Quelque part dans la Voie lactée

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Des nouvelles envoûtantes, entre réalité et rêves. Des personnages en quête d'absolu qui doivent, pour mieux se libérer de leurs obsessions, franchir le seuil de l'expérience dans ce qu'elle a de plus déraisonnable.

Publié le : mercredi 6 mars 2002
Lecture(s) : 24
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EAN13 : 9782213673646
Nombre de pages : 168
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Table
La cérémonie du serpent
© Librairie Arthème Fayard, 2002.
978-2-213-67364-6
DU MÊME AUTEUR
ROMANS ET NOUVELLES
Un rêve de glace, 1974 (Albin Michel)
La Cène, 1975 (Albin Michel)
Les Grands Pays muets, 1978 (Albin Michel)
Armelle ou l’Éternel Retour, 1979
(Puyraimond), 1989 (Le Castor Astral)
Les Derniers Jours d’un homme heureux,
1981 (Albin Michel)
La Rose de Damoclès, 1982 (Albin Michel)
Les Effrois, 1983 (Albin Michel)
La Ville sans miroir, 1984 (Albin Michel)
Perdus dans un profond sommeil, 1986 (Albin Michel)
Le Visiteur aux gants de soie, 1988 (Albin Michel)
1989 (La Table Ronde)Oholiba des songes,
Le Secret de l’immortalité, 1991 (Critérion)
L’Âme de Buridan, 1992 (Zulma), 2000 (Mille et une nuits)
Meurtre sur l’île des marins fidèles, 1994 (Zulma)
Le Bleu du temps, 1995 (Zulma)
La Falaise de sable, 1997 (Éditions du Rocher)
La Condition magique, 1997 (Zulma)
L’Univers, 1999 (Zulma)
Mirabilia, 1999 (Fayard)
2000 (Fayard)Le Chevalier Alouette,
La Vitesse de la lumière, 2001 (Fayard)
La Belle Rémoise, 2001 (Dumerchez)
 
ESSAIS
Michel Fardoulis-Lagrange et les évidences occultes, 1979 (Présence)
Michel Haddad, 1943/1979, 1981 (Le Point d’être)
Julien Gracq : la forme d’une vie, 1986 (Le Castor Astral)
Saintes-Beuveries, 1991 (José Corti)
1994 (Armand Colin)La Danse du photographe,
René Magritte, 1996 (coll.
« Les Chefs-d’oeuvre », Hazan)
Du visage et autres abîmes, 1999 (Zulma)
Le Jardin des peintres, 2000 (Hazan)
Les Scaphandriers de la rosée, 2000 (Fayard)
Théorie de l’espoir, 2001 (Dumerchez)
 
THÉÂTRE
1991 (coll. « Skênê », Dumerchez)Kronos et les marionnettes,
Tout un printemps rempli de jacinthes,
1993, (coll. « Skênê », Dumerchez)
Le Rat et le Cygne, 1995
(coll. « Skênê », Dumerchez)
Visite au musée du temps, 1996 (coll.
« Skênê », Dumerchez)
 
POÈMES ET APHORISMES
1968 (Debresse)Le Charnier déductif,
Retour d’Icare ailé d’abîme, 1982 (Thot)
Clair venin du temps, 1991 (Dumerchez)
Crânes et Jardins, 1994 (Dumerchez)
Les Larmes d’Héraclite, 1996 (Encrages)
Le Testament de Narcisse, 1997 (Dumerchez)
Une rumeur d’immortalité, 2000 (Dumerchez)
Le Regard et l’obstacle, 2001 (Rencontres)
Petits Sortilèges des amants, 2001 (Zulma)
LA CÉRÉMONIE DU SERPENT
L’Archibastjan ne s’était jamais éloigné des remparts, fût-ce en songe, et Mireapolis avait la forme exacte de ses pensées. Mémoire et raison s’étaient depuis toujours inscrites dans le marbre vert des places et des palais. Cerné par des plateaux désertiques et des étangs de bitume, Mireapolis ressemblait davantage au ciel bas qu’à l’ennui du paysage. On eût dit certains jours une carrière de nuages ; ceux-ci s’arrachaient, informes, de leur empreinte géométrique. Mais, à cette altitude, quand l’azur délivrait ces constructions palatiales, la lumière incendiait des cristaux de sel gemme, interdisant toute vision globale de la ville. Même de la plus haute terrasse de l’Escorptium, forteresse aux allures de temple assyrien, l’Archibastjan n’en avait qu’une perspective singulière, variable avec le cours solaire, mais qui lui donnait l’heure mieux qu’un gong d’horloge : le jeu croisé des ombres dans l’éblouissement verdâtre dessinait l’instant du siècle, jour, mois et année, avec une précision tirée des astres. L’absence de toute végétation, fût-ce un arbrisseau, ajoutait à l’artifice sculptural un sentiment d’intemporalité que le travail de l’usure accusait funèbrement. Nulle ruine, toutefois ; les édifices s’alignaient au gré d’avenues et d’esplanades pavées d’un même marbre dans la solitude environnante. Des taches sombres, des craquelures et la poussière plâtreuse du désert qui entartrait chaque angle de mur évoquaient la désaffection des tombeaux.
Mireapolis était pourtant habitée, en principe. Sa construction qui remontait aux origines du culte de la déesse Fortuna, dont la légitimité semblait d’ailleurs indissociable, relevait désormais du mythe. Le premier Archibastjan en date avait été le chambellan d’un conquérant des steppes du Nord chargé de conduire les butins d’un empire à travers des territoires plus arides que la face visible de la lune. En route, risquant mille morts, mais plus riche qu’un roi dans sa solitude, le chambellan avait eu tout loisir d’oublier son maître. Bref, il s’était évanoui avec ses trésors au bout d’un monde détruit. Une montagne de marbre dominait ces confins et l’homme avait un rêve : régner sur une ville inviolée qui serait en tout son œuvre. Il avait l’argent et la pierre. Les caravaniers corrompus s’associèrent à son idée et les peuplades faméliques chassées par l’envahisseur ne manquaient pas de ce côté de la montagne. Pour s’attacher leur foi, le premier Archibastjan commença d’honorer la déesse Fortuna, inventée avec ses attributs sur le modèle des dieux barbares. Quand il fut vieux et la ville bâtie, tout avait pris un cours étrange. A l’initiale génération de bâtisseurs, décimée ou bannie, succédèrent des tribus itinérantes, guère enclines à l’enracinement. Mais quelques familles sans ressources, jusque-là condamnées à l’errance, des vieillards affaiblis, des proscrits empêchés par la maladie ou la perte de leurs montures se réfugièrent au hasard des palais vacants malgré les milices regroupant les derniers fidèles et nombre de nomades asservis. Le gouvernement de la cité, sans réel objet, avait moins d’emprise que les vents du désert sur ce menu peuple d’égarés et de transfuges.
Comme toutes les transgressions originelles, le suicide de l’Archibastjan au soir de sa vie, vieil homme stérile au regard troublé de fièvre, marqua Mireapolis d’un sceau définitif. La déesse Fortuna, dit-on, sauva la ville en inversant les signes du sacrilège, assurant ainsi la pérennité du culte. Ce qu’on appelait le Service du hasard palliait le défaut d’institution. Sans coutumes ni modes légitimes de succession, seul un droit sacré de mutation permit ainsi d’assurer le pouvoir : en l’absence d’héritage, face aux désirs épars des hommes, Mireapolis ne s’appuyait que sur l’éternité de Fortuna.
 
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