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151 pages

L’existence de Jean Gatillac va osciller entre la vie traquée d’un homme dévalorisé et sa docilité d’employé responsable et confiant. Cadre dirigeant d’une banque privée, il est l’objet d’une promotion. Mais cette promotion est-elle la récompense de son action considérée et appréciée dans la banque, ou le moyen de se débarrasser d’un cadre méritant mais qui commence à dater ? Dans ce roman qui flirte entre thriller et histoire d’une déchéance, le héros est son propre narrateur. Il déroule deux récits, celui de sa promotion et celui de son éviction. Les deux plans se télescopent sans cesse et paraissent simultanés au point que le narrateur ne sait plus lequel est plus réel que l’autre. Pendant le temps du récit de Jean Gatillac, d’autres histoires s’entremêlent, dont les fils se nouent au-dessus sa tête. Il en est absent, pourtant elles le concernent directement : ce sont des mails que s’échangent les différents acteurs du drame, des SMS, des messages téléphonés. S’y expriment les jeux de pouvoir, les jeux du mépris et ceux de l’amour. « Les lâchages et les lynchages » ponctuent une partie où les hommes sont des pions, où on manipule comme on menace. Tout se déroule sur fond des « Dix commandements de la Banque ». Exemple de la rhétorique d’entreprise, ils gouvernent le jeu et la mise en scène d’un massacre. Personnages ex machina ou chœur moderne, ils guident le sort du héros, dans un roman construit comme un puzzle que l’auteur, avec une grande habileté, met en place sous nos yeux.


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Résumé

L’existence de Jean Gatillac va osciller entre la vie traquée d’un homme dévalorisé et sa docilité d’employé responsable et confiant. Cadre dirigeant d’une banque privée, il est l’objet d’une promotion. Mais cette promotion est-elle la récompense de son action considérée et appréciée dans la banque, ou le moyen de se débarrasser d’un cadre méritant mais qui commence à dater ?
Dans ce roman qui flirte entre thriller et histoire d’une déchéance, le héros est son propre narrateur. Il déroule deux récits, celui de sa promotion et celui de son éviction. Les deux plans se télescopent sans cesse et paraissent simultanés au point que le narrateur ne sait plus lequel est plus réel que l’autre.
Pendant le temps du récit de Jean Gatillac, d’autres histoires s’entremêlent, dont les fils se nouent au-dessus sa tête. Il en est absent, pourtant elles le concernent directement : ce sont des mails que s’échangent les différents acteurs du drame, des SMS, des messages téléphonés. S’y expriment les jeux de pouvoir, les jeux du mépris et ceux de l’amour. « Les lâchages et les lynchages » ponctuent une partie où les hommes sont des pions, où on manipule comme on menace.
Tout se déroule sur fond des « Dix commandements de la Banque ». Exemple de la rhétorique d’entreprise, ils gouvernent le jeu et la mise en scène d’un massacre. Personnages ex machina ou chœur moderne, ils guident le sort du héros, dans un roman construit comme un puzzle que l’auteur, avec une grande habileté, met en place sous nos yeux.

numeriklire.net

Pascal Ordonneau

PROMOTION

ISBN : 978-2-89717-680-8

numeriklire.net

Les dix commandements de la banque

À Paris, le 1er janvier 2000

 

À toutes nos collaboratrices,

À tous nos collaborateurs,

Le document que vous avez reçu s’intitule les dix commandements.

Certains diront que c’est grandiloquent, d’autres que c’est déplacé.

Votre Direction Générale, conseillée par le Comité Exécutif de la Banque, n’a pas voulu recourir à quelque grand cabinet international de stratégie ou de communication pour chercher s’il fallait plutôt neuf principes, huit idées directrices ou douze préceptes. Les uns et les autres nous avons la prétention de bien connaître notre métier, ses exigences et ses valeurs. Dans le passé, votre Banque n’a pas eu besoin de dépenser des fortunes pour rechercher les chemins qu’elle devait prendre, pour formuler des choix d’investissements, pour gravir un à un les échelons de la notoriété, ni pour conquérir des parts de marché.

Donc dix commandements : ils sont à l’œuvre dans notre travail de tous les jours, dans nos rapports avec nos clients, dans la chaîne de confiance qui nous relie tous et qui fait de notre Banque un établissement puissant et admiré. Ils guident nos pas vers l’excellence dans tous les domaines, à ce titre, ils sont incontournables.

Les dix Commandements que nous avons identifiés, après maintes réflexions et un travail de fond au sein de la Banque sont aussi ceux que, chacun à son poste, vous incarnez, par vos actes, vos idées et vos réalisations.

Ils ont un point d’ancrage fort. Une racine commune. Socle indestructible de notre projet d’entreprise, de nos actions les uns vis-à-vis des autres et de nos forces de propositions à l’égard de nos clients.

Ce socle nous vient du plus profond de notre culture.

« Il n’est de richesse que d’hommes »

Notre réflexion sur nos « dix commandements » a été collective ainsi que j’ai aimé le mettre en valeur. En tant que Président de la Banque, je suis conscient et convaincu que mes responsabilités portent autant sur le respect de valeurs humaines fortes que sur la réussite d’une mission économique exigeante. C’est pourquoi je me suis personnellement investi pour que ce socle, cette racine, soit mis effectivement au premier plan et qu’il ne puisse être éludé ni asservi.

Il n’est de richesses que d’hommes et de femmes.

Tout au long de ce document que j’ai l’honneur de signer à votre attention, vous conserverez à l’esprit ce qui est à la fois un appel et un programme. Vous considérerez qu’il est essentiel pour le présent et pour l’avenir de la Banque, pour le service de la clientèle et pour les relations internes de notre entreprise, pour nos rapports hiérarchiques et l’esprit dans lequel les hommes et les femmes de notre banque doivent œuvrer ensemble.

Ce document vous arrive, le premier jour de la première année d’un nouveau millénaire. Je formule tous mes vœux pour que cette première année soit riche et stimulante. Je formule tous mes vœux pour que chacun, etc., etc.

 

LES DIX COMMANDEMENTS :

1. Notre Banque doit tout à sa clientèle

2. Le devoir d’un chef c’est de donner à chacun la chance d’être un chef

3. Nous offrons à nos clients sécurité et compétence.

4. Les profits de la banque sont le gage de son avenir au service de la clientèle

5. Favoriser le changement et non pas s’en méfier

6. Les rapports entre la Banque et ses collaborateurs ne sont pas éternels

7. Les ruptures sont autant de chances

8. Nous changeons parce que nos clients changent

9. Se remettre en cause doit aller jusqu’au fond des situations

10. L’opiniâtreté de nos collaborateurs est toujours récompensée

 

Mail

De : Martin Grumbach

À : Marie Blanche, secrétariat de la Présidence

Objet : XXX

À l’attention du Président.

Rendez-vous pris avec XXX pour la fin de la semaine.

Je serai direct.

Il faut aller au fait sans détour.

La surprise est une bonne alliée.

Bien à vous

 

Mail

De : Marie Blanche, secrétariat de la Présidence

À : Martin Grumbach

Objet : re XXX

Le Président vous répond, comme suit :

C’est votre dossier.

Faites au mieux.

Bien à vous

Chapitre 1

« Jean, je suis tellement contente pour toi ! C’est tellement mérité ! Il a bien fait notre Président. C’est très juste ! »

Sybille Loutière ne me sourit pas, elle rayonne. Ce ne sont pas des félicitations, c’est de la reconnaissance pure et simple. Elle proclame haut et fort que « Jean Gatillac devait être honoré ». Ses yeux noirs brillent d’une lumière franche et ouverte. Elle est si sincère, animée d’une amitié si vraie. Son sourire, ses dents blanches, ses fossettes, l’accent jubilatoire sont autant de messages. Ils sont en ligne avec ce qu’il faut penser. Il est vrai que Sybille est très proche du Président. Elle ne sourit pas par hasard. Jamais. Son sourire est un communiqué.

Puis, par surprise, elle m’a pris par les épaules pour que je me penche vers elle et m’a fait une bise devant tout le monde ! Devant le Président qui souriait. Devant tous les membres du Comité Exécutif qui ne souriaient pas tous ! Mieux qu’un long discours ! J’étais promu, mais aussi, adoubé. Je faisais maintenant partie du premier cercle.

Enfin, un Comité Exécutif utile ! Je n’ai pas pu m’empêcher de le penser ! Comme dans un rêve ?

Il faut reprendre au début. Le Comité avait duré. Trop. Bizarrement trop. En face de moi, Sybille, grande prêtresse du crédit, à qui on ne connaissait aucun homme, ni mari, ni amant, ni aucune aventure, n’écoutait même plus le Président. Marcel Finish, le Directeur des Relations Humaines, le plus improbable, le plus vulgaire des membres du Comité, moche et pâle, puant le whisky du matin au soir, regardait vaguement devant lui, fantasmant sûrement une bonne rasade de bourbon japonais. Son adjoint, tout aussi blême que lui, Martin Grumbach, costard tennis et chemise rayée, sourire mécanique et crâne gris dégarni, ruminait quelque grande boucherie sociale et un nouveau plan de licenciement.

 

Mail

De : Pierre-Jean Bénard-Jacquet

À : Martin Grumbach.

Objet : ton job.

J’ai eu ton message. Donc, c’est dans la poche ? Le reste : des détails ! JG est un tendre. Je passe te voir ASAP.

 

Un peu à gauche, Hughes de Pentier, le Directeur de la « Com » habillé en pubard style décontracté et flexible, cashmere et soie, pianotait sur son micro-ordinateur de course, levant la tête, de temps à autre, vers le Président, pour laisser penser qu’il prenait fidèlement en note ses pensées et ses mots.

 

Mail

De : Marie Blanche, secrétariat de la Présidence

À : Marcel Finish, Martin Grumbach

CC : Hughes de Pentier

Objet : départ JG

Sur la demande du Président, Monsieur Finish organisera une réunion aussitôt que possible (éviter vendredi après 15 heures et Lundi avant 15 heures).

Sujet : cf. ci-dessus

Participants : le Président, le DRH et les autres destinataires directs ou en CC

Merci par avance,

Bien à vous,

Marie-Blanche

 

Et les autres, dont je sentais la présence, le sombre patron de l’Inspection, preuve vivante qu’il n’y a pas d’inquisiteur rigolard ; l’Anglais de service, en charge du Département International ; Guy, patron de l’informatique. Tous épuisés. Et qui, tous, en avaient par-dessus la tête de ce Comité qui n’en finissait pas de durer.

D’Ambreville, indécrottable comme n’importe quel Président de Banque, avait sa Direction Générale au grand complet, autour de lui, à sa botte, dans une réunion en fin de journée. Jouissif. Il n’y avait plus rien à dire ? Tout le monde en avait plein le dos ? Le Comité continuait pour le plaisir du Président !

 

Mail

De : Pierre-Jean Bénard-Jacquet

À : Estelle Jacquet d’Avitille.

Objet : ton héros

Ça bouge dans le bon sens. Encore un mois d’esclavage. Peut-être moins. C’est beaucoup. Mais… il faut y passer !!!

 

Jusqu’au moment où, royal, il se cala dans son fauteuil présidentiel. Il parcourut la table du Comité Exécutif. Lentement. Puis, lentement, il se lança dans un véritable discours.

« Dans la vie d’une Entreprise, il y a des moments où il faut savoir prendre le temps. Ces moments-là sont ceux où il faut parler des valeurs humaines qui ont toujours fait la force de notre maison… »

Les membres du comité, sidérés, le regardaient, écoutant sans écouter, chacun s’efforçant de débusquer le sous-entendu, l’under-statement, le subliminal contenu dans le discours. D’Ambreville m’avait toujours séduit. Cette fois-ci, je le trouvais vraiment très bon. Pendant quelques secondes, je me laissai emporter par les mots, l’allure présidentielle et les émotions que charriait ce discours hors normes dans un silence absolu.

Et la foudre me tomba dessus.

Le Président martela, haussant le ton et se faisant grave :

« Jean Gatillac a été l’objet d’attaques et d’insinuation inacceptables. Sachez que ceux qui sont à l’origine de ces bruits, qui y avaient intérêt, ne sont plus là aujourd’hui. Je veux qu’il soit très clair, pour tout le monde, que la Direction Générale de la Banque a été absolument étrangère à ces manipulations douteuses. Vous connaissez Jean Gatillac. Vous avez tous travaillé avec lui. Il fait partie de ceux qui ont bâti notre Banque. Vous savez aussi l’estime, exceptionnelle, j’insiste, exceptionnelle, dont il jouit auprès de nos clients, parmi eux, les dirigeants de quelques-uns des plus beaux fleurons de l’industrie française. »

 

Mail

De : Martin Grumbach

À : Pierre-Jean Bénard-Jacquet.

Objet : ton job.

C’est une étape Pierre-Jean. On doit aller beaucoup plus loin.

Pas de gaffes SVP.

Tu es impulsif, parfois. Donc pas de gaffes. J’insiste. On se voit la semaine prochaine. Je veux voir ton plan.

 

« Pour que tout soit clair, j’ai décidé de marquer la haute estime dans laquelle nous le tenons. Jean Gatillac est donc promu au rang de Directeur Central de la Banque… »

 

Mail

De : Marcel Finish

À : Martin Grumbach

Objet : re départ JG

Martin,

Je ne comprenais pas le mail de Marie-B. J’ai compris. Vous organisez le truc qu’elle demande. Vous l’avez cherché, vous l’avez trouvé !

ASAP, pas le mardi pour moi, comité, comité !

 

Je n’ai pas pu écouter la fin de son discours, « Directeur Central ! », estime, valeur, promotion. Tout était si irréel ! Si incroyable. Ce ne pouvait pas être vrai. Je rêvais quand il a dit ces mots-là. Je n’avais pas tout compris. J’allais me pencher vers mon voisin, le super-directeur comptable de la banque, quand je pris conscience des regards qui convergeaient vers moi. Je les ai sentis si lourds d’affection, d’amitié et d’empathie ! C’était sûrement vrai ! La preuve que c’était vrai : tous ne souriaient pas ! Certains me regardaient, incrédules, d’autres ne pouvaient pas dissimuler la déception que ma promotion leur inspirait. En même temps, ils recherchaient l’attitude qu’il fallait avoir vis-à-vis du Président, entre enthousiasme tonitruant et indifférence glacée.

Le discours présidentiel était donc fini. D’Ambreville fit comprendre que la séance était levée. Les bruits divers qui accompagnent la débandade d’un comité achevèrent de me réveiller.

 

Mail

de : Estelle Jacquet d’Avitille

À : Pierre-Jean Bénard-Jacquet

Objet : mon héros

Le champagne, c’est pour demain ? Avec la petite chose que j’ai vue chez Hermès ?

Ton amour qui t’aime.

 

Les fins de comité se ressemblent toutes. Entre ceux qui partent en courant et ceux qui vont faire leur cour ! Cette fin de comité là prit une allure un peu différente. Il fallait manifester qu’on avait compris ce que le Président avait dit et qu’on adhérait. Donc, il fallait me féliciter.

Sybille Loutière avait donné le ton en traçant immédiatement son chemin vers moi pour me féliciter officiellement.

Puisque Sybille était venue me féliciter sans attendre, bon nombre des membres du Comité en avaient conclu qu’il aurait été maladroit de ne pas l’imiter. Toujours rayonnante, elle me quitta. La voyant s’éloigner, je ne pus empêcher une image déplaisante de venir s’interposer : Sybille qui m’avait bien vu, il y a quelques semaines et qui avait fait comme si j’étais devenu invisible !

Sur un registre pervers, je profitai d’un moment rare : les félicitations de Marcel Finish et son effort pour paraître aimable. Son haleine puant le mauvais whisky, il éructa deux ou trois mots parmi lesquels je compris que j’en avais mis « une grosse là où je pense, au petit con, vous savez ce que je veux dire, Monsieur Gatillac… Un très bon coup ! » Il voulut aussi faire une finesse culturelle sur la vanité des choses dans un bruit peu ragoûtant d’évier qui se vide. Je n’y avais rien compris.

 

Mail

De : Martin Grumbach

À : Marcel Finish

Objet : re re départ JG

Je ne comprends toujours pas. Je prends contact avec Hughes. Et je reviens vers vous.

Bien à vous

 

Une dizaine de minutes plus tard, le déferlement d’amitiés et de sympathie prit fin. Comme je quittai d’un pas pressé la salle du Conseil, d’Ambreville m’interrompit en me prenant par le bras. Il voulait me parler et m’entraîna dans son bureau.

Pendant quelques instants, d’Ambreville, le visage à moitié dans l’ombre, regarda devant lui. Cherchait-il ses mots ? Voulait-il, par une sorte de mise en scène, me donner à penser que tout ce qui s’était passé était passé ? Je pensais : « C’est un nouveau rêve qui commence ? »

 

Mail

De : secrétariat du Président

À : Marcel Finish.

Objet : stagiaire PJBJ

Le Président aimerait que vous lui expliquiez. Le sujet est le fils du Président BJ. Il est en formation à la Direction des grands clients.

 

Il ne me regardait pas quand il s’enfonça dans son siège, désinvolte et élégant. Puis, il sembla me reconnaître. Son visage, sévère et sombre, s’éclaircit.

« Jean, je voudrais que tout ceci, je veux dire, ce qui vient de se passer, ne soit même pas un mauvais souvenir, je voudrais que tout ceci ne soit plus rien. »

« Rien ? »

J’avais sursauté, choqué. Son regard redevint austère et, en plus, courroucé.

« Jean, il faut que vous me laissiez terminer… » Et il reprit :

 

Message tel de Sophie à Jean : Rendez-vous pour appartement, rue Margueritte ce soir à 18 heures.

 

« Je veux que nous effacions de notre esprit ce moment médiocre et ce qui a été inutilement injuste. Je vous demande donc que les quelques jours qui viennent de s’écouler sortent de votre tête et de votre cœur. L’inverse me décevrait, mon cher Jean, l’inverse me décevrait énormément. Je suis sûr que vous ne voulez pas me décevoir. N’est-ce pas ? »

Je me demandais un instant si je devais répondre. J’aurais voulu qu’il entende que j’avais souffert et que je m’étais trouvé très seul pendant tout ce temps. Je ne trouvais finalement à lui dire que :

« Vous savez bien que vous pourrez toujours compter sur moi ! »

À ces mots, d’Ambreville sourit, dans le vague d’abord, puis, se tournant vers moi, lâcha.

« J’ai toujours su que je pouvais compter sur vous… je le savais. J’en étais sûr. »

 

Mail

De : Martin Grumbach

À : Hughes de Pentier

Objet : re re re départ JG

Hughes, je te passe tous les mails. Tout le monde a l’air de comprendre.

Pas moi.

Voir dates possibles pour Bleme et pour moi. Réponds ASAP pour que je passe à Marie-B.

Bien à toi

 

Il se leva alors, déployant ses jambes sans fin, redressant son long corps élégant dans le contre-jour d’une lampe et, m’invitant à le suivre vers le seuil de son bureau, prit mes mains dans les siennes.

« Mon cher Jean, je ne vous ai pas encore félicité pour votre promotion… cet oubli est réparé… vous devez aller encore plus haut, encore plus loin. Belle carrière qui s’annonce, monsieur le Directeur Central. »

Il fit une pause, très brève, et lâcha.

« Jean, votre chère Sophie peut être fière. »

Et il rentra dans son bureau, comme s’il s’évanouissait dans une brume ou un rêve, perdant toute consistance. Je restai planté sur le seuil de l’antichambre, ahuri.

« Sophie peut être fière… »

 

Mail

De : Marcel Finish

À : Martin Grumbach.

Objet : sans

Merci de stopper vos incompréhensions hypocrites. Aucun intérêt.

 

Je n’en revenais pas. Sophie ? Le Président qui me parle de ma femme ! Impossible ! Ça n’existe tout simplement pas.

Je ne dégringolais pas l’escalier d’honneur de la Banque comme j’avais pensé le faire. J’étais groggy. Il m’avait donné le dernier coup de la soirée. Je descendis le kitschissime escalier, marche après marche, sous le choc !

Il était fort tard. Sophie était en droit de commencer à s’étonner. Lui annoncer la nouvelle de ma nomination ? C’était trop tôt peut-être.

« … Je vous demande, Monsieur le Directeur Central, de faire en sorte que les quelques jours qui viennent de s’écouler sortent, et de votre tête, et de votre cœur. »

La voix de d’Ambreville m’accompagnait. Elle sonnait faux. Elle faisait mal. Non que j’en eusse voulu à mon Président-héros. Mais quelle désinvolture ! Quelles journées atroces, on m’avait fait vivre !

« Inutilement injuste ».

Il y a donc des moments où il peut être utile d’être injuste !

 

Mail,

De : Marie Blanche, secrétariat de la Présidence

À : Marcel Finish.

Objet : JG

Bonjour Monsieur,

Message du Président : reçu JG. Bien passé. Fidèle. Je savais. Pas d’obstacle. J’en suis sûr.

 

Je fermais les yeux pendant quelques secondes et je vis Manguier qui, à cet instant, me rattrapait. Je ne me demandais pas un instant ce qu’il faisait là. Tout sourire, il me lança : « Il ne s’est rien passé, Jean ! » et le répétait comme en écho, me quittant avec de grands signes amicaux : « tout comme avant, Jean… tout comme avant ! ». J’ouvris les yeux. Les mots heureux et joyeux de Manguier résonnaient encore et me disaient :

« … tout comme avant ! Jean, tout est tout comme avant ».

Avant… j’avais reçu un mail de Martin Grumbach.

 

Mail

De : Hughes de Pentier

À : Martin Grumbach

Objet : réunion

Martin, bonjour

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