Que ne sombre ma jeunesse… !

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Je m’appelle Jeunesse. Drôle de nom.

J’habite aux quatre coins du globe [...].

Mes journées sont faites de rien et de pas grand-chose.

École.

Vaisselle.

Bus.

Dictionnaire.

Flirts.

Boutons.

Solfège.

Suicide.

Sacrée routine, hein ?

Je manque de vocabulaire. Plus précisément : « d’exactitude dans les termes, d’élévation dans mes propos ».

Conséquence, je me tais.

Je ne parle que sur invitation. La vérité c’est que ma voix ne compte pas.

Mon âge n’est pas pris au sérieux.

Je ne vote pas.

Je mets le couvert [...].

Je suis au courant de mes droits et de mes devoirs.

J’écoute la musique à fond et mes parents en sourdine.

Je dis « oui » pour ne pas décevoir. Dans les actes, je fais le contraire.

Les grands me disent naïve, dévergondée, fragile.

Il paraît que c’est moi le monde de demain.

Alors, je frisonne et je ris.

Publié le : vendredi 18 septembre 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782952669535
Nombre de pages : 97
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Préface
Jeunesse éternelle, jeunesse sans nom, jeunesse adu-lée, jeunesse méprisée. Jeunesse qu’on néglige et qu’on n’entend pas. Jeunesse incomprise, reniée, critiquée, malmenée et culpabilisée. Jeunesse perdue, sans foi ni loi, sans passé ni futur… Une jeunesse dont l’avenir ne laisse rien présager de bon. Une jeunesse qui n’a que faire de la vie, qui ne semble pas la respecter. Une jeunesse laissée-pour-compte et vouée à elle-même. Une jeunesse empêtrée dans une inertie sans nom, bloquée dans un espace temps qui ne s’appelle déjà plus enfance mais qui ne ressemble pas tout à fait à l’âge adulte. Une jeunesse dans le pétrin, pétrifiée par la vie et par le monde ; celui des adultes. Une jeunesse qui n’a pas envie, immobile, prisonnière d’elle-même, victime de son propre vacarme, de sa propre bêtise. Une jeunesse provocatrice qui n’hésite pas à inventer ses propres règles, quitte à enfreindre celles d’un autre monde, quitte à pousser ses propres limites, allant toujours plus loin vers un extrême inexpliqué.
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Mais qu’a donc cette jeunesse défaillante, cette jeunesse qui dysfonctionne ? Que cherche-t-elle à prouver ? Et pourquoi choisir cette voie là plutôt qu’une autre ? Qu’a donc cette jeunesse fofolle et immature ? Cette jeunesse qui ne se soucie de rien et surtout pas du lendemain. Cette jeunesse de l’instant T et ducarpe diem. Cette jeunesse qui veut tout, tout de suite, sans avoir à faire le moindre effort. Une jeunesse désinvolte, bien trop bruyante, insolente, instable et nonchalante. Cette jeunesse désincarnée qui ne semble pas vouloir prendre sa place au sein du monde. Est-ce donc là tout ce que nous avons à dire de notre jeunesse ? Est-ce donc là le seul regard que nous sommes capables d’avoir sur elle ? DansQue ne sombre ma jeunesse… !, EmmelyneOCTAVIEmet en lumière un ensemble de réalités, de probléma-tiques mais aussi de possibles concernant la jeunesse. L’auteure nous livre une prise de conscience face à laquelle nous n’avons d’autre choix que de nous in-terroger avec franchise et investissement sur l’avenir de la jeunesse, de notre jeunesse. Les jalons de questionnements et de réflexions sont posés à travers cet ouvrage dans lequel l’écrivaine nous immerge dans des univers bien précis, évoquant et dé-peignant des parcours de vie, de ce que l’on a été amené à côtoyer, de ce que l’on a soi-même vécu ou dont a entendu parler.
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Nous avons tous été tentés de critiquer ouvertement cette jeunesse en perdition. Souvent, cette tentation a été si forte, si poignante que nous n’avons pas hésité à l’exprimer, à l’extérioriser, à la hurler haut et fort, à la cracher à la figure de qui voulait bien l’entendre, pour-vu qu’on partage le même point de vue que nous. Cherchant à rallier à notre cause le plus grand nombre, nous avons fini par constituer une bande « d’anti-jeunes » prêts à tout pour révéler au monde qu’il était primordial de se méfier de ces spécimens, oubliant souvent ce par quoi nous étions passés. Pourtant, ne dit-on pas qu’il faut que jeunesse se fasse ? Mais à quelle condition et dans quelle mesure ? Ne serions-nous pas des miroirs pour elle ? Et si oui, quelles responsabilités avons-nous envers cette jeunesse que nous percevons souvent comme étant désœuvrée face à un système qui semble lui échapper et à qui elle ne semble pas appartenir ? Quel est l’impact du contexte sur des parcours de vies multiples ? Est-il possible de changer ce regard à la fois dur, rigide et réprobateur, de le faire évoluer, de le rendre constructif, enclin à l’amour et à la compréhen-sion afin que ce dernier fasse écho chez cette jeunesse, et lui permette de se développer et de s’épanouir sai-nement et sereinement ? L’auteure, à travers son livreQue ne sombre ma jeunesse… !, nous propose un texte engagé. Un en-gagement très clairement énoncé. Un engagement qui nous accompagne tout au long de la lecture, et qui
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laisse dévoiler un désir ardent de communiquer à la jeunesse qu’elle porte en elle le souffle de la vie. Une vie dont elle est responsable, une vie dont elle est au cœur, une vie dont elle est créatrice : « J’ai très vite compris que tout se jouait au choix dans une vie. Tout est une question de choix bien plus qu’une question de chance. On minimise la force de nos choix. On s’en déresponsabilise quitte à s’épuiser et à vouloir faire du choix le petit frère du hasard. » La force de l’écriture et l’impact laissé en nous dérou-tent. Sans doute parce qu’ils contrastent avec l’idée que l’on se fait de la jeunesse, convaincus que cette phase bénie de l’existence rime avec insouciance et légèreté. Sans doute parce qu’ils vont chercher en nous une vérité que nous n’étions pas prêts à envisager. Grâce à cette ode à la jeunesse, EmmelyneOCTAVIEremet les choses à leur juste place sans jugement ni critique, et nous invite à nous questionner face au rap-port entretenu avec cette jeunesse, la plaçant au cœur de sa propre capacité à se responsabiliser face à ses choix de vie. Il est trop tôt pour que sombre cette jeunesse. AudeM’BONGUI
Acte de naissance
Je m’appelle Jeunesse. Drôle de nom. J’habite aux quatre coins du globe. Numéro oublié. Rue, foyer déchiré. Appartement, harmonie parfaite. Impasse incomprise ou mal-aimée. Mes journées sont faites de rien et de pas grand-chose. École. Vaisselle. Bus. Dictionnaire. Boutons. Flirt. Solfège. Suicide. Sacrée routine, hein ? Je manque de vocabulaire. Plus précisément : « D’exactitude dans les termes, d’élévation dans mes propos. » Conséquence, je me tais. Je ne parle que sur invitation. La vérité c’est que ma voix ne compte pas. Mon âge n’est pas pris au sérieux. Je ne vote pas. Je mets le couvert.
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Les vieux me regardent avec envie. Ils voudraient s’appeler comme moi. Je désapprouve mais je respecte. Ils m’en veulent de traîner les pieds, de ne rien ar-ticuler. À leurs yeux on est tous des légumes, pourtant, assis sur une chaise, ce sont eux qui végètent. Mon air nonchalant n’annule pas mon insolence croissante. Je suis au courant de mes droits et de mes devoirs. J’écoute la musique à fond et mes parents en sourdine. Je dis « oui » pour ne pas décevoir. Dans les actes je fais le contraire. Les grands me disent naïve, dévergondée, fragile. Il paraît que c’est moi le monde de demain. Alors, je frisonne et je ris. Je n’ai jamais envié les grands. Je trouve que le monde s’emmerde quand on devient adulte. Mon identité ne cesse de changer. 1 mètre 59. 1 mètre 64. 1 mètre 62. 1 mètre 68. 1 mètre 71. Et pour finir 1 mètre 67. Incohérence ou absurdité ? J’ai tranché. Ce sera 1 mètre 70. Je prends du poids sans pour autant devenir impor-tante. Calvaire. Mes parents me répètent : « Attends, tu verras quand tu seras plus grande. » De vous à moi, je ne suis pas impatiente. J’en vois suffisamment au quotidien. Ma préférence, oublier que le temps qui passe me fait vieillir.
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J’essaie de comprendre ce qu’on peut bien me reprocher. Peine perdue. Mon nom seul renferme déjà une contradiction. Je suis l’espoir mort. L’avenir enterré. La déception avant l’action. Tout le monde dit œuvrer pour moi. « Jeunesse » est sur toutes les lèvres. Dans tous les projets. Au cœur des promesses. Mais quand je m’approche Mes bienfaiteurs ont disparu. Ça aussi c’est ma routine. Bienvenue dans mon univers.
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