Regards sur l'Ailleurs

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Laissez-vous emporter par des histoires issues d’un ailleurs insoupçonné ! Des nouvelles courtes, d’autres qui le sont moins, autant d’univers, de réalités, qui vous conduiront sur les chemins du fantastique, du psychologique, de la science fiction, du romantisme, de la vengeance, et de la musique.

Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 47
EAN13 : 9782748121780
Nombre de pages : 325
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Regards sur lAilleurs
Régis Lavaud
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NOUVELLES
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-2179-1 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-2178-3 (pour le livre imprimé)
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BON APPÉTIT
La table était ronde. Non pas que cela ait eu une quelconque importance ; carrée, ovale, en lo-sange, voire triangulaire, elle aurait pu être employée avec la même redoutable efficacité dans cette affaire. Cétait juste une questionDe pure forme, si je puis dire. Autour de cette table ronde, six chaises en palis-sandre et à hauts dossiers étaient occupées. Non par les valeureux chevaliers dont on aurait pu présumer la présence autour dun tel meuble, mais par six per-sonnages dont les physiques éminemment dissem-blables témoignaient dune grande diversité dori-gines et de classes. Au nord de la table cosmopolite, le bras gauche négligemment appuyé sur son dossier, mâchouillant une friandise amère, son oeil unique toujours en mouvement, patientait Cyclus. Cyclus le merce-naire. Le bourlingueur. Lun des hommes les plus redoutés dun artan à lautre de la grande spirale. Pour certains, un héros, pour dautres, un pirate sans foi ni loi qui écumait les systèmes à la tête de sa flotte brinquebalante. Pour tous, un combattant hors pair, expert en armes de tous calibres. Et même si ce jour-là, lancien officier de la garde du Tristan de Gol possédait une prothèse en guise de main droite, et ny voyait que dun oeil - reliefs dardentes batailles avec la police de lempire -, qui, parmi les équipages
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de cargos ou dastroliners, ne redoutait point de voir surgir sur sa route les nefs du borgne ? À la gauche de la tenue militaire élimée de Cy-clus, prenant le double de place de ses voisins, se te-nait Kzetash-Kiuom, ses cent trente kilos de graisse vautrés dans une position qui le faisait ressembler à un crapaud obèse. Sous son crâne chauve et luisant dhuile de pheal brillaient deux petits yeux où se li-sait une méchanceté aiguë. Trait de caractère le plus marquant dun esprit à la réputation vulgaire et dénué de compassion. Autour de son cou de taureau pen-dait une bonne douzaine de colliers grossiers dont le poids total devait avoisiner les quatre kilos. Termi-nant deux bras épais comme des jambons, ses mains aux doigts boudinés disparaissaient sous un monceau de bagues toutes plus précieuses et énormes les unes que les autres. Le signe de la profonde cupidité de Kzetash-Kiuom. Le contraste entre son corps pustu-leux et sa toge dun blanc immaculé laissait pantois ses concurrents. Comment ce tas pouvait-il être à la hauteur des responsabilités dun gouverneur de pro-vince ? Troisième larron de la fable, empestant latmo-sphère déjà chargée de relents divers, fumait un indi-vidu de taille moyenne dont le nom ridicule - Marc -correspondait assez bien à limage générale du per-sonnage. Un Terrien. Presque lantithèse du crapaud Kzetash-Kiuom. Selon les canons en vigueur chez lui, ce soi-disant play-boy possédait un faciès rava-geur et un sex-appeal denfer. Vanité ! En dehors de ses yeux fades (ils étaient bleus), de ses cheveux couleur paille plaqués par une tonne de crème, et de ses mains de femme, Marc le Terrien navait vrai-ment rien qui pût le faire remarquer. En dehors, bien sûr, de ses fameux costumes trois pièces en Alpaga. Du sud, face à Cyclus, sélevaient les psalmodies dOOlhz. Le seul membre du groupe qui semblât croire en une divinité suprême. Le seul, daprès lui,
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qui ne fût point un mécréant à lâme pourrie par les vices de la civilisation. Penché en avant, les mains jointes, il ne cessait de prier depuis son arrivée, siso-lant dans son monde dintroverti. Maigre à faire peur, livide comme la mort, enfoui sous une robe de bure vieille comme le vice, OOlhz était connu de tous dans ce cadran de la spirale. Non pas comme le philosophe et lhomme dEglise quil se targuait dêtre, mais comme un pauvre drogué, adepte de la luxure. Toutes les maisons de plaisirs lavaient comme client potentiel. Le trafic de stupéfiants quil menait, servait à financer ses besoins sexuels et sa soif de nirvana. Soif quil ne pouvait étancher que lorsquil était en mesure de sacheter la précieuse poudre blanche que consommaient déjà des millions de loques humaines dans les centaines de systèmes contrôlés par lempire. Dans le milieu, on lappelait le Mystique. Mais tournons-nous vers Variass, le cinquième convive. Le seul à avoir préparé la difficile confron-tation alimentaire qui lattendait avec la rigueur at-tendue dun professionnel du crime. Le cheveu dun noir de jais, la moustache fournie, mais fausse, lal-lure très bon chic bon genre, cet amateur dalcool fort était un escroc doublé dun voleur. Soupçonné de terrorisme, mythomane, et joueur invétéré, il nétait sans doute venu participer à cette joute organisée sur Kaitlin II, que parce quil sagissait dun défi où il aurait à se mesurer aux pires crapules de la grande spirale. Du moins, cétait ce que croyait la majorité des spectateurs avides qui, comme Cyclus le guer-rier, attendaient que lon commençât. En réalité, si ce natif du Bouvier était là, cétait pour un tout autre motif. Un motif que jimaginais dautant plus ai-sément que javais longuement espéré que lidée en germât dans son esprit. Mieux : jétais pratiquement à lorigine de sa gestation.
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Jétais moi-même installée entre Cyclus et Va-riass. À cette époque, jexerçais les fonctions dad-ministratrice dans un grand consortium industriel implanté sur Kaitlin II. Mon nom était encore Hea-therii. Je navais point encore convolé en justes noces avec celui qui aujourdhui encore partage mes joies et mes peines. Aase Campbell !
Javais déjà eu loccasion de juger de la concupis-cence dOOlhz à mon endroit, et remarqué le désir malsain reflété par le demi regard de Cyclus. Il faut dire à leur décharge que javais tout fait pour exciter leur convoitise. Vêtement fait de voiles superposés, ouvertures judicieusement choisies dans ceux-ci afin de laisser limagination des mâles présents vagabon-der de fantasmes en fantasmes, maquillage séduc-teur, regards suggestifsToute la panoplie, quoi. Je métais juré de ne rien laisser au hasard pour parve-nir à mes fins. Ma foi, le résultat mamusait quelque peu. Leur étonnement et leurs interrogations mavaient sauté aux yeux dès mon entrée dans la salle du concours. Cétait leur première participation. À tous. De plus, sils avaient entendu parler de moi, chose étonnante ces cinq là ne mavaient jamais vue ou même croisée. Quoique avertis que le tenant du titre fût une femme, aucun dentre eux ne sattendait à voir débarquer une Salomé mêlée de Dalilah. Sans doute sétaient-ils fait une tout autre idée du phy-sique dune gastronome que la réputation de goinfre avait devancée. Une masse bouffie, boulimique, aux chairs débordantes, le pendant parfait de Kze-tash-Kiuom. Mon apparition les avait abasourdis.
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