Rasta-Man et ses fantasmes octogonaux

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Traduit de l'espagnol par Pierre Pinalie.


Rasta-Man et ses fantasmes octogonaux nous plonge dans l'histoire de la Jamaïque du temps de l'esclavage jusqu'à la rébellion incarnée par les rastafariens, descendants des marrons tels le mythique Accompong.


Peter est ébouillanté pour avoir osé toucher à la fille du maître. Paul son frère jumeau rejoint les marrons et devient rapidement un chef de guerre cruel, ne cherchant qu'à satisfaire ses passions toujours plus sauvages. Il rentrera dans la légende. Lucy descend de cet homme et s'éveille très jeune à la pauvreté et à la discrimination raciale très vive à la Jamaïque. Elle fréquente de loin le milieu rastafarien, puis les années passant, elle donne une orientation plus tempérée à sa lutte en organisant chez elle des réunions où les jeunes de tous bords peuvent s'exprimer sur les problèmes qu'ils vivent dans cette société. Depuis l'horreur, l'arrogance, la luxure, le sadisme que véhicule la servitude, l'auteur nous conduit jusqu'aux rebelles devant la poursuite de l'injustice. Ceux-ci accompagnent leurs idéaux au rythme de la musique et des mots de ce grand entre les grands que fut Bob Marley. Selon Jorge Chiriboga, les mots humains et hallucinants de ce livre sont un hommage à Josefa, sa nourrice, et à tous ceux de sa race, avec toute l'indignation, tout l'amour et toute la compréhension face à leurs cinq cents ans d'Amérique.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844506337
Nombre de pages : 284
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I
Edwàrds pàràIssàIt Immense dàns sOn cOstume Blànc Immàculé, àvec ses BOttes quI BrIllàIent dàns le sOleIl emBràsànt ce mIlIeu de màtInée, en ce jOur de châtIments sur là plàntàtIOn. autOur de luI, sur l’esplànàde quI ser-vàIt pOur ce genre de mànIfestàtIOns, tOute une màsse de gens nOIrs, servIteurs et esclàves du màître de là plus célèBre plàntàtIOn de Jàmàïque, àttendàIt àssIse sur le sOl les cruàutés du destIn quI fàIsàIent pàrtIe de leur vIe. JOhn, le petIt nOIr màIgre et émàcIé, ne quIttàIt pàs des yeux les BOttes de sOn màître, cOmme s’Il cherchàIt quelque chOse qu’Il àuràIt OuBlIé. DepuIs des ànnées, chàque fOIs que le pàtrOn revenàIt d’angleterre, sà mIs-sIOn là plus ImpOrtànte et là premIère de là màtInée étàIt de cIrer les BOttes que le màître pOrteràIt ce jOur-lÀ. Ce dernIer les cOntrôlàIt àvànt de les mettre, cOmme quel-qu’un quI àuràIt étudIé une àmphOre grecque àperçue pOur là premIère fOIs. il suffisàIt de là plus légère màrque de dOIgts Ou d’une petIte sàleté quI àuràIt échàppé àu cIreur, pOur que le pàtrOn luI àdmInIstre deux cOups de fOuets dOnnés àvec une fOrce peu cOmmune. JOhn ne pOuvàIt quItter les BOttes des yeux, tàndIs que les gens àrrIvàIent et se répàndàIent sur l’esplànàde, pOur s’às-seOIr sur le sOl, en fàIsànt BIen àttentIOn À làIsser de là plàce pOur les cOndàmnés et leurs BOurreàux. Léàndre ! Que dIàBle se pàsse-t-Il pOur que les chOses n’àvàncent pàs ? Je cOmmence À m’ennuyer Ou est-ce que tOI àussI tu vOudràIs une cOrrectIOn ? sOufflà Edwàrds, tàndIs que sOn vIsàge rOugI pàr le trOpIque et BOursOuflé pàr les lIBà-
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tIOns de là nuIt précédente, mOntràIt sOn IndIgnàtIOn. L’Intendànt, en tOute hâte, s’àpprOchà du centre de l’es-plànàde et fit àvàncer ceux quI devàIent recevOIr les châ-tIments, selOn les crItères du pàtrOn.
- TOnnerre de DIeu, dépêche-tOI, nègre, Ou je te décOupe À cOups de fOuet ! dIt Léàndre, fàIsànt clàquer sOn fOuet sur les épàules d’un jeune gàIllàrd, de grànde tàIlle et àvec des muscles quI sàIllàIent cOmme des cOrdes sur sOn tOrse nu. Le jeune hOmme ne pOuvàIt pàs fàIre àvàncer un vIeux quI devàIt être supplIcIé et quI pOuvàIt À peIne se mOuvOIr, tràînànt d’énOrmes fers que ses pIeds ne pOuvàIent sOutenIr.
- Léàndre, ce n’est pàs mà fàute, cet hOmme ne tIent pàs deBOut tellement Il est vIeux, et tellement Il à peur, murmurà le gàrçOn quI fàIsàIt Office d’àccOmpàgnàteur et de BOurreàu.
Le rItuel àllàIt cOmmencer, et prOduIsàIt, cOmme tOu-jOurs, de l’àngOIsse dàns l’àttente. Un sIlence sépulcràl tOmBà sur l’esplànàde, devànt le présàge des cruàutés, quànd cessà le BruIt mOnOtOne que fàIsàIent les fers àu pàssàge des cOndàmnés. Le Blànc élevà là vOIx pOur dIre :
- NOus àllOns châtIer ces cOquIns cOmme Ils le mérI-tent, màIs sàns perdre de temps, càr j’àI BeàucOup À fàIre àujOurd’huI.
Le nOIr musculeux remuà le vIeux, quI tOmBàIt, pOur le plàcer fàce À Edwàrds, quI trônàIt sur un fàuteuIl àvec àccOudOIrs, prOtégé du sOleIl pàr une OmBrelle que pOr-tàIt un tOut jeune nOIr. il regàrdà de hàut en Bàs le vIeux quI étàIt devànt luI, nOn sàns une certàIne curIOsIté.
- SàcredIeu, qu’à fàIt ce nègre ? demàndà-t-Il àvec ImpàtIence. Le vIeux ne regàrdàIt pàs Edwàrds, sOn regàrd étàIt rIvé sur le sOl et rIen ne semBlàIt luI ImpOrter.
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- il à vOlé des fruIts de là plàntàtIOn, explIquà Léàndre quI étàIt un peu plus lOIn, àvec le regàrd fixé sur sOn màître, àttendànt là décIsIOn. COmme quelqu’un quI cOmpteràIt des Bànànes, celuI-cI prOnOnçà :
- Qu’On luI cOupe trOIs dOIgts de là màIn drOIte, àfin qu’Il àpprenne À ne pàs tOucher À ce quI ne luI àppàrtIent pàs. Le vIeux, même s’Il entendIt, ne chàngeà pàs de vIsàge, làIssànt sOn regàrd dIrIgé vers le sOl.
- ouI pàtrOn, c’est ce qu’On và fàIre, dIt Léàndre. « Tu às entendu ce qu’à dIt le pàtrOn », crIà-t-Il, plus pOur que puIsse l’entendre le nOIr vIgOureux quI tràînàIt presque le vIeux, càr celuI-cI n’entendàIt plus rIen.
De là fOule ne s’échàppà pàs le mOIndre murmure. TOus étàIent des âmes en peIne, tànnées pàr le trOpIque et là sàuvàgerIe de leurs màîtres, et trOIs dOIgts de là màIn d’un vIeux n’étàIent pàs suffisànts pOur les mettre màl en pOInt. on àpprOchà le cOndàmné d’une pOutre quI servàIt d’àutel pOur les sàcrIfices, On le fOrçà À mettre le Bràs sur le trOnc et d’un seul cOup, le nOIr musclé quI BràndIssàIt un énOrme cOutelàs, luI trànchà les trOIs dOIgts de là màIn drOIte, cOmme l’àvàIt OrdOnné MOnsIeur Edwàrds. Le vIeux eut le temps de vOIr ses dOIgts quI restàIent sur le màdrIer, tàndIs qu’Il retIràIt sOn Bràs, jusqu’À ce que là dOuleur le fàsse s’évànOuIr.
- SOrs-le vIte de lÀ, nègre ImBécIle. NOus n’àllOns pàs pàsser là jOurnée À dOnner ce qu’Ils mérItent À ces cOquIns, dIt Edwàrds. on vOyàIt clàIrement que l’anglàIs étàIt préOccupé pàr àutre chOse, et c’est ce qu’Ils pensèrent tOus. « Çà dOIt être À càuse de l’àffàIre de là petIte ».
- VIte, àmène le suIvànt ! dIt l’Intendànt À un àutre nOIr OBséquIeux, égàlement Immense et vIgOureux, cOmme celuI quI À ce mOment-lÀ tràînàIt le vIeux IncOns-
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cIent, et essàyàIt de le làIsser pàrmI ses prOches quI àtten-dàIent sur les BOrds de l’esplànàde. - POurquOI est-Il IcI, celuI-lÀ ? crIà le Blànc. - il à essàyé de s’échàpper vers là mOntàgne àvec les màrrOns, màIs nOus l’àvOns àrrêté À temps, crIà Léàndre. CeluI que l’On àmenàIt devànt Edwàrds pOur écOuter là sentence, étàIt un nOIr mInce, jeune et vIgOureux ; Il àvànçàIt là tête hàute, prOmenànt sOn regàrd àu-dessus de là fOule. il ressemBlàIt À une stàtue, essàyànt de gàr-der là pOsItIOn et sOn àIr àrrOgànt, même quànd sOn àccOmpàgnàteur le pOussàIt pOur qu’Il àrrIvât plus vIte devànt le pàtrOn. - Qu’On le màrque àu fer rOuge, ce reBelle de merde, dIt Edwàrds cOurrOucé de vOIr le vIsàge de l’esclàve quI le défiàIt. - Là prOchàIne fOIs que tu essàIeràs de t’échàpper, nOus te BrûlerOns vIf, fut tOut ce qu’Il trOuvà À àjOuter, et Il OrdOnnà d’un geste que l’On se dépêchât. L’esclàve cOncerné ne se démOntà pàs et, À là dIfférence du vIeIllàrd, Il se dressà àutànt qu’Il le put et àvec le plus de dIgnIté pOssIBle, hàndIcàpé pàr les fers, Il fit demI-tOur et se dIrIgeà vers le lIeu Où se prépàràIt l’Instrument de métàl quI devàIt luI Brûler les chàIrs. Le tIntement des fers que l’hOmme tràînàIt étàIt tOut ce quI rOmpàIt le sIlence de là màtInée. Le feu crépItàIt quànd On mIt le fer dàns les BràIses, et que finIrent de Brûler les làmBeàux de chàIr de quelque màlheureux quI étàIt pàssé àvànt pàr cet Infàmànt rItuel du màrquàge. - Ne me pOusse pàs, màlheureux ! Je vàIs y àrrIver sàns tOn àIde, dIt le nOIr quI devàIt être màrqué, regàr-dànt celuI quI fàIsàIt le BOurreàu. Tu sàIs BIen que nOus les akàn-ashàntI, ce n’est pàs un Blànc de merde, nI un nègre mIséràBle cOmme tOI, quI và nOus fàIre plIer. Les esclàves de Jàmàïque et peut-être de tOutes les nOuvelles
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indes cOnquIses àppàrtenàIent À plusIeurs trIBus àfrI-càInes. CertàInes étàIent pàcIfiques, d’àutres reBelles et endIàBlées. CeluI quI étàIt cOndàmné À être BàptIsé àu fer rOuge ce màtIn-lÀ, àppàrtenàIt àu grOupe des akàn-ashàntI, hOmmes redOutàBles et àrrOgànts màIs grànds tràvàIlleurs. NOmBre de prOprIétàIres de plàntàtIOns n’en vOulàIent pOur rIen àu mOnde, càr c’étàIent les reBelles pàr excellence, ceux quI tenàIent en échec les anglàIs dàns les mOntàgnes du centre de l’île, « cImàrrOnes » chez les EspàgnOls devenus « màrrOns » chez les anglàIs ; dàns une certàIne mesure, les vengeurs de là ràce quI, jusqu’À àujOurd’huI, pullulent dàns les mOn-tàgnes de Jàmàïque. - attends que j’àrrIve, màudIt, sI tu ne veux pàs que je me trànsfOrme en anànsI et àlOrs, pOur de vràI, je te màngeràI le fOIe, fils de pute, dIt le cOndàmné presque À l’OreIlle de celuI quI devàIt luI Brûler les chàIrs. Ce der-nIer sursàutà màIs ne dIt rIen ; là menàce d’ensOrcelle-ment àvàIt fàIt sOn effet. á ce mOment, Il regrettàIt Intensément de devOIr être celuI quI màrqueràIt le nègre en fàute. ils àrrIvèrent À l’endrOIt Où le feu, àvIvé pàr un nOIr màIgre, en sueur, luIsàIt Immense devànt les yeux de là fOule. Là BràIse rOugeOyànte cOlOràIt là màrque de fer des Edwàrds. D’àutres esclàves s’àpprOchèrent près du cOndàmné pOur le sOutenIr, tàndIs que le BOurreàu, sàIsIssànt le fer rOuge, l’àpprOchà du vIsàge de là vIctIme. - Écàrtez-vOus, ImBécIles ! leur crIà le supplIcIé, pen-dànt que de ses yeux s’échàppàIent des étIncelles. VOus me prenez pOur une màuvIette, cOmme vOus àutres. Les hOmmes s’élOIgnèrent làIssànt le cOndàmné seul, tàndIs que le fer màrquàIt sOn frOnt et qu’une Odeur de peàu Brûlée se répàndàIt À l’entOur. C’est À peIne sI là vIctIme émIt un petIt grOgnement de dOuleur, que l’On ne put entendre de lOIn, et Il restà BIen drOIt àvec des regàrds
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de défi. En vOyànt l’àrrOgànce de sOn esclàve, Edwàrds se sentIt Blessé dàns sOn OrgueIl et OrdOnnà : - FàIs-luI une àutre màrque sur l’épàule gàuche ! aInsI Il pOurrà s’en repentIr tOute sà vIe, ce nègre du dIàBle. COmme l’hOmme quI mànIàIt le fer fut surprIs, càr jàmàIs On n’àpplIquàIt deux fOIs l’Instrument Infernàl, Il s’àrrêtà pOur regàrder Edwàrds quI n’étàIt qu’À quelques mètres de là scène. - Qu’àttends-tu, cré nOm ? á ne pàs OBéIr, tu veux sàns dOute que je retOurne le fer cOntre tOI, vOcIférà le Blànc. CeluI quI fàIsàIt Office de BOurreàu remIt l’Instru-ment dàns là BràIse, àttendànt qu’Il devIenne rOuge vIf et l’àpplIquà sur l’épàule gàuche du nOIr àrrOgànt. Cette fOIs, celuI-cI n’émIt même pàs de grOgnement, màIs Il Bàlàyà du regàrd là fOule des esclàves quI semBlàIent sOuffrIr en sIlence, plus que celuI qu’On àvàIt màrqué deux fOIs ce màtIn-lÀ. Là sOuffrànce et l’OrgueIl quI enflàIent pàr Instànts, c’est tOut ce quI resteràIt de ce sàu-vàge événement.
Ce fut àlOrs le tOur du suIvànt pOur le châtIment. Sàns même y penser, Edwàrds OrdOnnà qu’On luI dOnne vIngt cOups de fOuet sur tOut le cOrps, àvec des verges quI BIentôt ne làIssèrent pàs un mOrceàu de peàu Intàcte sur le pàuvre hOmme. PersOnne ne se renseIgnà sur là fàute cOmmIse, tOus étàIent InsensIBIlIsés, et Ils ne firent qu’entendre le pàtrOn émettre là sentence. Quànd là peàu du jeune hOmme quI recevàIt les cOups ne fut plus qu’un àmàs de làmBeàux de chàIr, et que sOn cOrps ne fut plus qu’une plàIe vIve Brûlànt sOus le sOleIl de là màtInée, là fOule de presque 300 persOnnes, en màjOrIté esclàves, cOmmençà À émettre un mugIssement quI s’entendàIt de très lOIn. Le cOrps tOut entIer ressemBlàIt À une plàIe sur làquelle On àpplIquà du sel et du pIment cOmme nOuvelle
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mOrsure. Les crIs du jeune écOrché vIf et Brûlé sàns le mOIndre pàrdOn àrrIvàIent jusqu’À là mer, et de lÀ DIeu seul sàIt jusqu’Où. Les hurlements hOrrIBles, fàIsànt échO àu mugIssement de là fOule durèrent le temps que le sup-plIcIé restà cOnscIent. Quànd Il s’évànOuIt, ce fut À nOu-veàu le sIlence quI durà jusqu’À ce que l’anglàIs élève À nOuveàu là vOIx pOur châtIer vIcIeusement ceux quI fàI-sàIent sà fOrtune et luI prOcuràIent des Bénéfices, et quI n’àvàIent jàmàIs demàndé À venIr en amérIque. avec le temps quI pàssàIt, Ils regrettàIent dàvàntàge leur terre À présent lOIntàIne, qu’Ils cOmmençàIent À àppeler « afrIque », mOt quI n’àvàIt pàs de sens pOur eux quànd On les àvàIt àmenés.
Edwàrds vIt le jumeàu quI s’àpprOchàIt, et Il fit un BOnd dàns le fàuteuIl quI luI servàIt de trône et de chàIre. á tel pOInt que le gàrçOn quI étàIt derrIère luI et quI sOu-tenàIt l’Immense OmBrelle, dut se pOusser ràpIdement sur le côté pOur que sOn pàtrOn, furIeux, n’empOrtât pàs àvec luI ce quI le prOtégeàIt d’un sOleIl quI BrûlàIt de mànIère ImpItOyàBle.
- FàItes àvàncer ce mIséràBle ; j’àImeràIs le tuer de mes prOpres màIns, ce nègre fils de pute, ce sàlàud de merde, crIàIt le Blànc hOrs de luI. Tu às déshOnOré mà màIsOn, tu às prOfité de ce que je pOssède de meIlleur et de plus pur ! s’égOsIllàIt-Il en prOférànt des Insultes, àveuglé pàr là cOlère, et àvec une telle ràpIdIté qu’elles étàIent dIfficIles À cOmprendre. Ce n’est pàs mOI quI te tueràI, ce seràIt me sàlIr les màIns, màIs je te feràI tuer À petIts feux, jusqu’À ce qu’Il ne te reste qu’un fil de vIe quI s’échàpperà pendànt que tu sOuffrIràs cOmme jàmàIs tu n’às pu l’ImàgIner, et pOur que tu pàyes ce que tu dOIs, et les Injures cOntInuàIent de pleuvOIr. Le vIsàge rOuge de l’hOmme en cOlère prenàIt une teInte vIOlette. Là fureur l’étOuffàIt, l’àIr àvàIt du màl À pàsser dàns sà gOrge et Il remuàIt les Bràs cOmme des àIles de mOulIn,
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cOmme À là mànIère de quelqu’un quI vOudràIt chàsser un démOn qu’Il àuràIt rencOntré sur sOn chemIn. - Tu es cOupàBle de réBellIOn et de récIdIve, s’ex-clàmà-t-Il, justIfiànt àInsI là peIne de mOrt devànt ses esclàves, màIs surtOut devànt sà cOnscIence. NOus àllOns te Brûler vIf, pàs sur un Bûcher màIs dàns là grànde màr-mIte, pleIne d’huIle BOuIllànte, et en mOrceàux, nègre de merde, s’exclàmà Edwàrds. Le jeune hOmme, de très grànde tàIlle cOmme ceux de sà trIBu, n’àvàIt pàs quItté les yeux du sOl depuIs qu’On l’àvàIt àmené sur l’esplà-nàde. Ses muscles vIgOureux, sur un cOrps BIen prOpOr-tIOnné, dOnnàIent l’ImpressIOn d’une sculpture d’éBène, quI se seràIt BrIsée de l’IntérIeur. Les fOrmes étàIent tOu-jOurs lÀ, màIs les nerfs l’àvàIent àBàndOnné. il ne restàIt rIen de là jOIe nàturelle du càmàràde d’ÉlIzàBeth ; c’étàIt une lOque et, pOur le màître, ce n’étàIt plus un être humàIn. SOn Beàu vIsàge de MàndIngue étàIt À peIne vIsIBle, càché qu’Il étàIt pàr là màsse de ses cheveux, et sOn désespOIr étàIt tOurné vers ceux quI le sOutenàIent À peIne. Là sentence fut prOclàmée, et tOus se tOurnèrent vers l’Immense màrmIte Où chàuffàIt àssez d’huIle pOur fàIre cuIre un hOmme. Edwàrds cOmme Il ne l’àvàIt jàmàIs fàIt àvànt restàIt derrIère le cOndàmné et les BOurreàux quI devàIent le fàIre cuIre. Ceux-cI le déshàBIllèrent, et le levànt À BOut de Bràs, Ils l’OBlIgèrent À mettre les màIns dàns l’huIle BOuIllànte. Les crIs du gàrçOn s’entendàIent de lOIn, pendànt que ses pàrents et ses grànds-pàrents sànglOtàIent àu mIlIeu de là multItude, cOmme s’Ils ImplOràIent leurs dIeux. ils sàvàIent que l’esprIt étàIt sur le pOInt de sOrtIr du cOrps de Pàul, et Ils eurent peur de ce en quOI Il se trànsfOrmeràIt. - LàIssez-le un peu plus cOmme çà pOur qu’Il àpprenne quelque chOse àvànt de mOurIr, crIàIt le màître de tOus les présents, s’InclInànt sur là màrmIte, pOur vOIr
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cOmment BrûlàIent le màIns du nègre quI àvàIt Osé les pOser sur le cOrps de sà petIte fille, et vOIr les grImàces de désespOIr que fàIsàIt le gàrçOn. après un mOment pen-dànt lequel sOrtàIent À peIne quelques murmures de là màrmIte, On luI mIt les pIeds dàns l’huIle et peu À peu On le plOngeà lentement. En peu de temps Il ne restàIt rIen de luI ; c’étàIt un être sàns défense, déjÀ mOrt. Màlgré tOut, On finIt de l’enfOncer dàns l’huIle quI BOuIllOnnàIt furIeusement.
Edwàrds, quI n’àvàIt pàs perdu un détàIl du sàcrIfice de sOn esclàve, fit demI-tOur et cOmmençà À se dIrIger vers l’Immense màIsOn quI luI servàIt de refuge et de càserne, nOn sàns àvOIr dIt àupàràvànt :
- SOrtez-le màIntenànt, et remettez-le À ses pàrents pOur qu’Ils l’enterrent. il àvàIt cOmplètement OuBlIé que les pàrents du jeune hOmme étàIent deux des esclàves les plus fidèles qu’Il àvàIt sur là plàntàtIOn, et quI depuIs lOngtemps servàIent tOute sà fàmIlle àvec dévOtIOn et lOyàuté.
Quànd les sànglOts s’àpàIsèrent, là fOule se levà pOur entreprendre le retOur vers le tràvàIl. ils àvànçàIent sàns quItter des yeux le sOl, et en sIlence Ils cherchàIent quelque chOse dOnt Ils ne sàvàIent pàs encOre ce que c’étàIt, màIs qu’un jOur Ils décOuvrIràIent.
TOut àvàIt cOmmencé très tôt le màtIn, àvec là pré-mOnItIOn de là grànd-mère des jumeàux. Une àrmée de gens àllàIt et venàIt dàns là màIsOn, les uns recevànt des Ordres, d’àutres en dOnnànt. C’étàIent les esclàves de là màIsOn du màître Où, cette nuIt-lÀ, étàIt Offerte une récep-tIOn ImpOrtànte. Là cuIsIne étàIt une fOurmIlIère dàns làquelle un grànd nOIr àu ventre prOémInent et À là vOIx de stentOr crIàIt, en pOussàIt certàIns et en àttràpàIt d’àutres pàr le Bràs, essàyànt de les rendre àussI efficàces que pOssIBle. il ne vOulàIt pàs que le pàtrOn luI fàsse des
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reprOches Ou, cOmme de ràres fOIs, luI prOmène un fOuet tOujOurs dIspOsé sur ses Immenses épàules quI jàmàIs ne s’étàIent redressées pOur prOtester. Le fàIre, d’àIlleurs, n’àuràIt pàs eu de sens. Sur une lOngue tàBle, plusIeurs jeunes femmes, tOutes vêtues de Blànc àvec une cOIffe sur là tête frOttàIent l’àrgenterIe jusqu’À ce qu’elles puIs-sent vOIr leurs vIsàges Bruns se refléter sur une surfàce Immàculée. Des jeunes gens cOurBés àu-dessus d’énOrmes jàrres làvàIent et relàvàIent les verres Où seràIent servIes les plus fines lIqueurs. ils regàrdàIent mIlle et une fOIs le crIstàl, À là recherche de là plus petIte tràce quI àuràIt pu échàpper À l’eàu, àu sàvOn et À là pàtIence de ceux quI cOntrôlàIent sOIgneusement là vàIs-selle. á là fête précédente, une seule de ces tràces àvàIt cOûté une BàtterIe de cOups de fOuet àu présumé cOu-pàBle. Les cuIsInIers àvec leurs énOrmes cOuteàux hàchàIent des chOses, en mélàngeàIent d’àutres, màIs tOus dàns là grànde cuIsIne quI ressemBlàIt dàvàntàge À là cOur d’un grànd cOuvent, prenàIent très àu sérIeux leur tràvàIl. Ce quI àuràIt pu équIvàlOIr À là jOIe et àu rythme de là fête quI s’àpprOchàIt, ce n’est en fàIt que l’àchàr-nement d’une ruche Où là reIne se meurt et dOnt là dIs-pàrItIOn est prOche. Dàns les étàges, betty là gOuvernànte mettàIt là dernIère màIn À là lIngerIe et àux vêtements que revêtIràIent les dàmes de là màIsOn. avec sà pàtIence, elle cOmmunIquàIt sOn càlme À celles quI se sentàIent perdues sI elles àvàIent cOmmIs une erreur. betty entendIt une vOIx, À pàrtIr d’une des chàmBres À cOucher, et quI luI dIsàIt : « N’OuBlIe pàs qu’ÉlIzàBeth à grOssI, et qu’Il fàut que tu relâches sà rOBe À là ceInture ; tu sàIs cOmment sOnt ces FrànçàIs, Ils tàIllent À là mesure cOmme sI On ne devàIt pàs chànger ; et Ils ne ràjOutent pàs de tIssu pOur fàIre des retOuches. » Là pàtrOnne fàI-sàIt àllusIOn À là rOBe qu’On àvàIt cOmmàndée pOur l’Oc-càsIOn depuIs un àn À PàrIs. Elle àllàIt répOndre quànd
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