit en pensant à ce couple lesbien haut en couleur. Adorables, mais terriblement feignasses,songe-t-elle encore. En vacances, Zoé et Jen,c’est l’horreur. Alors qu’en moins d’une heure, le reste de la bande s’occupe de débarrasser la table, laver la vaisselle, passer un coup de balai et déplier le canapé-lit pour qu’elles s’installent, ces deux-là ont eu le temps decheckerleur compte Instagram, sesnapchatteravec des oreilles de lapin et tweeter leurs douze dernières pensées profondes.
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Lola se souvient aussi de la tentative de meurtre ratée de Zoé sur une animatrice un peu trop enjouée. Son amie avait déniché le bon transat, le mojito avec sa paille et son ombrelle, et le bon bouquin qui va avec. Le doux clapotis des vaguelettes de la piscine berçait ce qui s’annonçait comme la sieste du siècle, quand, soudain : branle-bas de combat. L’animatrice, dans un éclat de joie, invitait les gentils membres à plonger dans le bassin pour rattraper une balle en mousse, à la troisième c’était cocktailgratuit! S’en était suivi un plouf collectif d’une bande d’otaries, avec tsunami garanti sur le transat de Zoé. Les filles avaient eu du mal à séparer Zoé de sa cible, la monitrice, à qui elle tentait de faire avaler tout rond son stock de boules en mousse. Lola a eu également sa dose côté vacances. Excellente nageuse, elle avait eu affaire à une sauveteuse un chouïa psychorigide. Je ne pouvais pas faire une brasse dans la mer sansqu’elle me siffle comme un arbitre dopé aux stimulants. Je nageais à droite de la bouée : TRIIIIIIT. Je dépassais la bouée, TRRRRRRRIT. Elle sifflait toutes les trois minutes, j’avais l’impression de barboter au milieu du Carnaval de Rio…Lolinette ! Lolinette ! Passe-moi ton téléphone, ze veux zouer, il y a un Pikachu dans la maison! Z’en suis sûr! La voix zozozante est celle de P’tit Loup qui vient de débouler dans la chambre. Lolinette, c’est le surnom qu’il a donné à sa grand-mère maternelle dès qu’il a su parler. Anaïs se coltine un « Manani » qui lui plaît moins, il ressemble un peu trop à « Mamie». Et le Pikachu, c’est un jeu que Lylou, la mère du chérubin, a eu la bonne idée de télécharger sur le téléphone portable de Lola, avant son départ pour Paris. Du coup,quand Lola cherche son téléphone, elle doit d’abord trouver son petit-fils. Elle le lui tend en le mettant en garde : Fais attention ! Nel’oublie pas n’importe où…Promis, Lolinette ! Humm, soupire Lola, qui ne parierait rien sur les promesses de son petit-fils, lequel file déjà à la recherche de ses animaux virtuels. Lola le suit, elle doit maintenant s’activer.Il faudrait que je lance une machine, histoireque mon homme et P’tit Loup ne manquent pas de vêtements propres pendant mon absence,se dit-elle en ouvrant la porte de la buanderie. Ébahie, elle découvre la montagne de linge sale qui déborde du panier.C’n’est paspossible! Vu le tas de linge, il y a des gens qui habitent chez moi et que je n’ai pas encore rencontrés !
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