Prolégomènes du songe

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Deux nouvelles et une courte pièce où s’entremêlent rêve lucide et réalité passée au feu de l’athanor du poète.


« Sous le soleil évident, il est pluie soudaine qui fait jaillir toutes sources de vie. Il est aussi cet orage qui passe inoffensif, nous laissant une étrange nostalgie aux couleurs secrètes. Une chanson… deux… trois… sept… douze… dix-neuf…, c’est toujours le voyage » (J.W.T.)

Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782953446302
Nombre de pages : non-communiqué
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La lettre
Ê tre un oiseau me disaisje… Être l’oiseau choisi des noces improbables d’entre la grâce instinctive et la conscience soudaine… Être un oiseau ne fusse qu’une fois, l’ins tant si court croiton d’un battement de paupières ou d’un battement d’ailes, et vous voilà happé dans les spirales ascendantes d’un vent frais, trop inattendu, trop vertigineux pour pouvoir lutter, entraînant dans son sillage et pour combien de temps, toutes celles et tous ceux de plus en plus nombreux, qui se haussent audessus des contingences trom peuses dans l’espoir d’échapper à la pesanteur des pierres.
Je m’étonnai en m’ébrouant que je parvinsse à réfléchir et que mille pensées trop logiques parasitassent ainsi mon âme… Et je m’étonnai que ma toilette consistât, même devant le miroir, à me gargariser de sons joyeux. À part vocaliser, je n’avais à ma connaissance
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rien à faire aujourd’hui, ni semer, ni moissonner, rien qui m’imposât quelque empressement, quelque inquiétude. Je frissonnais seulement à l’idée de pouvoir retrouver comme toujours ma route céleste, sans aucun balisage, afin d’effectuer mon habituelle salutation au soleil…
Je portais ce jourlà un surprenant habit vert. Non que j’appartinsse à quelque assemblée, à je ne sais quelle royale tribu ancienne sous l’arbre à palabres, devant laquelle j’eusse à chanter, à faire l’éloge du vent ou plus simplement à demander ma route, mais parce que sans doute je désirais rompre avec un isolement forcé, quitte à me maquiller à me torturer un peu plus les ailes, je voulais, vraisem blablement, être vu et remarqué par une douce inconnue, qui me re connaîtrait, de préférence insoumise mais douce, quelque rossignol au timbre juste et joli, en être ému, en être définitivement remué, quitte à me couvrir de ridicule, car je ne me souvenais pas avoir choisi en toute connaissance de cause cette extravagante couleurlà.
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Pour me rendre (en dilettante) au lieu dit « l’Arbre », escalade sévère que des « foules sentimentales » bigarées kiffaient à s’offrir, se donnant le mot de passe en réseau sur la toile, afin de s’élancer, prétendaientelles, vers des lendemains qui chantent, j’optai à mon corps défendant, pour une réservation en ligne sur le tout récent et populaire « Eaglebus »… J’y trouvai facilement ma place assise avec en face de moi un couple de hiboux du Nord mal réveillés, qui pour autant, n’arrêtaient pas de se becoter, se donnant à qui mieux mieux une interminable becquée… Je m’entendis glousser de rire me récitant de mémoire : « genoux…, hiboux…, cailloux… Que lui au moins était heureux parce que sa femme est chouette !!!… » mais l’instant d’après, je trouvai toutes ces pensées, ces jeux de mots, si dérisoires, si accablants, eu égard à l’éten due du firmament, que, déployant sans y penser mes ailes qui commen çaient à me brûler, incommodant plusieurs passagers sans trouver ni prendre à regret le temps de m’en excuser, piétinant çà et là quelques pigeons urbains fort désuets, me faisant traiter de tous les noms d’oiseaux au milieu d’une cacophonie de quolibets et de ricanements, je m’envolai, honteux et fier, pointant le bec vers les cieux.
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Au bord du vent et des larmes, entre volupté et nostalgie, je me souvins qu’un oiseau ne pleure pas… Un oiseau monte et chante. Je dus appren dre à ne point tolérer de compagnie. Je dus apprendre que le but suprême du voyageur solo, est tout bonnement d’ignorer le but du voyage : cela eut pour conséquence de faire de moi tantôt un phoenix bleui d’azur, tantôt, entre deux vols exténués, un marcheur infatiguable…
Pour ce second tempérament il me fallut emprunter une allure d’homosapiens, un chapeau neuf, un ample manteau qui camouflât élé gamment mon envergure. Je trouvai le bon look sans trop de difficultés : il me convenait. Je ne me souvenais point qu’il eût déjà servi à quelque mécréant, quelque fauteur de trouble, bien au contraire. Ce manteau d’apparence quelconque, j’eus instantanément l’intime conviction qu’il fut porté en son temps par un être non ordinaire : peutêtre une femme, un poète multidimensionnel, quelque avatar revenu en mission à la jointure des mondes…
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