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Qui j'ai aimé

De
156 pages

Anna est convoquée un soir chez sa meilleure amie. Cette dernière, qui vit seule, semble avoir un besoin urgent de parler. Elle lui raconte aussitôt, dans des termes exaltés, sa passion pour Harold, un très jeune homme, passion à laquelle elle veut encore croire à tout prix. Anna, qui vit paisiblement auprès de son compagnon depuis des années, demeure sceptique. Ce jeune designer dont l'autre lui parle comme d'un " enchanteur " ne se serait-il pas moqué d'elle ? A quoi joue-t-elle en faisant miroiter à chaque étape de son récit ce désir pour lui, toujours si vif ? D'où lui vient cette joie comme neuve ? Et que s'est-il passé entre eux véritablement ?





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CATHERINE CLÉMENSON
QUI J’AI AIMÉ r o m a n
ÉDITIONS DU SEUIL e 27, rue Jacob, Paris VI
ISBN9782020908191
© Éditions du Seuil, février 2008
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www.seuil.com
Le haut sommeil fut rompu dans ma tête par un éclat de foudre, Et je repris mes sens comme quelqu’un qu’on réveille de force.
Dante,L’Enfer, Chant IV
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Harold est en Italie. Le jeune prince chevauche les collines. C’est la première fois que Berlioz dans une symphonie donne à son personnage la primeur dans la totalité des mouvements. Elle entend l’alto solo, les remous et les élans incomparables de l’âme du prince. Ça lui rappelle quelque chose. Elle sait par ailleurs qu’il aime à se laisser bercer dans les trains de nuit. Mais à cheval sur les chemins escarpés ou endormi dans sa couchette de seconde classe, il ne pense plus à elle. C’est de cela dont elle a peur. Elle me dit : « Ce matin je lui ai envoyé un texto, pour m’assurer qu’il est toujours vivant. Trois ans que je me tais. J’attends sa réponse. Tu sais, son scooter est pourri. Des roues lisses, il a des accidents. Un vieil engin. Un soir où je l’ai appelé, il venait de tomber, il avait le portable dans une main et la bécane dans l’autre. “J’ai les mains pleines de cambouis… elle perd de l’huile. Ça a été chaud !” Il s’était fait mal à une jambe, le jean déchiré au genou.
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Essoufflé, il parlait par bribes, entrecoupées d’un petit rire qui voulait dire le peu d’importance de l’incident, le peu d’importance de tout ce qui pouvait lui arriver, la fatalité mauvaise qui s’acharnait sur lui sans pour autant que ça l’affecte outre mesure, tout ça était si dérisoire, la vie… une entourloupe dont il fallait sans cesse se dépêtrer. Peutêtre pas un héros… et pourtant… » C’est curieux qu’elle se mette aussitôt à me parler de la mosaïque de l’entrée de l’immeuble d’Harold. « Oiseaux de paradis », ditelle, et qu’elle uti lise ce qualificatif pour définir ces paons qui déploient leurs queues somptueuses dans l’entrée de ce modeste immeuble 1930. « C’est aux antipodes tout ça. Aux antipodes, la lumière rouge le soir en été sur l’immeuble de briques en face de chez lui. Une barrière de feu. Un périmètre sacré. J’ai eu la chance – c’est ainsi qu’elle en parle – d’avoir accès à la chambre du prince deux fois ! Regarde sur mes genoux, j’ai les Mots qu’il m’a écrits, là, dans cette pochette, j’ai aussi un CD de Domi nique A, qu’il m’a donné, et dans ma chambre le Collier qu’il m’a offert. Le vin, c’était la première fois et nous l’avons bu, mais j’ai jeté la bouteille. La photo, je l’ai perdue. »
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« Merci d’être venue ce soir, Anna, pour m’écouter parler de ces choses insignifiantes. Toi, la physicienne qui m’a expliqué un jour au lycée que ce qui fait décoller la lourde carcasse de l’A 380 c’est qu’il avale 1,25 tonne d’air par seconde et qu’il la rejette à 1 600 km/h… Une telle compression ! Mais de ce que j’éprouve, aucun instrument de mesure existant n’est apte à en rendre compte, sauf de toi à moi ce bruit que font mes mots, cette drôle de musique qui sort de ma bouche jusqu’à ton oreille. Ma mère s’est tue, elle, et elle n’est pas morte, non, juste qu’elle n’a plus la force. Plus de matière, ni de densité osseuse suffisante. Plus de masse musculaire. Plus assez de souffle. Plus rien à dire peutêtre. Parler haut pour être entendu, articuler, mettre sa langue bien où il faut et prendre sa respira tion, pour ensuite jouer avec si peu d’air, quelque part entre le larynx et les cordes vocales, ça demande beau coup de force. Et aussi de se souvenir. Sa mémoire a
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glissé je ne sais où, silencieuse comme une barque sur l’eau noire. Seuls ses yeux brillent et me regardent. Me voientils ? Aïe, aïe, aïe… Vite. Moi aussi je deviens poreuse, mais j’ai encore de la force. Allez, musique, musique,sonnez tambours, résonnez musettes, pour une chanson de grâce ! Oh, Harold ! »
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