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Titre
Redemption songs
3
Titre Nicolas Houguet
Redemption songs
Mélodies intérieures
Nouvelles
5 Éditions Le Manuscrit Paris
© Éditions Le Manuscrit, 2010 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-03468-4 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304034684 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-03469-1 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304034691 (livre numérique)
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Redemption songs
A Laetitia et Xavier, qui m’ont porté à bout de bras, tout au long de l’écriture. A Esthel et Julie qui m’ont encouragé et convaincu de m’y remettre. A tous les autres qui m’ont inspiré, qu’ils le sachent ou non.
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Redemption songs (Bob Marley)
REDEMPTION SONGS(BOBMARLEY)
Un soir pluvieux de mars. Une ruelle de pavés détrempés, fréquentée par des noctambules apprêtés, passablement déconfits par l’averse. Des couples réfugiés sous des porches pour fumer des cigarettes tremblantes. Des bikers barbus qui se roulaient des pelles à la terrasse d’un bar à l’entrée noire. Des éclats de voix et un vacarme animé et permanent qui rendait toutes les conversations limitées ou inintelligibles. Des enseignes à l’éclat net et contrasté, des lueurs propres et branchées. C’était vendredi soir, le temps de se préparer au concert. Vers 22 h le bar étroit allait s’emplir de convives, entassés par paquets de dix dans une surface réduite pour écouter ma musique. J’allais chanter et jouer de la guitare dans l’indifférence des chopes de bières entrechoquées et des conversations beuglantes. J’avais l’habitude. Jouer deux ou trois standards pour amadouer quelques regards. Recueillir des applaudissements clairsemés et polis. Pas que
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Redemption songs
j’aie eu de grands rêves de gloire, de feux d’artifices et de stades bondés. Le public, tant qu’il venait ça m’allait, tant que je pouvais faire de la musique et remplir mes nuits blanches… j’étais trop vieux pour rêver. J’avais la soixantaine et ce présent-là, qui me faisait survivre. Ça suffisait bien. Je traînais le jour dans une demi-torpeur, un désœuvrement qui allongeait le temps dans l’attente du soir. A me rendre malade, à ne rien trouver à faire, m’asseyant sans cesse pour écrire des paroles qui ne venaient jamais ou qui demeuraient sans suite. Les clopes toujours au bord des lèvres. Allumer la suivante avec le mégot de celle à peine achevée, y laisser chaque fois un peu de souffle mais aimer se perdre dans les volutes et leurs contorsions qui évitaient de penser. Bouffer n’importe quand, des mauvais hamburgers à réchauffer au micro-ondes, garder la guitare sèche à portée de main, la gratter rêveusement sans qu’aucune fulgurance n’en sorte, juste par automatisme. Contempler les photos aux murs et tenter de reconstituer les trous noirs du passé. Les choix. Se demander ce qu’il en aurait été si je m’étais conduit différemment, pas comme un éternel fuyard. Abandonnant femmes et enfants sur le bord de la route pour aller jouer dans un autre endroit miteux, faire un disque que personne n’allait acheter et le vendre moi-même à la
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