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Ragad

De
153 pages

Dans l'avion qui me ramène d'Istanbul le sentiment étrange d'avoir été multiple, goéland idiot que l'univers n'a pas concerné, ou a déçu, peu importe. L'univers dans toute sa splendeur, l'univers despote, intransigeant. L'univers quoi!

Publié par :
Ajouté le : 16 juin 2011
Lecture(s) : 103
EAN13 : 9782748101447
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Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comRagad© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0145-6 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0144-8 (pour le livre imprimé)DominiqueOlivain
Ragad
L’enfant qui dort
ROMANà…
Dans l’avion qui me ramène d’Istanbul, le sen-
timent très étrange d’avoir été multiple, goéland idiot
quel’universn’apasconcernéouadéçu,peuimporte.
L’univers dans toute sa splendeur, l’univers despote,
intransigeant. L’univers quoi !
Au-delàdelasomnolence,retenirdesphrases
sourdes qui heurtent et vous accompagnent loin des
doux rêves que vous avez laissés ici ou là bien avant de
partir. Tout simplement, vous ne pouviez pas rester,
vousavezréfléchiunmoment,vousavezoubliédevous
expliquer, vous n’aviez plus le temps et ainsi de suite…
Vous venez de vous sentir coupable de voler… tricheur
éthéré, vousêtessuperbe. Voustendezdesmotssurles
murs du salon de l’ennui et vous sortez sans refermer
la porte. Vous aimez votre démarche. Le bruit de la
cabinefaitlereste,vousaimezcesdouxmélanges…
Parlerdutemps. Decequiplaît,decequidéplaît.
L’univers tel qu’il devrait bien se présenter dans toute
sa complaisance. Indulgent enfin, et tendre… tendre,
oui,infinimenttendre. Peutêtresanspitié.
Qu’ai-je à faire ici de la condescendance ? Nar-
cisseébahid’avoirpuàcepointêtreinopportun. C’est
toujourspourmoil’îledeRé,l’îlequel’onsurvole. Le
langagepersisteàdélesteruncourtinstantlefaiseurqui
se l’approprie. Pourquoi changer une virgule, un ac-
cordàcequiapaise,quisoulage…cequiraconte! Don-
ner aux souvenirs la fraîcheur des mots, leur véracité,
se tenir à cela, uniquement à cela. Voilà ce vers quoi
je vais tandis que le flacon d’encre a des reflets irisés,
se trouble, se perd au doux mélange du ciel. Le sable
conjugue un instant le bleu étonnant de cet espace of-
fert du firmament vu d’ici, comme par un rapproche-
ment suspect. Il fait bon de ronronner longtemps, le
corps reposé aux délices du temps. Un impotent doué
7Ragad
d’une incroyable capacité d’adaptation. Un lâche, en-
fin au centre d’une histoire compliquée faite pour des
sentimentssimples. Voilàcequejesuis,cequejecrois
être pour avoir vu passer les jours, un à un, au travers
desjalousiesquej’avais,seul,poséescontrelesoleil. Le
jaunissementdetout,cefutlàunedemesgrandespré-
occupations. Le jaunissement de tout. Tiens, j’allais
écriredetous! Tous! Argumentsparmilesmeilleurs,
mes paliers de vie, chacun d’une promenade sans fin.
Quelbonheurquelesautresaientpuàcepointexister!
Et quels déchirements !
Aller puiser dans ces cassures de quoi vivre, sur-
vivre. De quoi nimber méthodiquement l’univers de
cette douceur exquise aperçue un matin d’il y a long-
temps. Bien avant Istanbul ! Bien avant les voyages !
Bien avant l’enfance.
J’ai peut-être vécu comme devant un puzzle que
seul je n’arrivais pas à terminer. Comme devant mille
etuntonséparsaux a priori incohérents.
J’ai vu longtemps ces paysages mosaïques du pays
d’où je reviens, ils prirent des tons d’odeurs, de sen-
teurslongues. Jem’ysuisarrêté,oui,arrêtéunesaison
avecl’amour,l’essentiel,celuiquiretient. Quirecom-
mence…celuiquipermet? Vécuavec,aufonddemoi,
lacertitudequejamaisjenel’achèveraivraiment,cejeu
de patience là, convaincu que j’étais, que dès le début,
unepièceàlafinmemanquerait. Quec’estcellelàque
j’avaistoujoursrecherchée,quejel’avaistenuemille et
une fois entre mesdoigts, que je l’avais laissée s’échap-
per, qu’elle avait glissé, s’était égarée ou tout simple-
mentqu’ellen’avaitjamaisétédanslaboîte,qu’elleavait
toujoursfaitdéfaut. Qu’ilfaudraitfairesans.
Detropnombreusesfois,parlasuite,mavies’ar-
rêta à ce moment-là de la pièce manquante du puzzle
éparpillésurlatableetjesavaismalgrémoiquejen’irai
8Dominique Olivain
jamais au terme de ce paysage, de ces traits, cette har-
monie, ce sourire, cette voix.
On me fera le reproche de n’avoir rien rangé.
Brouillon ! Voilà bien le mot, brouillon ! Savez vous
quejereviensd’unpaysoù ledésordreestuneculture,
L’amoncellement une grammaire. Un pays qui va, qui
respire,quiritcommejevais. Commej’allais.
J’aisuaccommoderlagravitéaimabledesexcuses.
Mes efforts avec le temps ne devaient en aucun cas être
inutiles. Circonstance de la vie qui consiste à épouser
l’autre avec cette opiniâtreté qu’on ne rencontre que
chez les fous et leurs soigneurs, cet enracinement dé-
charné qui concède seulement à l’obsession de vouloir
plaire,devouloirséduireetretenir,jeparledel’amour
à tout prix et réactive au présent toutes les données,
fussentellesfugitives,d’undramequel’éloignementne
peut et ne doit en aucune façon résoudre. Il n’y a pas
d’espaceàl’amourquitiennelieu d’histoires.
Aimer se conjugue simplement. Beaucoup plus
simplement qu’on ne le croit.
J’aiditmillefoisjet’aimeàdesêtressicharmants
qu’à ne pouvoir les posséder, les étreindre, un vent si
peu amical me poussa lentement vers cet entre-deux
mondesoùenfinjesuscequ’aimerveutdirederespect,
d’attention,decrainte,d’oublidesoietd’abandon.
Quelques heures, puis Bordeaux. L’idée de
vouloir réunir tous les amis du théâtre n’est pas de
moi et cela me convient d’une certaine façon. J’aime
à me plaindre et savourer mieux ce qui semble tant
une contrainte et m’absout de toute raison à donner.
L’idée est de Mathieu.
« Sois au moins présent le jour du club de la
presse, je m’occupe de tout. »
Detout! Cetexte,ill’avaitfaitsienetcelam’avait
arrangé. Je n’avais rien su de la mise en scène et je ne
connaissais plus ses acteurs.
9Ragad
«Lethéâtre,allez,c’estcommelereste,audébut,
onoublietout,onselaissealler. S’agitpasdetrouverles
mots,non,lesmots,onvouslesdonne. Onvousdonne
même parfois que ça, parfois. Et puis, il faut trou-
ver le rythme qui va avec. La musique, si tu préfères…
et là, l’instrument c’est nous, c’est toi, c’est moi. On
y passe un temps qu’on n’avait même pas soupçonné.
On est aussi quelquefois maltraité, je l’ai été, j’ai joué
faux. Lui, il ne s’ en ai pas rendu compte, il n’enten-
daitqu’une voix,lasienne,l’arbitraire,cellequ’ilavait
imaginée, un soir dans un café, avant de s’endormir.
Alorsçapouvaitpasmarcher. Cequ’ilavaitrêvéluiap-
partenaitmaiscen’étaitplusduthéâtre,c’étaitcetemps
quipasse,tropvite,cessoiréesoùonseditgénialpour
oublier que la mort est tout près, qu’on a pas tenu ses
promesses,qu’ilfaitunoutpetitpeuplusfroidetquesi
onveutàsontourlesabrerl’automned’uncoupdécisif
de la dérision, il faut bien se dépêcher de le terminer
cescénario. J’enaiclôturédessaisons,trop,peutêtre,
toutes pêle-mêle, sans parfois le ressentir ce moment
magique qui traduit une fois pour toutes les prouesses
del’insensé. Ilfautbienquelamagiesecasse. J’ailuça
quelque part un jour et je sais bien maintenant ce que
cela signifie. Oui, je le sais !
J’ai cru que quelque chose restait au théâtre, que
quelque chose se fixait, un peu comme un sédiment.
Vousvoyezcequejeveuxdire! Lecalcairesurlelinge.
Etbienmoi,cetrucjel’aisouhaité,maisintensément,
parce que j’en avais marre du plus blanc que blanc, et
que je voulais que mes chaussures s’enlisent, je voulais
des traces. Des preuves.
Mêmeconfus,jevoulaisdessouvenirs. J’étaissans
exigences. Traces des affiches de ma vie comme autant
derides,d’êtresaimés,commeautantd’enfant. Liresa
vie comme son nom sur des parchemins atterrés, sa vie
pas débonnaire, sa vie qui… »
10Dominique Olivain
Elle reprend son souffle. Son souffle, métrono-
miedujeu.Actepremier,toutcedontjemesouviens
et que je pourrais écrire mot à mot.
« Je parle, je parle et je fais n’importe quoi.
Comme ça les yeux ? Dites, entre nous, moi je crois
qu’il faut que ça paraisse, que ça soit plus soutenu, il
faut en rajouter. Trop souvent c’est pas assez. Peut
être il n’ose pas ou alors, il voit pas. (un temps) C’est
un auditif. Tenez, je suis persuadée qu’on pourrait
le faire bouger. Si je l’écoute, mon maquillage passe
tropfacilement,tropfluide. Beaucoup,beaucouptrop
de magie entre dans la composition du théâtre. Il fait
soutenir l’inspiration, il faut souligner la peur comme
d’untraitdecrayon. Ilfautaffadirladétermination,il
nefautrienlaisserauhasarddel’artifice. Laissercroire
que tout est faux, exagéré, sinon comment retenir,
apprivoiser ?
L’attention dans la salle vagabonde, ça s’entend ;
ellebruisse,c’estplusépuisant,plusdangereuxaussi.
Avez vous entendu une salle tousser ? Des sièges
craquer ? Toute au plus une saute d’humeur ? Et puis
à nouveau ce vacarme étourdissant. Vous voulez fuir et
vous ne pouvez pas ; vous êtes rivé à votre personnage.
Il vous tient
Prenez garde aux signes avant coureurs, prenez
garde aux prémices, ilsne trompentpas!
S’il existe un lieu où bafouer l’échappatoire est
essentiel, c’est bien au théâtre qu’il existe… le théâtre
est l’espace véritable qu’il reste à la mémoire. Elle y est
inaltérable.
Apprendre parcœur! Vousvousrendezcompte,
j’apprends ma vie par cœur. Et je peux tout restituer à
tout moment. Quelques éclairages, même mauvais, un
théâtre,mêmepasunescène,etc’estparti. Jevousdirai
ma vie par cœur. Ca vous tente ?
(silence)
11Ragad
OK ! (un temps) Vous n’avez pas entendu une
porte, je croisque quelqu’un vient».
La voix dans ce repli tranquille du fauteuil. La
voixquisignedesengeancescomme desbonsàtirerde
l’ennui, ceux qui font avancer. Il n’est pas nécessaire
desedemanderquelthéâtreconvient,maisbiencequi
convient au théâtre, comment l’alimenter ce petit es-
pace clos plein de codes et de rigueurs qui se targue de
la raconter lavie, untoutpetitpeu de vie.
Je ne reviens pas pour vous. Je suis ici parce
qu’une lettre de Görb, lettre épuisée, lente et dolente
m’annonce plus que le plaisir enfin de me revoir la
mortd’uneamiesurvenuecemoisdejuilletlà.
Uneamieduthéâtreetd’ailleurs,unefemmeélé-
gantedansmatêteetmoncœur,aperçuepourtoujours
les pieds dansle sable comme pour une caresse tiède et
qui est venue vers moi avec ce sourire qui attache, qui
noue,quifabriquel’amour. Uneexcellencedeséduire
etdesourirepleinement,commeontire,àvue,unsoir
de pleine lunequelessensàl’unisson,etc.etc.
Mondieuquejel’aiaiméecettefemmelà! Ende-
dansetaudehorsdemesmots,demesexigencesidiotes
de mots ! En deçà de mes mains, mes bras, mon dos,
mes reins, comme je l’ai aimée ! Aimée comme au-
jourd’hui seulement j’aime enfin ! Dans le courant
de mon être, le flux adorable de mes vertiges. Aimer
jusqu’àavoiroubliéd’écrire. Ecrirequ’onaimait.
Lettre lourde de Görb qui vous parle si mal de
vous. Lettredumalgrétoutgriffonnéesuruncoindela
table, celleque vousportez jusqu’au boutde vosongles
arrêtés. Lettre sourde du père.
Les nouvelles ne viennent donc pas de la mer et
le Bosphore charrie mes peines océanes que le sable a
12Dominique Olivain
filtré, sournois. Comme le vent au-dessus des Balkans
psalmodie parfois de lourdes litanies au passeur sourd
qui n’en revient pas d’apprendre là que la mort aussi à
desalluresdetutoiement. Quelesdistancesnesontpas
ce que les hommes les font… quelque arpent qu’à ge-
nouxpéniblementl’ontraverse,mondequeles
hirondelles d’un pas ont franchi comme on le fit sans
doute, hier encore, insouciants et frêles d’un premier
été. Partout, le sable est insidieux, il s’abîme aux pro-
positions de vos songes neufs. Partout le sable diffère,
il éloigne.
Lesnouvellesneviennentpasdelamerdisentles
brumesretenuesdecettepartie-làdelaCorned’Oroù
nous venons souvent nous perdre, à deux pas de géant
de la ville qui n’en finit pas.
N’enfinitpasdenousdirequenoussommesdans
levraipuisquenousnousadorons,nousnousobservons
chaquefoisquenousnousvoyonsavectoutl’artificede
cerespectmutueldontnousavonsfaitnotrelangue,nos
codeset notregéométrie ; puisquenousavonslesmots
à portée de lèvres comme autant de sourires attendus.
Puisque…
Görb, Tarik, le théâtre. Dans quel ordre ? Ou
bienétaitceTarik,lethéâtreetGörb? EtGörb! Achè-
vement de tout ça. Et Görb ! Pourquoi ne pas écrire :
etTarik? Enfiniraveclavie. Entendezmoibien : fi-
nir avec la vie. N’avoir qu’elle, partout et tout autour
de moi. Comme un air, comme un souffle. Une bise.
Tutoyer la vie, il faut tutoyer la vie, copiner avec elle,
avec elle rire, mais rire bêtement comme d’une mau-
vaise blague.
La douceur dela vie lorsqu’elle nedemande qu’à
étreindre ! La compagne !
« Regarde, on dirait un marchand de glace ! Si,
tous ces couvercles ! Hémisphères de laitons, coupole
en mal de fruits comme des frissons charnus où les
13Ragad
langues s’arrêtent, vont et viennent. Ce bleu, cet or !
Je te jure que l’ai déjà vu ça dans un bouquin. Les
mosquéescomme des raisonsventruesque l’on soulève
pour en tirer les parfums d’avant. Les charmeurs,
ceux qui subjuguent. Café ! Framboise ! Cassis ! Le
cassisfleur du jardin tinte comme à deux doigts de la
mélopée. Il fait bon, il fait tiède quand on est aimé !
Tiens, aux sources du temps à peine remontées, à
deux doigts des fontaines exactes, aurions nous enfin
déniché des raisons de comprendre ? Comprendre
quoi ? »
Et l’odeur ! L’odeur ! Les mosquées dans le ciel
pleuvent comme autant de dômes soulevés à l’impres-
sion de nos yeux régalés
Le marchand rêvé de Galatta revient comme un
vent qui porte enfin le nom d’une des caresses fonda-
mentalesdontchaquehommeaà se souvenir.
Le marchand rêvé de Galatta est aussi marchand
de couleurs, faiseur de soleil ; il incombe de ne jamais
oublier ses cornets mentis et ses parfums exagérés. Le
marchand de glaces de Galatta aurait pu écrire, dire…
réciter tout cela.
Tarik, ton éclat de rire me revient par milliers
et se brise le cornet dans ma main laissant la fraise
et l’amande glisser lentement entre mes doigts collés
comme un stylo que l’on casse et que l’encre dévore et
assèche.
Tarik, retiens encore quelques unes de tes joies !
Retiens, s’il te plaît, laisse moi deviner pour deux le
temps venu de te revenir !
Dansquelquesheures,toutcemonde! Commeje
suispeufaitpourlafoule! Ellem’enveloppe,metraîne,
mesoudoieetm’élimine…ellem’effaced’unedouleur
lente de gomme. Préférer une soirée à deux, à trois.
Lenombredissout,ilestompe. Jevaisarrivertroptard
et je déteste ce tumulte là qui se perd en répétitions
absurdes et lancinantes, qui s’essouffle au désagrément
14Dominique Olivain
obligé des confidences, des embrassades sans retenues
etdespolitessesfeintes. Jedétesteêtremondainetcette
occasion là du théâtre.
Une heure ou deux, avoir à parler dans ce brou-
haha. Parlerdequoi? Derien,decettepiècequejene
reconnaispas,d’uneémotionancienneetfadequis’at-
tarde sur une cinquantaine de pages et qui n’arrive pas
à sortir, qui trébuche. Les mots ont depuis longtemps
vécu leur émancipation, les mots de moi sont si loin,
quejenepeuxlesraconter,voyageurfatiguédepaysages
accumulés,superposésdansdesmécanismesvains.
Quelquesmotsperdusdansdu champagne. Ilya
si longtemps que je n’ai bu d’alcool avec plaisir, le vin
de Lalelli arrache, il assoiffe. Celui-ci m’égare et me
retrouvecommeunvoleur. Laissezmoiletempsd’aller
vers vous. Ne voyez-vouspas que je vaisà tâtons ? Que
je cherche encore où passer au travers de vos regards ?
M’enfuir par une porte de derrière, loin du bruit, des
amis,duthéâtre,decesarrangementsdemotslà. M’en-
fuirenfin,nepasassister. Commeavant,tournerledos
aux premières !
Plus loin, Görb m’attend dans le silence, son si-
lence. Jesuispartidepuisunan,unjour,peuimporte.
Ilconnaîtlesvoyages,letempsqu’ilfautàlesapprivoi-
ser… l’ombre de mille colonnes sur le jardin défait et
le cri sourd des vallées oubliées comme la vie au fil de
l’écriture… il connaît tout cela pour avoir, il y a trop
longtemps,faitluiaussi,lepéripledansl’autresens. Il
yatantd’années,iln’enajamaisparlé. Venutravailler
en France. Görb l’inconnu. L’inopportun.
Autour de latable, l’ontaira lacohue,la lumière
du matin sur la rive orientale, le soleil au-dessus des
mosquées,lessouks,laprogressiontroprapidedesévé-
nements, la vie politique, l’information parvenue en
Europe de la torture et du régime des prisons, la po-
litique, ce que l’on a retenu de l’intégrisme et qui fait
peur,deTarik. Jementirai,on réinventera leprésent,
15