Quatorze

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Anilou, écrivain, ne croît plus en son art, ne croît plus en ses rêves. Son frère Jason lui présente Art, un peintre, qui insiste pour peindre son âme. Réticente, elle va progressivement s'ouvrir à son regard comme elle s'ouvre à la vie. Ils trouveront dans cette relation le moyen de refuser le confort facile des compromis, des buts réalistes, pour atteindre la vérité absolue de leurs rêves, et ne pas finir âmes brisées à attendre la mort comme des cris silencieux qui n'auront pas vécus.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 111
EAN13 : 9782304030624
Nombre de pages : 147
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2 Titre
Quatorze

3



Titre
José Da Silveira
Quatorze

Roman
5Éditions Le Manuscrit
Paris

























© Éditions Le Manuscrit, 2009
www.manuscrit.com
© Couverture : Lara, L’absence, José Da Silveira
ISBN : 978-2-304-03062-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304030624 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-03063-1 (livre numérique) 030631 (livre numérique)
6











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Cette histoire est une chandelle,
Lara mon amour,
la notre est une étoile.

.

8 Quatorze
PREMIÈRE PARTIE
9 Quatorze
CHAPITRE I
NOMBRES
Les nombres ont joué une grande part dans
ma vie. Le nombre d’anniversaires avant
l’abandon de mon père, six je crois… ils ont
joué une grande part dans mon histoire :
nombre de femmes avec lesquelles il coucha,
ma mère l’attendant à la maison,
volontairement inconsciente et aveuglée par la
peur d’un abandon possible… ma mère petite
comme un insecte, un cloporte noir, une
invisibilité rampante.

Combien de femmes ont librement ouvert
leurs jambes, leurs cuisses, à ce père ? Quatorze
c’est la rumeur. Quatorze baisées, par cet
homme qui avait juré de n’en aimer aucune
autre que l’unique. Combien de sexes pénétrés ?
Pour que ma mère ne devienne le pâle écho de
son humanité ? Son cœur, des années durant
empli de certitudes, une évidence en de
meilleurs jours à venir, avait battu plus
lentement. Combien de nombres faut-il, pour
11 Quatorze
faire d’une femme une ombre ? Des années, elle
avait voulu croire que le bonheur est un fait.

Un nombre sans limites ! Sans limites, le
nombre de plaintes dans sa vie solitaire. Sans
limites, le nombre de fois où, je contemplais
l’inobservable ; ses pleurs dont j’avais honte.
Souvent je l’entendais sangloter. Chaque larme
qu’elle offrait en secret, j’aurais dû la chérir
comme une perle. Dégoûtée, j’imaginais couler
sur son visage tordu, ce dernier vestige de
possibilités passées…

La vie ne s’arrête pas. Les jours qu’ils me
restent sont moindres que ceux qui sont passés.
Maintenant, je comprends ses larmes de
commémoration.

Zéro, le nombre d’hommes qui m’avaient
vraiment aimée, et puis lui.

Trente et un ans ; j’avais déjà abandonné,
soumise par la vie, sa simple insuffisance… un
choix. Alternative : mariage, trahison, amour
devenant haine, mort lente… cette vie de ma
mère. Plus rassurant de ne pas essayer. Choisir
de parcourir le chemin plus tranquille entre
rêves d’absolu et peurs de l’abysse.

12 José Da Silveira

C’était ma préférence. Tant de nombres
n’avaient mené à rien. Laisser mes craintes me
montrer le chemin. Les embrasser, ancrée à mes
certitudes ennuyeuses.

Je n’étais pas ma mère, peurs différentes…
elle avait essayé, s’était autorisée aux rêves : une
intensité aux rêves égalée par sa douleur. Son
âme brisée. J’étais jeune ; je ne me souviens que
d’une âme brisée.

Les âmes brisées, faciles à reconnaître.
S’asseoir à un café, ouvrir les yeux sur le
monde, puiser, comme une première fois, dans
notre capacité à la compassion pour les
découvrir. Femmes, hommes, ils marchent, un
peu plus lentement, un peu plus vite … marche
en excuse permanente d’être… adaptés à la
perte de leurs rêves.
Adapté ; mot terrible, il porte en lui la fin des
possibilités. Être un de ces « adaptés » ? Âme
inconsciemment brisée. En faire partie ?
Comment réaliser, quand, rêve oublié après
rêve oublié, se perd l’esprit illimité ?

Certains ont accepté. Plus invisibles, ils ne
marchent pas plus lentement, pas plus vite.
Normalités huilées, moitiés d’âme. Les effacés
par la vie avant d’avoir su vivre. Le temps qui
aveugle de certitudes, le sens de la vie qui se
13 Quatorze
voile. Inconscient, devenir ombre. Et que se
meurent les poètes quand s’épelle le mot
« impossibilité ».

Moi je veux croire aux différences qui
s’embrassent ; leurs plaisirs autant que leurs
douleurs, leurs envolées autant que leurs chutes.
Refus d’être brisées.

C’est souvent lentement qu’on se brise. Une
perte graduelle des rêves à peine ressentie.
C’est presque volontaire, rêves qui
deviennent des buts… plus facilement
atteignables. Ne pas vraiment sentir le manque,
devenir « contentés », suffisamment
confortables.
Faire un pas et un autre, encore un, sans
questionner la direction… un nouvel
anniversaire, une nouvelle année de mariage, un
nouveau pas grand chose, un nouveau rien du
tout, un simple pas de plus ; ça devient
acceptable. Une marche en cercle ; cela ne
compte plus.
Se rencontrent un homme, une femme, ou
deux ou trois ou plus… se reproduisent, se
prononcent tant de « je t’aime », se tue le sens
du mot… on est contenté…

Contenté, interprétation acceptable pour « à
peine exister ».
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