Qui d'autre que toi ? (Harlequin Prélud')

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Qui d'autre que toi ?, Dallas Schulze

Colleen hésita entre les larmes et la révolte. Comme son mariage avec Gun était loin de ce dont elle avait rêvé... ! Quand elle avait saisi sa chance de séduire enfin Gun - l'homme dont elle s'était toujours juré de devenir la femme, mais qui jusque-là s'était entêté à ne voir en elle que la soeur intouchable de son meilleur ami - , elle n'avait pas imaginé qu'elle se retrouverait, certes, mariée, mais juste parce qu'elle était enceinte de lui. Allait-elle supporter de vivre ainsi auprès d'un mari adoré qui, loin de lui rendre ses sentiments, semblait ne l'avoir épousée que par devoir vis-à-vis de son frère ? Pourtant, elle ne voulait pas d'autre homme que lui ! Qui d'autre aurait-elle pu aimer aussi passionnément ? Alors, elle ne voyait qu'un moyen de pousser son destin : tant qu'elle n'aurait pas réussi à éveiller chez Gun cette passion dont elle refusait de priver son mariage et son coeur, elle ne lui ouvrirait pas son lit...

Publié le : lundi 1 février 2010
Lecture(s) : 8
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280288583
Nombre de pages : 320
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Chapitre 1

Elle allait mourir.

Colleen Bryan posa une main sur le tronc robuste d’un pin, et contempla le tourbillon blanc de plus en plus épais qui l’enveloppait, tâchant de reprendre son souffle. Son champ de vison se limitait à quelques mètres autour d’elle. C’est-à-dire à presque rien.

Elle frissonna en sentant la morsure du vent transpercer le tissu de sa veste bien trop légère. Elle n’était pas équipée pour une randonnée en plein blizzard. Mais, pour tout dire, elle ne s’attendait pas à devoir affronter le blizzard aussi tard dans l’année.

« Dans le Wyoming, il vaut mieux se préparer à tout. »

La voix de son père résonna si clairement dans sa tête, que Colleen scruta les alentours, comme si elle s’attendait à voir sa haute silhouette surgir tout près d’elle. Mais il y avait déjà huit ans que Patrick Bryan était mort. Elle battit des cils pour se débarrasser des flocons de neige qui s’y accrochaient, et s’efforça de s’éclaircir les idées.

Elle allait mourir. La pensée lui traversa l’esprit une nouvelle fois, accompagnée non par la peur, mais par une vague indifférence, presque un soulagement, comme si ces mots n’avaient aucune signification. Elle était tellement fatiguée. Elle avait l’impression de lutter depuis des jours contre les éléments, alors qu’il n’avait pas dû s’écouler plus de quelques heures depuis le début de la tempête.

C’était la neige qui l’avait réveillée. Des flocons blancs et glacés, aussi légers que du duvet, qui tombaient en tourbillonnant sur son sac de couchage. Elle n’était peut-être pas prête à affronter le blizzard, mais elle avait passé toute sa vie dans le Wyoming et elle était consciente du danger que représentait cette chute de neige et les lourds nuages gris qui s’amoncelaient dans le ciel. Elle n’aurait pas le temps de retourner à sa voiture, c’est sûr, mais il y avait un refuge non loin de là. Si elle parvenait à l’atteindre…

Cependant elle commençait à avoir des difficultés à se rappeler pourquoi elle luttait autant. Alors qu’il serait tellement plus facile de s’allonger, et de s’endormir… La neige avait l’air aussi douce et confortable qu’une couverture de laine blanche. Et Colleen avait froid… tellement froid.

Fascinée par le tapis blanc qui s’étalait sous ses pieds, elle fit encore un pas en avant. Oui. Elle allait s’allonger dans le creux qu’elle voyait juste devant elle. Elle y serait bien. La neige y semblait plus douce et plus épaisse, un peu comme un matelas de plume moelleux. Un autre pas, mais son pied glissa et elle dérapa brutalement. Elle parvint à garder l’équilibre, mais la secousse lui fit éprouver une vive douleur dans la jambe gauche. Elle se retint de crier et se cramponna à un épais buisson pour ne pas tomber.

Colleen se tint immobile un instant et attendit, immobile, le souffle court, que la douleur disparaisse. Celle-ci avait transpercé la brume qui lui engourdissait l’esprit, comme un couteau affûté s’enfonçant dans une masse gélatineuse.

Tout à coup, la neige ne lui paraissait plus aussi douce ni aussi accueillante. C’était une masse glaciale et dangereuse dont il fallait s’éloigner à tout prix. Elle comprit que si elle s’allongeait ou si elle tombait, elle ne se relèverait plus. Elle allait mourir là, seule dans la montagne. Dans le froid.

Et elle ne voulait pas mourir.

Mais elle n’avait peut-être pas le choix, songea-t-elle, avec l’ironie du désespoir. Toutefois, il n’était pas question de s’allonger et de laisser sa vie lui échapper sans même lutter pour la retenir. Ce n’était pas dans son caractère. Si la tempête voulait sa peau, elle trouverait à qui parler !

Elle s’obligea à lâcher prise et s’écarta doucement de l’arbre, continuant d’avancer d’un pas lourd et incertain. Elle s’efforçait de faire porter le poids de son corps sur la jambe gauche, ce qui réveilla sa douleur, et lui rappela du même coup qu’elle était vivante et qu’elle devait se battre pour le rester. Depuis qu’elle avait eu son accident, cinq ans auparavant, c’était bien la première fois qu’elle bénissait cette blessure et les séquelles qu’elle lui avait laissées !

Le chalet ne devait plus être bien loin. Quand elle l’aurait atteint, elle n’aurait plus rien à craindre. Il y avait un petit poêle rond à l’intérieur, et les visiteurs laissaient toujours des bûches entassées sous le porche à l’intention des occupants suivants. Elle pourrait se réchauffer et attendre à l’abri que la tempête se calme.

Mais était-ce la bonne direction ?

Plissant les yeux pour se protéger des flocons, elle scruta le paysage enneigé. Partout ce même blanc opaque d’où émergeaient les troncs sombres des arbres. Elle ne se faisait pas d’illusions. Aveuglée par la neige, elle pouvait très bien passer à quelques mètres de la petite cabane sans même la voir.

Elle trébucha contre une pierre cachée par la neige, et tomba à genoux. La douleur qui se propagea tout le long de sa jambe fut si aiguë qu’elle poussa un cri qui déchira le silence ouaté tout autour d’elle.

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