Prostaglandine

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Quelques milligrammes de Prostaglandine et tout a basculé… D'un événement banalisé mais tragique, une jeune fille ressort adulte. A travers une écriture franche et pleine d'humanité, l'auteur nous conte sa vie depuis son IVG, l'histoire d'une jeune femme moderne, aux prises avec sa mère, un cousin homosexuel, un braqueur sans papiers et une brochette d'amants sans intérêt. Attentive à la souffrance féminine, Vanessa Paunovitch signe un premier roman juste et poignant.
Publié le : lundi 13 juin 2011
Lecture(s) : 123
EAN13 : 9782748175486
Nombre de pages : 115
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PROSTAGLANDINE
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Vanessa Paunovitch
PROSTAGLANDINE

Roman







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© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-7549-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748175493 (livre numérique)
ISBN : 2-7481-7548-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748175486 (livre imprimé)
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PROSTAGLANDINE



Sans elle, je serais morte.
A dix ans, j’ai failli me suicider.
Une nuit, je me suis levée du lit, dirigée vers la
fenêtre restée entrebaîllée et j’ai tenté d’ouvrir le vo-
let. Je n’y suis pas tout de suite parvenue, le loquet
me posait quelques difficultés.
Maman, alertée par le bruit de mes essais
d’ouverture, a surgi dans la chambre et m’a rattrapé
au moment où j’allais passer à travers la fenêtre.
A cette époque là, à demi éveillée, je me perdais
souvent dans ma chambre. Je n’arrivais pas à re-
trouver mon lit et je finissais ma nuit prostrée
contre un mur ou un meuble.

Elle m’écrivait des lettres d’amour pour s’excuser
de ses colères.

Parfois, quand je n’étais pas sage, elle me pour-
suivait, un couteau à la main, autour de la table de la
salle à manger. Je courrais jusqu’à ce qu’elle se fati-
gue et retourne dans sa cuisine.

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Nous avons déménagé un peu plus de six fois,
dans le même département, sans raison particulière
mis à part que mes parents avaient la bougeotte.
Dans chaque nouvelle chambre, j’ai accroché,
spontanément, un portrait en noir et blanc de ma
mère lorsqu’elle avait vingt huit ans.
Juste un an avant ma naissance.
Maman considérait cette habitude comme une
sorte de culte à son égard qui la dérangeait. Je n’y ai
jamais réfléchi. Je l’accrochais automatiquement.

Jusqu’à mes vingt quatre ans, c’est à dire jusqu’à
ce que je m’émancipe en partant vivre seule dans
mon appartement, j’ai sucé mon pouce.
Je me souviens de Maman, me répétant quasi-
ment tous les soirs pendant les pubs à la télé, avant
que le film commence,
– Quand même, une fille de ton âge. Sucer son
pouce. Devant ton frère en plus. C’est vraiment in-
décent.
Sucer mon pouce devant mon frère ne me posais
pas de problème. En revanche, j’évitais consciem-
ment de faire ça devant mon père.
J’ai lu que les enfants portent leurs mains ou
doigts à leur bouche pour prolonger la sensation de
tétée.
Sauf que Moi, ma mère ne m’a jamais donné le
sein.
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J’espérais avoir mes règles. Je mettais quand
même des tampons au cas où elles arriveraient à un
moment inapproprié.
Au bout de quelques jours, j’ai dû me rendre à
l’évidence.
J’étais enceinte.
Je suis allée à la pharmacie. J’ai patienté face à
une caisse un peu retirée par rapport aux autres.
– Mademoiselle, c’est à votre tour ?
– Oui, un test de grossesse, s’il vous plait.
Le pharmacien s’est éloigné de moi quelques ins-
tants, il m’a semblé qu’il demandait un conseil à la
patronne du magasin. Cette dernière s’est dirigée
vers moi et pendant que l’employé encaissait mon
achat, elle a dû juger opportun de m’en détailler le
mode d’utilisation et d’ajouter l’air convaincu,
– C’est le test le plus fiable sur le marché.
De retour à la maison, je me suis précipitée aux
toilettes.
Mon cœur cognait d’anxiété.
Le point rose visible dans les deux fenêtres du
test confirma la grossesse. Je fus prise d’un déses-
poir violent.

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