Quand les cigognes claquaient du bec dans les eucalyptus

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Mon père a effectué son service militaire en 1962, en tant que pharmacien-biologiste à l’hôpital de Tizi-Ouzou, préfecture de grande Kabylie miraculeusement épargnée par les violences de l’époque. Et, pendant toute la durée de son séjour, ma mère et lui se sont écrit quotidiennement. Tandis que l’Algérie française vivait ses dernières semaines, leur correspondance évoque un laboratoire où appelés, Kabyles, Arabes, hommes et femmes de métropole ou d’Afrique du nord travaillaient encore ensemble dans un but qui les dépassait : la santé de tous. A Alger et à Oran, on versait le sang, ici on le donnait pour sauver des vies. C’était parfois avec réticence, mais souvent aussi avec fierté et conscience d'oeuvrer pour le pays futur. Partagée par d’autres membres du service hospitalier, une capacité d’analyse politique que j’imaginais pourtant difficilement possible dans un tel contexte permit de transcender les tensions, et finit par convaincre les occidentauxde se faire prélever en faveur des musulmans, ou l’inverse. Une telle expérience n’est certainement pas représentative de ce qu’ont pu vivre beaucoup d’autres jeunes gens au même moment et dans le même pays. Mais c’est précisément pour cela qu’elle méritait d’être mise en lumière : elle donne de l'espoir quant aux capacité de chaque individu à agir sur son entourage dans une situation aussi difficile que celle-là. 

E.F.

Publié le : mercredi 29 février 2012
Lecture(s) : 31
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213669656
Nombre de pages : 540
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Mon père a effectué son service militaire en 1962, en tant que pharmacien-biologiste à l’hôpital de Tizi-Ouzou, préfecture de grande Kabylie miraculeusement épargnée par les violences de l’époque. Et, pendant toute la durée de son séjour, ma mère et lui se sont écrit quotidiennement. Tandis que l’Algérie française vivait ses dernières semaines, leur correspondance évoque un laboratoire où appelés, Kabyles, Arabes, hommes et femmes de métropole ou d’Afrique du nord travaillaient encore ensemble dans un but qui les dépassait : la santé de tous. A Alger et à Oran, on versait le sang, ici on le donnait pour sauver des vies. C’était parfois avec réticence, mais souvent aussi avec fierté et conscience d'oeuvrer pour le pays futur. Partagée par d’autres membres du service hospitalier, une capacité d’analyse politique que j’imaginais pourtant difficilement possible dans un tel contexte permit de transcender les tensions, et finit par convaincre les occidentauxde se faire prélever en faveur des musulmans, ou l’inverse. Une telle expérience n’est certainement pas représentative de ce qu’ont pu vivre beaucoup d’autres jeunes gens au même moment et dans le même pays. Mais c’est précisément pour cela qu’elle méritait d’être mise en lumière : elle donne de l'espoir quant aux capacité de chaque individu à agir sur son entourage dans une situation aussi difficile que celle-là. 
E.F.
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