Quand le destin s'en mêle

De
Publié par


Après son premier roman Les enfants de la Sphère, Catherine Langloÿs nous plonge, avec Quand le destin s’en mêle, dans un monde où les personnages chahutés par la vie, nous touchent au plus profond de nous-mêmes.

Catherine Langloÿs, ancien médecin d’un grand magasin parisien, vit une retraite bien occupée entre l’écriture de romans, la grapho logie, ses quatre enfants et ses six petits-enfants.



Pourquoi la vie sourit-elle à certains quand, pour d’autres, elle n’est qu’une longue suite de catastrophes ? Injustice, hasard ou conséquence d’une vie antérieure qu’il faut expier ?

Clarence fait partie de ceux que le destin accable. Son salut ne peut venir que de Cyrielle, une femme d’exception dont il devra se faire aimer. Mais ils n’ont en commun que leur date de naissance. Pourront-ils se rencontrer ? Leurs destins se rejoindront-ils ? Et si c’est le cas, sauront-ils s’aimer ?

Autant de questions qui se posent tout au long de ces deux histoires qui se croisent et se recroisent au gré des aléas de la vie, sans que les protagonistes soient au courant de ce terrible enjeu.



Visitez le site de l'auteur : Catherine Langloÿs.

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
Lecture(s) : 44
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782953813500
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Prologue Tout était blanc, laiteux, ouaté. La pièce était immense. L’atmosphère qui y régnait avait quelque chose de surnaturel. Seules deux minuscules silhouettes se détachaient sur les murs de cet univers immaculé, deux êtres humains, un homme et une femme. Il n’y avait personne d’autre qu’eux dans ce monde de silence et ils étaient incapables de s’intéresser à ce qui les entourait. Ils ne se souvenaient de rien, ne savaient pas pourquoi ils se trouvaient là et encore moins ce qu’ils allaient devenir. Ils ne semblaient pas se voir, perdus dans une réalité qui les dépassait et qu’ils ne pouvaient pas comprendre. L’homme était brun. Son visage sévère ne présentait aucun at-trait. Il semblait avoir un certain âge, peut-être une cinquantaine d’années. Il avait peur et sa terreur transparaissait sur son visage, bien qu’il fît tous les efforts possibles pour la cacher. Il avait senti qu’on le jetait brutalement et sans aucun ménagement sur le sol blanc et froid. Il n’osait pas regarder autour de lui et évitait de manifester sa présence. Il pensait qu’il n’aurait plus longtemps à attendre avant que quelque chose se passât et il sentait confusément que l’avenir serait pour lui une terrible épreuve. La femme était petite, belle, drapée dans un sari blanc bordé de bleu clair. Son âge, déjà très avancé – elle semblait avoir au moins quatre-vingt-cinq ans – ne gâchait en rien sa formidable allure. La douceur, la compréhension et l’amour la transfiguraient. Ses traits
7
étaient si doux et laissaient entrevoir tant de bonté qu’on en oubliait qu’ils étaient creusés par les ans. Elle était calme, et sa sérénité était telle que rien ne pouvait l’effrayer. Elle attendait que quelque chose arrivât, et elle pressentait, sans comprendre pourquoi, que l’avenir allait lui apporter beaucoup de bonheur. Ils étaient là depuis un temps indéfinissable. Trois secondes ou plusieurs jours ? Dans cette enceinte, le temps ne comptait plus, n’existait plus. Les éléments matériels, tels qu’ils les avaient connus jusqu’alors, semblaient ne plus avoir aucune importance. Manger, boire, satisfaire des besoins physiologiques et naturels n’avaient plus de sens pour eux. Ils attendaient ! Ils ne savaient pas quoi, mais ils attendaient. L’homme, sortant pour un instant de l’inhibition liée à son an-goisse insurmontable, s’aperçut tout à coup qu’il n’était pas seul. Là-bas, à l’autre bout de la pièce, il y avait quelqu’un. Une autre personne qui semblait, comme lui, prisonnière de cet espace blan-châtre et informel dans lequel il se trouvait, ignorant tout des circonstances qui l’y avaient conduit. Sentant un regard insistant sur elle, la femme sortit également de la délicate torpeur qui l’enveloppait depuis qu’elle s’était sentie déposée avec une infinie douceur dans ce lieu de quiétude. Ils se regardaient intensément, décontenancés en comprenant qu’ils n’étaient pas seuls. Ils étaient, en même temps, rassurés à l’idée que l’explication de cette situation, qu’ils n’avaient pas choisie, allait peut-être leur être fournie par « l’autre ». Elle fut la première à vouloir prendre la parole. Elle ouvrit la bouche pour lui adresser les mots qui se pressaient dans son esprit mais, malgré ses efforts, aucun son ne vint. Elle ne pouvait pas parler. Ses lèvres ne bou-geaient pas, elle était muette ! Il la regardait toujours et, voyant son désarroi, voulut également lui adresser quelques mots. Ce n’était pas pour la rassurer, car au fond il se moquait bien d’elle, mais plutôt pour se conforter lui-même et essayer de sortir de cette angoisse qui le paralysait. Mais
8
aucune parole ne sortit de sa bouche. Sa lèvre supérieure, alourdie par les poils raides et mités qui la surplombaient, restait inapte à assurer sa communication. Ils ne pouvaient pas se parler, mais ils s’aperçurent qu’ils se comprenaient parfaitement, par simple trans-mission de pensée. « Qui êtes-vous ? » pensa-t-il, sans même essayer de formuler son interrogation. Elle perçut une grande inquiétude dans sa question et s’en éton-na car elle contrastait d’étrange façon avec le sentiment de calme assurance qu’elle ressentait elle-même. « Et vous ? Que faites-vous ici ? Que faisons-nous ici ? devrais-je penser, car je crois bien que nos destins sont liés ? » Il voulut lui répondre qu’il n’en savait pas plus qu’elle, et qu’il avait espéré qu’elle pourrait l’éclairer. Mais il n’arrivait même plus à penser assez intensément pour que la transmission se fît. La frayeur ne le quittait pas et il estima qu’en se rapprochant d’elle, il pourrait peut-être bénéficier d’un peu de son aura bienfaisante. Il tenta de se déplacer pour aller la rejoindre de l’autre côté de la pièce, mais sa volonté était devenue inopérante et aucun de ses muscles ne répondait plus. La femme, saisissant clairement son intention, prit la décision d’aller elle-même le rejoindre, mais elle était, elle aussi, déconnectée de tout système moteur. Ils comprirent alors clairement, l’un et l’autre, que quelque chose s’était produit. Quelque chose qui avait radicalement modifié la condition d’êtres humains qui était la leur depuis leur naissance. C’est alors que « la voix » se fit entendre. Une voix profonde, venue de nulle part. Une voix claire et nette, tranchante, qui tétanisa l’homme en décuplant son angoisse, alors que la femme l’accueillit comme si ce fut un doux murmure l’emplissant de bonheur. Terriens ! Votre vie sur Terre a pris fin !
9
À ce moment précis, une lumière diffuse, tout d’abord peu in-tense, puis de plus en plus puissante, envahit l’enceinte. Elle se resserra bientôt en un étroit faisceau et s’orienta sur l’homme qui en subit le flux en pleine figure. Cela eut pour effet de déclencher chez lui une telle panique qu’il s’affaissa sur lui-même et se recroquevilla dans une attitude de soumission intégrale. La voix s’adressa alors à lui : Il est trop tard pour regretter tout le mal que tu asHomme ! fait sur Terre. Tu as été le seul responsable de l’extermination de millions d’êtres humains. Tu as voulu et organisé la torture et la mort, dans d’horribles souffrances, de millions d’innocents, hom-mes, femmes et enfants. Le Conseil des Divinités Supérieures, qui regroupe tous les Dieux vénérés par les Terriens, n’a pu statuer sur ton sort depuis cinquante-deux ans que tu as décidé de mettre fin à ta vie. Les crimes étaient trop atroces et rien ne semblait pouvoir te permettre de les expier. Tu as donc été condamné à errer indéfini-ment dans le néant, sans jamais plus avoir le moindre espoir de rejoindre un jour le monde empli de quiétude et de sérénité de l’éternité. Jusqu’au jour où quelqu’un, dont je te tairai le nom, est venu plaider ta cause. Quelqu’un qui pense que tout péché, si horrible soit-il, peut être éventuellement pardonné s’il est sincère-ment regretté et s’il est expié par un châtiment en rapport avec le crime commis. Les délibérés ont été longs, au sein du Conseil, car, bien sûr, les avis étaient très partagés. Les discussions se sont poursuivies sans fin et sans qu’aucun consensus ne puisse être trouvé. Beaucoup d’entre nous ne t’accordaient aucune circonstance atténuante. Puis, un jour, à force de réflexion, une idée s’est impo-sée à tous. Voici ce qui a été décidé : il te faudra revenir sur Terre pour expier tes péchés. Mais la vie qui te sera proposée n’aura rien d’une vie de rêve. Les épreuves qui te seront imposées seront terri-bles, en rapport avec celles que tu as infligées aux autres. Ta nou-velle vie sera maudite et cruelle avec toi. Il te sera d’autant plus difficile de la supporter que ton âme, contrairement à celle de ta vie
10
antérieure, sera cette fois-ci pure, sensible et honnête. Une seule porte de sortie te sera offerte : l’amour partagé d’une femme d’exception. « Que voulez-vous dire par là ? pensa l’homme qui sentait renaî-tre quelque espoir en lui. » Simplement que si tu vis la vie que nous te proposons et que tu arrives à te faire aimer de cette personne, nous pourrons éventuel-lement réexaminer ton passage vers l’éternité. « Mais comment ferai-je pour me faire aimer d’une telle femme, moi dont l’âme a été si noire ? » Ceci est ton problème ! Assurément pas le nôtre. La seule chose que je suis autorisé à te faire savoir c’est que cette femme admirable vient, à son tour, de quitter le monde des humains et qu’elle est devant toi actuellement. Nous allons également la renvoyer sur Terre. Si le sort le veut bien, il te permettra peut-être de la ren-contrer et, qui sait, de savoir l’aimer et te faire aimer d’elle. Cet amour devra être déclaré, partagé et consommé. Lorsque cette condition sera remplie, et que tu auras traversé les épreuves ren-contrées au cours de ta nouvelle vie, tu auras fait un grand pas vers la rédemption. « Mais comment saurai-je que c’est elle et où la trouverai-je ? » La voix ne répondit pas, et pour toute conclusion ajouta : Vous renaîtrez tous deux sur Terre dès demain et vivrez vos vies, le sort fera le reste. Il va sans dire que vos existences antérieu-res et tout ce qui vient de se passer ici sortira de vos mémoires et que vous n’en aurez aucun souvenir. Seul votre inconscient le gardera profondément enfoui. Mais ce sera votre inconscient…!
11
La voix n’avait rien à ajouter et se tut. La lumière disparut alors, laissant les deux humains retrouver progressivement une perception visuelle que la luminosité du projecteur avait anéantie. L’homme regarda une dernière fois la femme, intensément, comme pour fixer définitivement en lui son image. Rien ne lui paraissait plus beau que ce visage buriné, cette prestance remplie d’humilité, ces yeux débordants de compassion et ce sourire d’ange. Comment ne pas aimer une telle femme ? Mais aurait-il la chance de la retrouver dans sa nouvelle vie ? Où pourrait-il la rencontrer ? Et comment la reconnaîtrait-il, puisque tout ce qu’il venait de vivre, ainsi que toute sa vie antérieure, allaient s’effacer ? Il appréhendait tout ce qui lui arriverait à partir de cet instant et ne voyait absolument pas comment il pourrait respecter la clause qui lui était imposée. Ce contrat était irréalisable ! La femme le regardait calmement pendant que toutes ces idées lui traversaient l’esprit. Elle avait saisi la moindre de ses pensées. Elle pensa à son tour, espérant qu’il serait réceptif au message qu’elle allait lui adresser : « Croyez en votre avenir. Acceptez votre nouvelle vie et ce qui s’y passera comme un cadeau du ciel qui servira à expier tous vos péchés passés. Laissez faire le destin car, même s’il semble parfois trop dur ou injuste, il débouchera sur le vrai bonheur. »
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi