Quelques mardis en novembre

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Héléna, un prénom, une présence tout au long de ce texte. Héléna pour rimer avec l'amour, la mer et l'espoir d'un monde nouveau. Et puis il y a Rémi, l'ami le compagnon de haines, de désespoir. Il y a surtout le doute, l'amour, la haine, la mort, l'espoir ailleurs, peut-être. Et enfin il y a les autres, qui dansent, qui gesticulent, qui se courbent, qui montrent du doigt...
Publié le : vendredi 17 juin 2011
Lecture(s) : 67
EAN13 : 9782748107944
Nombre de pages : 157
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Quelques mardis en novembre
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748107950 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748107942 (pour le livre imprimé)
Eric Nedelec
Quelques mardis en novembre
ROMAN
Il attend son avocat, Maître Descombe. On l’a changé de cellule. C’est la cinquième fois en huit ans. Cela lui est égal, il reste le même. On croirait qu’il at tend quelqu’un. Il a trente ans. Au moment du pro cès, le président du tribunal a dit qu’il était jeune, trop jeune pour être désespéré et gâcher sa vie. Il n’avait rien répondu. Il attendait le verdict. Le premier juré avait annoncé la sentence d’une voix tremblante. Personne n’aurait pu dire s’il s’agissait de haine ou d’émotion. Il n’avait pas réagi. C’était sans importance. Son avocat, Maître Descombe, lui touchait le bras. C’était un de ces gestes qui l’irritait. Un de ces gestes, qui signifie que rien ne vous arrive de fâ cheux tant que d’autres veillent sur vous. Ce jour là, il l’avait laissé faire. Il lui était sympathique. Et plus rien n’avait d’importance. Il s’était battu pour lui, avait essayé de comprendre, d’expliquer. Mais il lui man quait trop d’éléments. Il n’avait rien voulu dire, s’était contenté du minimum. Il ne répondait que par oui ou non. Parfois il ne disait rien. Quelques mois après sa condamnation, il avait dit à Maître Descombe qu’un jour il saurait. Il écrirait son histoire. Son histoire et celle de ceux qu’il avait aimés, des deux qu’il avait aimés. A partir de ce jour, il n’avait pensé qu’à cela. Il passait ses journées à rêver, à at tendre, à écrire. Il n’écrivait que très peu à chaque fois. Il atten dait longtemps afin que chaque mot infuse. Il n’était ja mais satisfait. Il voulait retrouver les mêmes sensations à écrire les mots qu’il avait éprouvé à les fabriquer. Ses compagnons de cellule se moquaient de lui. Ils l’appe laient "l’intello". Mais lui ne les entendait pas. Quand il écrivait, il partait. Il était ailleurs. Il rejoignait ceux qui l’avaient quitté. Son avocat attendait avec impa tience. Il voulait comprendre ce geste de folie. Il vou lait comprendre pourquoi il n’apparaissait pas comme un coupable ordinaire. Il voulait savoir ce qui s’était passé ce dernier mardi de novembre soixantedixneuf
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Quelques mardis en novembre
Il voulait chercher d’autres explications que celles, trop simples, de la cour d’assise. Il savait que ce serait long. Il avait compris que pour lui le temps n’existait plus. Il s’était arrêté, comme une horloge épuisée. Il avait presque perdu espoir. Il était sur le point d’oublier, lorsque au milieu du printemps quatrevingtsept, il reçut une lettre. Une lettre très courte, lui annonçant que son histoire était finie. Il lui précisait que s’il était toujours intéressé, il pourrait venir chercher le manuscrit. Lorsque Maître Descombe entra dans le parloir, il vit le changement. Il n’était plus le même. Il paraissait angoissé comme il y a huit ans. Il est pressé, prend à peine le temps de dire bon jour et de répondre aux banalités d’usage. Il tend le ma nuscrit à Maître Descombe. Tenez, tout est là. Tout ce que j’avais envie de dire. Tout ce que vous auriez peutêtre voulu que je vous dise. Vous pouvez le lire, mais je ne vous force pas. Je ne vous en voudrais pas. De toute façon, moi j’ai fini, alors vous savez, ça m’est égal…  Je ne sais pas ce que tu racontes là dedans, mais j’ai le sentiment que si je l’avais eu entre les mains au moment du procès, tu aurais peutêtre évité la perpétuité. Vous faites pas d’illusions, vous ne trouverez rien d’extraordinaire. C’est une histoire simple. C’est une histoire de mardis. Ce n’est qu’une histoire de mardis. De mardis qu’on n’a pas choisis… J’ai la tête qui bourdonne, les mains moites. Mes jointures gardent en mémoire les arêtes du stylo. Chargé d’impressions bizarres, je quitte la salle d’examen. J’ai le crâne coincé entre deux mâchoires. Mes tempes résonnent, épuisées elles aussi, par ce long face à face avec quelques souvenirs livresques. J’avais attendu l’épreuve de philosophie avec une impatience orgueilleuse. Au contact des concepts et des mots qu’ils produisent, la fine pointe carbure de mon stylo glisse sans retenue.
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Eric Nedelec
Ce n’étaient pas seulement quelques souvenirs scolaires que j’engageais dans un combat inégal contre l’empire des connaissances. Mon être tout entier se livrait au combat avec passion. Le reste m’importait peu : toutes les disciplines définitives, composantes essentielles du savoir acadé mique ne me procuraient jamais le grand frisson. Elles m’encombraient tout au plus le cerveau de petits ti roirs destinés à n’être vidés de leurs maigres contenus qu’au cours de ces seules cérémonies. Il était nécessaire de subir l’enchaînement épuisant de ce "décathlon" du savoir. L’accouplement arithmétique de ces épreuves pouvait nous transformer en d’authentiques champions du savoir. Dans une semaine environ, je serai peutêtre dé tenteur d’un laissezpasser pour m’introduire en ces lieux où se pratique l’alchimie du verbe… Il est surprenant que chaque année, au moment où l’été pourrait autoriser tous les excès, une part de plus en plus importante de la jeunesse aspire à être le plus près possible de cette fameuse et ridicule moyenne. Une moyenne, qui lorsqu’elle est atteinte va se mé tamorphoser en un sceau signifiant l’entrée dans un monde d’adultes. Un monde d’adultes majuscules au quel on rêvait d’appartenir, durant ces années de doute. A la lecture des résultats, je me dis qu’il est encore tôt pour réaliser l’importance de ce qui m’arrive. J’ai la vague impression d’être heureux. Et pourtant, rien de très excitant, hormis la pré sence de ce nom. Ce nom, mon nom, timidement in crusté au milieu d’une liste. Soldat anonyme d’une ar mée en campagne, il apparaît, vêtu de quelques lettres noires contrastant sur un fond de blanc virginal. Et dans le soleil de juin les lettres se mettent à danser… Je me sens gai, léger, persuadé que bientôt tout sera différent. Je m’estime plus large dans ma démarche
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Quelques mardis en novembre
citadine. L’ombre de ma silhouette décontractée s’al longe. Elle ondule sur la chaussée. Sa noirceur donne à ma gaieté le privilège du solennel. Tout le monde est heureux. Etre bachelier, c’est une victoire. C’est la conquête de l’Annapurna des connaissances. En ces premiers soirs d’été, nombreux sont ceux qui, épuisés d’avoir supporté leurs favoris pendant une saison scolaire, explosent à l’issue des résultats. C’est comme une vague qui enfle. Le vainqueur est félicité. Conformément à la plus pure des traditions familiales, le champagne est incontournable. Les regards s’essayent à la fierté. L’émotion et les bulles tièdes ponctuent les paroles qui s’échappent. C’est curieux comme l’enfance et l’adolescence ressemblent à un parcours d’obstacles, prétextes à rote ries, distributions de quincailleries et projection d’ave nirs aseptisés. Tout commence par le baptême : le nou veauné après avoir été pesé et emballé, est étiqueté. Il peut sortir en toute protection, il porte en lui le la bel qui en fera un beau bébé joufflu. Ainsi nettoyé de tous ses reliquats honteusement orgasmiques, le fruit de l’amour deviendra fils de dieu, et pour le remercier de cet engagement solennel, il sera décoré, médaillé, contrôlé, fiché. Enfant, je n’avais pas eu à souffrir de ces carna vals réguliers où pour mieux s’identifier on se pare de blanc. Je n’avais été que le témoin des ces mascarades et en avais retiré la conviction que rien n’est plus humi liant que d’être noyé au milieu du troupeau. Les festi vités familiales achevées, les nouveaux reçus ont soudain bénéficié d’une grande liberté pour organiser et parti ciper à de multiples et éprouvants arrosages. Tout, dans ce mois de juillet hésitant respirait la nouveauté, l’aboutissement. J’avais la sensation de m’être débarrassé d’une carapace étouffante. Victor m’accompagnait souvent dans ces soirées délirantes. Il était un des rares avec qui je parlais. Il m’écoutait. Nous
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