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Quand le passé resurgit

De
118 pages
Il était environ quatre heures de l'après-midi. A ce moment de la journée, les clients se faisaient rares. Marcel Dujarie, le patron du Café des Sports, en profitait pour se plonger dans la lecture de Ouest France, le principal quotidien de la région. Ce 24 juin ne dérogeait pas à la règle. Marcel, debout derrière le comptoir en zinc, venait d'en terminer avec l'histoire de Lariflette. Il allait attaquer les aventures de Capitaine Ardant lorsqu'elle entra.
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Quand le passØ resurgitPhilippe Giffard
Quand le passØ resurgit
ROMAN' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2177-5 (pourle fichiernumØrique)
ISBN: 2-7481-2176-7 (pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimØ telunlivre.
D Øventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
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www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comIl Øtait environ quatre heures de l aprŁs-midi. A
cemomentdelajournØe,lesclientssefaisaientrares.
MarcelDujarie,lepatronduCafØdesSports,enpro-
fitaitpourseplongerdanslalecturedeOuestFrance,
le principal quotidien de la rØgion. Ce 24 juin ne
dØrogeait pas à la rŁgle. Marcel, debout derriŁre le
comptoirenzinc,venaitd entermineravecl histoire
de Lariflette. Il allait attaquer les aventures de Capi-
taine Ardant lorsqu elle entra.
« Bonjour, dit-elle sur un ton familier !
- Bonjour madame, lui rØpondit poliment Marcel
en bØgayant lØgŁrement. »
Elle alla s asseoir à la table la plus en vue de la
salle,aumilieudelapiŁceetfaceaubarDelasorte,
elledonnaitaupatronduCafØdesSportsleloisirde
l’observer à sa guise.
« Qu est-ce que je vous sert ? lui demanda-t-il.
- Un Vittel menthe, s’il vous pla t, lui rØpondit-
elle. »
Marcel lui servit sa boisson sans empressement.
Il Øtait hypnotisØ par cette apparition subite et inat-
tendue. DŁs qu elle avait passØ la porte il avait re-
connusonvisage. Unvisagequ iln avaitpuoublier
malgrØ les annØes ØcoulØes et qu’il ne pourrait sans
doute jamais sortir de sa mØmoire.
« Merci, lui dit-elle. »
Puis elle ajouta :
7Quand le passØ resurgit
« Je suisvotre nouvelle voisine, la merciŁre.
- EnchantØ… euh…
-Oh,excusez-moi,jenevousaipasditmonnom!
Stenzak. »
Elle mit l accent sur Stenzak.
LaprØsencedecettefemmelemettaitmalàl aise.
Et madame Stenzak en femme expØrimentØe l avait
remarquØ.
«Bienvenuparminous,madameStenzak,repritMar-
cel. Moi, c est…
-Jesais. VousŒtesMarcelDujarie,ditlajeunefemme.
Devant le visage ØtonnØ de Marcel, elle poursuivit,
contente de son effet :
- Oh, ne soyez pas surpris. Vous savez, tout le
monde a l air de vous conna tre à Penheuc. »
Monique Stenzak maniait la flatterie comme le
boucher maniait le couteau, avec dextØritØ et prØci-
sion.
Marcel rosit
« Combien vous dois-je ?
- Rien du tout, c est pour moi !
- C est aimable à vous mais je tiens à rØgler mon
verre, dit-elle poliment mais avec fermetØ. Elle ne
voulait rien devoir à cet homme. »
Marcel lui indiqua le prix de la consommation.
Elle posales piŁcessurla tablepuiselleseleva.
« A bient t, fit-elle.
- A bient t… reprit Marcel. »
Illa regardapasserlaportepuisse dirigerversla
boulangerie Darec qui Øtait situØe de l autre c tØ de
la place de l Øglise. Il se dit que si elle va au bureau
de poste,c’est que les ennuis vontcommencer!
DŁsqu ellefutpartie,Liliane,lafemmedeMarcel
Dujarie,pointalebout desonnez. Elleavait aper u
la jeune femme entrer dans le cafØ.
«QuiØtait-ce?,luidemanda-t-elle,intriguØe.
8Philippe Giffard
- La nouvelle merciŁre…
- Qu est-ce qu elle voulait ?
- Boire un verre ! lui rØpondit-il sur un ton qui se
voulait amusant.
-Quelledr led idØe! Boireunverredansunbistrot,
rØpondit Liliane ironique.
- Elle est venue se prØsenter.
-C estunebellefemme,tunetrouvespas!,luidit-elle
avec malice.
- Ouais…
- C est tout !
- Tu n es pas mal non plus, ma chØrie, lui dit Marcel
avec un large sourire.
-Pfff… » fit-elle en haussant les Øpaules. »
Au mŒme moment, la clochette de la porte de
l’Øpicerie se fit entendre. Liliane retourna dans sa
boutique.
Lorsque Monique Stenzak entra dans la boulan-
gerieDarec,ilyavaitdØj deuxautresclientes. Elle
attendit patiemment son tour. Elle en profita pour
admirer les superbes g teaux qui ornaient la devan-
ture. D ailleurs, elle dØcida de se laisser tenter par
unepetitetarteaux fraisesquiØtaitunevØritablein-
vitation à la gourmandise.
« Que dØsirez-vous ? lui demanda la boulangŁre.
- Un pain de deux livres, s il vous pla t. Et puis,
mettez-moi aussi cettepetite tarte, luirØpondit Monique
Stenzak en la dØsignant du doigt.
- Bien cuit ou pas trop cuit le pain, lui demanda
Yvonne Darec avec amabilitØ.
- Bien cuit, s il vous plaît.
- Tenez. »
Monique rØgla ses achats. Puis elle ajouta sur le
ton de la plaisanterie en montrant le pain :
« J’espŁre qu il est bon car je vais Œtre amenØe à
venir rØguliŁrement. »
Puis elle enchaîna aussitôt :
9Quand le passØ resurgit
« Je suisvotre nouvelle voisine, la merciŁre.
-Lesgensnes enplaignentpas,rØponditYvonne
Darec un peu sŁchement. »
Elle Øtait un peu agacØe par l humour particulier
de cette femme qu elle ne connaissais pas.
« Je me prØsente : Monique Stenzak, dit-elle en lui
tendant la main.
- Yvonne Darec.
- Vous saluerez votre mari de ma part.
-Jen ymanqueraispasdØsqu ilaurafinisasieste
lui rØpondit Yvonne Darec un peu ØtonnØe. »
Monique Stenzak avait complŁtement oubliØ que
les boulangers dormaient l aprŁs-midi. Elle regretta
d Œtre passØe à cette heure l . Puis elle se dit que sa
femme lui parlerait certainement de sa visite. Elle
salua la boulangŁre puis sortit.
Ensuite,commeMarcelDujariel avaitprØvu,elle
traversa la place de l Øglise en direction du bureau
de poste. Jules De la Ronce, le prØposØ, Øtait assis
derriŁre son guichet. Elle le salua. Il lui rendit son
salut.
« Pouvez-vous me donner un carnet de timbres, s il
vous pla t.
- Vous le donner non mais vous le vendre oui, dit-il
avec son humour pince sans rire.
- C’est comme cela que je l entendais.
- Je plaisantais. »
Ensuite Monique Stenzak se prØsenta. Quand il
entenditsonnom,JulesDelaRonceseredressad un
coup sur son siŁge. Il sentit une grosse bouffØe de
chaleurluimonterjusqu’auxoreilles. Ildevintrouge
comme une tomate. Puis il se ressaisit :
«A bient t, monsieur… fit-elleinnocemment.
-Pardon,DelaRonce.JulesDelaRonce.
- Alors à bient t monsieur De la Ronce. »
Quandellefutpartie,JulessejetaenarriŁresursa
chaise puis il Øtendit les bras en l air en croisant les
10Philippe Giffard
mains.Ilfermalesyeux.LascŁnetoujourslamŒme
lui brßlait l me.
EnrendantcettepetitevisitedecourtoisieàMar-
cel Dujarie, à Robert Darec et à Jules De la Ronce,
MoniqueStenzakn avaitqu’unseulobjectif: serap-
peleràleurbonsouvenir. Elleavaitengrandepartie
rØussi.
MarceltentadesereplongerdansCapitaineArdant
mais le c ur n y Øtait plus. Et puis, les amateurs de
ballonrondcommen aientdØj àenvahirlecafØ. En
effet, à 19 heures, France I, une cha ne de radio na-
tionale, retransmettait en direct le match de football
quetoutlemondeattendaitimpatiemment: leBrØsil
rencontraitlaFrancepourlecomptedesdemi-finales
de la coupe du monde en SuŁde.
Achaquematchdel’ØquipedeFrance,ces
mordus avaient l habitude de se rØunir au CafØ des
Sports. Ilstrouvaientcelaplusconvivialetpuistous
n’avaient pas de radio. Ils s installaient, un verre
à la main, autour de l’Ønorme poste en merisier
qui tr nait dans la salle, posØ sur une ØtagŁre fixØe
à un mur. Et, durant quatre vingt dix minutes,
ils vibraient en Øcoutant les voix nasillardes des
commentateursquileurracontaient,dansdegrandes
envolØes lyriques, les diffØrentes actions de jeu.
AprŁs chaque but que marquaient leurs favoris,
ils sautaient et criaient de joie. AprŁs chaque but
que marquaient leurs adversaires, ils trØpignaient et
pestaient de colŁre.
Personne n attendait les fran ais à ce stade de la
compØtition. Les rencontres prØparatoires avaient
ØtØdØcevantesavecsurtoutuncinglantquatreàzØro
contre l Angleterre à Wembley. Les supporters les
plus fervents avaient ØtØ ØchaudØs. D ailleurs, ils
n’Øtaientquedeuxjournalistesfran aisàembarquer
11