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danse© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0783-7 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0782-9 (pour le livre imprimé)Cyril Grange de Vaivre
Rendez-vous à L’Eve y
danse
ROMANCHAPITRE1: COMPARTIMENTTUEUR
Soop Senlay sauta du taxi encore en marche juste
devant la gare de vélos à vapeur et après quelques pa-
labres oiseuses, s’en fît construire un sur mesure avec
despédaleshydrauliquesetuneselle encachemirebleu
pâle. Puisl’ayantchevauchéd’ungestemajestueuxmais
assuré, il se lança paisiblement dans la campagne péri-
urbaine à la recherche d’une péripatéticienne qu’il ne
trouva pas entre deux fougères même si celles-ci res-
semblaient à s’y méprendre à l’entrée d’une maison de
passe. Légèrement troublé par cette déconvenue, il at-
tenditlanuitpourbranchersespharesàioderadioactif
et chercher la gare de Chignongarni. Il la trouva par
hasard alors qu’il s’était arrêté pour un besoin des plus
artificiels. Ayantremisésonvéloàlaconsigne,ilpéné-
tradanslesasauxbilletsenpoussantmaladroitementla
porte d’entrée, étanche à tous les regards. Au centre,
trônait le chef de gare qui lui lança une oeillade suspi-
cieuse car il le dérangeait dans son repas biquotidien,
lui qui pipe à la bouche dégustait du chien Autrichien
à la mode de Cherbourg. Mais il avait manifestement
beaucoupdedifficultésàl’ingurgitertantlaviandeétait
dure et le tuyau de pipe étroit.
-Bonjour dit Soop avec opportunisme, je vou-
drais un billet pour l’Argovie Malgache.
-Vousnevoyezpasquejesuisoccupé! réponditle
chefdegare;çafaittroisheuresquej’aicommencémon
7Rendez-vous à L’Eve y danse
repasetsijesuisdérangétoutletempsjenepourraispas
finir. Si vous croyez que c’est facile !
En tous cas et heureusement il ne mourrait pas
de soif, la vapeur des trains se condensant régulière-
ment sur sa casquette, l’abreuvant raisonnablement en
liquide.
Soop qui avait le coeur sur la main, d’ où sa si-
gnature pulsée et son écriture bien rythmée entreprit
de l’aider. Il sortit de sa poche intérieure un petit pé-
tard rouge vif avec une queue blanche qui se léchait les
ficelles à la pensée d’éclater. Pas du tout par hasard il
étaitd’uncalibrelégèrementinférieurautuyaudepipe.
-Prêtez moi deux secondes votre bouffarde, dit
Soop
Lechefdegareobtempéraencoreavecsuspicion.
Soopglissadélicatementlepétarddansl’orificeinterne
de la pipe, lui rendit et dit :
_ Attendez moi deux secondes, j’arrive
Il se précipita de l’autre côté du sas, gratta avec
violencesononglesurlesrailscequiproduisituneim-
mense étincelle filante qui alluma le pétard en bout de
course. Au bout de quinze secondes et six dixièmes, il
éclataallègrementlibérantainsiuneénergieunpeusu-
périeureàcelleproduiteparunedentd’anthropophage
qui rencontre un osde mouton. Le tuyau de pipe resta
intactainsiquelacasquettehumidemaislatêteduchef
de gare avait disparu ne laissant que quelques circon-
volutions cérébrales virevolter de ci de là. Soop en fut
fort désappointé mais remit quand même en place son
coeur dans sa cagethoracique, lequelse mit àtaper vite
et fort, heureux de réintégrer son habitacle. De peur
d’êtresurprisalorsqu’aucuneâmenevivaitdanslesas,il
s’éloignaàgrandesenjambéesverslecompartimentfu-
meur. Illetrouvasansaucunedifficultécaruneépaisse
fumée s’échappait des vitres entrouvertes. Elle montait
ensuite flirter avec la vapeur s’échappantde lalocomo-
tiveetleurébatssetraduisaientparfoisparunarcenciel
fornifumant.
8Cyril Grange de Vaivre
Il eut quelques difficultés à gravir les dix huit
marches le séparant du plancher du compartiment,
muni d’amortisseurs mégalomanes. On dominait la
gare et les toits alentours donnaient l’impression de se
rejoindrecommeautantdepetitsbassinspeuprofonds.
Lescheminéesenbriquecrachaientlasuiedansdesef-
forts de toux et parfois un ramoneur surpris en pleine
activité irritante était projeté en l’air et retombait
durement sur un toit adjacent ou sur le sol. Sans se
découragerilremontaitinlassablementdansleconduit,
comme s’il était à la recherche d’un trésor abandonné
là par quelque ancêtre. La ville était en pleine activité ;
les rues regorgeaient de véhicules de toutes sortes.
Soop put apercevoir un taxi à réacteur réactionnaire
se faufilant entre les autres engins pétaradants et ru-
gissants. Il transportait une cinquantaine de poules
en train de pondre ou de couver. Il allait si vite qu’il
coupait le souffle à de nombreux passants et quelques
moteurs agonisaient faute d’oxygène. Soop essaya de
suivredesyeuxleplusloinqu’ilputcevéhiculeinsolite
mais fut rapidement obligé de couper son regard par
unclignement vifdespaupièrespour éviterà sesglobes
oculaires de s’échapper de ses orbites. Il préféra jeter
une oeillade sur le couloir du wagon. Il était long et
faisait deux courbes harmonieuses avec des virages bien
relevés vers l’extérieur permettant aux voyageurs de
pratiquer un jogging en toute décontraction pendant
le trajet sans risquer d’éclater une basket dans une
sinuosité lorsque le train passait sur un pont. Soop
avança et chercha une place libre. Il crut en apercevoir
une dans le premier compartiment mais dès que son
nez eut pénétré au delà de l’huis, une immense vague
pleine d’écume vint le percuter en pleine face ; celle
ci s’était échappée d’une mer un peu morte qui avait
eu la bonne idée de trouver refuge dans cet endroit
paisibleetchangeantenprofitantdelanégligenced’un
précédent voyageur qui avait laissé la fenêtre ouverte
à tous vents et marées. Soop avança un peu plus dans
9Rendez-vous à L’Eve y danse
le couloir tout en s’ébrouant et tenta d’ouvrir la porte
du deuxième compartiment mais malgré de multiples
efforts n’y parvint pas. Alors il releva lentement la
tête et il put lire la pancarte accrochée à la sauvette
par le contrôleur passant par là : " Compartiment
tueur ". Démarrant en trombe après avoir libéré deux
litres de sueur bien glacée, il passa devant plusieurs
compartiments et monta tout en haut du premier
virage. De là il put voir la place numéro 23 lui tendre
amoureusement ses bras de fauteuil. Ne pouvant ré-
sister, il descendit à tout allure du virage et s’effondra
sur le siège qui faillit ne pas s’en remettre mais se
creusa tout de même en coquetier pour l’accueillir.
Dans ce compartiment semblant au premier abord
plus hospitalier et comportant cinq places assises sur le
boutdesfesses,deuxplacessemi-allongéesetunedemi
place deboutpour enfant turbulentou nain introverti,
Soop se détendit enfin en émettant un soupir égal à
une valve de pneumatique malade. Ses compagnons
de route étaient déjà confortablement installés. Son
regard fut tout de suite irrésistib attiré par la
gamineà la sucette fluorescente. Elleétaitrougelampe
detravauxetgardaitencorepourpeudetempslaforme
d’un sapin, montagnard. A chaque fois que l’enfant
la portait à sa bouche, elle devenait rouge de honte
ne pouvant décemment pas la partager avec les autres
occupants. Le contrôleur intrigué par cette lumière
étrange, entra subrepticement dans le compartiment
et braqua sa lampe Defouille intégriste sur la petite.
Les rayons se réfléchirent brusquement sur la sucette
puis éclatèrent en sanglots sur la figure de chacun. Le
contrôleur, ému décida d’en rester là pour l’instant et
desurveillersimplementcettelueurincongrue. C’était
un bréviligne à la ceinture épaisse et la bretelle acroba-
tique, habituée à faire de l’équilibre entre son pubis et
son nombril. Chez lui, en bon macho il faisait la suie
et le beau gland. Tous les matins, alors que sa femme
se maquillait, lui se couvrait le visage de suie pour faire
10Cyril Grange de Vaivre
vraiment homme de train. L’ensemble du personnage
n’évoquait qu’un énorme ballon de rugby posé sur le
socle de la victoire après un grand chelem laborieux à
Cardiff un samedi après midi de printemps. Son seul
plaisir dans la vie était de faire des trous ; il avait la
plus belle collection d’emporte-pièces du monde et en
était particulièrement fier. Sa maison, il l’avait creusé
lui-même avec les ongles qui en gardaient la trace sous
la forme d’un croissant indélébile de marne ocre au
bout des doigts. Sa caboche était également trouée
dans tous les sens. Si on avait la chance d’être là au
bon moment, on pouvait voir, de temps à autre, un
parasite du passé sortir sa tête par un des trous, guetter
la maréchaussée, vérifier le sens du vent et étalonner
sa vitesse et si tout était calme, glavioter un peu de
substance grise en saluant l’existence et en concluant le
tout par un bras d’honneur à la gloire des arthropodes
malchanceux morts dans les tranchées de Verdun. A
tout moment, son cerveau pouvait ruisseler par ses
oreilles en un instant et il le savait mais semblait ne pas
s’en soucier en affichant une nonchalance frisant le je
m’en-foutisme.
Acôtédelagaminefluo,setrouvaitdeuxénormes
femellesassisesgraisseàgraisse,celleciserépandantde
chaque côté d’elles et coulant pratiquement jusqu’au
plancher comme une poche de pélican bien remplie.
Le double ensatin grisdu duffle-coat de Soop n’aurait
même pas suffi pour leur fabriquer une culotte telle-
ment leur taille était impressionnante. Elles avaient
toutes deux des mines de poinçonneuses de métro
prochesdelaretraiteetaigriesd’avoirtrop transpercer
de billets huit heures par jour pendant tant d’années.
Leur principale activité dans la vie était de se remplir
ce qui leur servait de bouche, et qui en fait, chez elles
ne ressemblait plus depuis longtemps à cet organe ha-
bituellement capable de tant de mouvements organisés
et d’expressions gracieuses.
11Rendez-vous à L’Eve y danse
- J’ai une petite faim qui me gagne s’exclama la
plus énorme.
Elle ponctua son creux en sortant un grand sac
en plastique contenant diverses gamelles fermées her-
métiquement. La première fut immédiatement décap-
sulée et les deux rombières commencèrent à enfour-
ner son contenu avec avidité et sans un mot. Il s’agis-
sait de saucisses à la mode de Düsseldorf bien lubri-
fiées à la graisse d’oie ce qui les rendaient particulière-
mentglissantesetdifficilesàextirperdelagamelle. Puis
vintletourdesfritescommandéesauxtroisBelgesavant
le départ. Elles furent immédiatement relayées par un
monstrueuxKouglofgarniaufoiegrasquinesavourasa
liberté que quelques instants avant d’être happé par les
langues avides et sans même qu’un rot ne vienne mar-
quer le changement de gamelle. Un panaché de mille
feuilles à la vanille rance et garni de tripes crues vint
clore lepetitencasqu’ellesvenaient des’offrir. Voyant
la réticence de sa compagne la plusgrosse lança :
- Mange donc Margareth, y a des tripes à l’inté-
rieur.
Pour parler, elle avait du effectuer un retour-
nement de luette qui avait de plus en plus de mal à
garder un peu de dignité dans cette gorge encombrée.
L’énorme plus maigre, difficilement nommée Marga-
reth par sa compagne eut l’air embarrassé surtout pour
essuyer la bave qui dégoulinait de chaque côté de son
orifice buccal.
- Non je ne peux pas commencer à faire une en-
torse àmonrégime;sinonje vaisreprendredu poids!
-Maissi,allez,prends-enditl’autreenpassantla
gamelle Thermos sous l’appendice nasal de sa voisine.
Tout ce que tu risques c’est ou bien de tout dégueuler,
oubiend’éclater. Jel’aifaitrienquepourtoi,mabelle;
tu sais bien combien je t’aime !
Curieusement, la plus maigre n’apprécia pas et
elle se prirent le bec tout en caquetant de plus en plus
bruyamment. Leurdisputetournarapidementàl’aigre
12Cyril Grange de Vaivre
et la moutarde ingurgitée avec les saucisses leur monta
au nez et déborda rapidement leurs narines trop élar-
gies par les efforts répétés pour emmagasiner de l’air.
Laplusmaigrefinitparsecontorsionneràchaquepas-
sage approprié de la gamelle en cause sous son nez ce
quiproduisitquelqueanimationdanslecompartiment.
La gamine avala sa sucette de travers et devint à moi-
tié fluorescente. Devant cet état de profonde désorga-
nisation, le contrôleur décida de faire acte d’autorité
et devint lui aussi tout rouge de colère ; l’hyperpres-
sion crée dans sa boîte crânienne se libéra dans un ef-
fort de toux sous la forme de mille parasites du bou-
quet final crachés dans tous les sens. L’agitation était
maintenant à son comble. Soop grimpa au mur pour
ne pas glisser sur le sol engraissé et du haut de son ob-
servatoire, il remarqua que seul le vieux dentiste restait
de marbre. Il avait dit s’appeler monsieur Poidésan et
étaitunferventadeptede l’IVV :l’interruptionvolon-
tairedevieillesse. Ilétaitdepetitetaille,maisparaissait
plusgrandquandilétaitassistantsonbusteétaitdroit.
Il n’était plus guère fourni en cheveux sur le sommet
desoncrâneetsonmouchodromerécentaccueillitavec
grande satisfaction les parasites à la déroute. Plus bas,
de chaque côté il compensait sa calvitie par un collier
de prof certifié dont la taille pluriquotidienne désor-
donnée donnait juste l’impression que c’était unique-
ment naturel. Il avait l’oeil glauque et habituellement
fixemaisdevantcettedéstabilisationdesonenvironne-
ment,sespupillestournaientàlavitessedesesroulettes
danslesenscontrairedelamarchedutrain,témoignant
de son intense activité cérébelleuse. Il avait l’air terri-
blement mal à l’aise parmi ces autres individus et tout
le monde sentait qu’il n’était pas à sa place. D’ailleurs
le contrôleur lui en avait fait la remarque. Pour cette
raison, le dentiste Poidésan s’était assis sur sa valise au
milieuducompartiment,l’airdéraciné,lesoufflecourt
mais le visage fermé. Ses membres, à chaque fois qu’ils
avaientdécidédesemouvoir,remuaientenungestelent
13Rendez-vous à L’Eve y danse
et majestueux comme si tout avait été calculé d’avance
pour ne dépenser que l’énergie nécessaire. Il avait un
peu l’air d’un espion et le contrôleur ne manquait pas
de le surveiller du coin de l’oeil, l’autre tourné à cent
quatre vingt degrés pour profiter du spectacle.
D’un seul coup et malgré cet incomparable
désordre, un coup de sifflet strident annonça l’immi-
nence du départ en remuant les tripes encore chaudes
dans les estomacs des deux obèses. Après plusieurs
tentativesinfructueusesde démarrage, le train, stimulé
par quelquescoups de fouetbienplacés du contrôleur,
finit par s’ébranler.
14CHAPITRE2: LAVACHEDÉGUISÉE
Dehorsilpleuvaitetlebruitdesgouttessurletoit
detôledescompartimentss’intercalaitentrelesprojec-
tionsdevapeurcommedesmaracasdansunevalsebré-
silienne.
Letrainétaitmaintenantbienlancéetroulaitàsa
vitesse de croisière depuis une heure environ.
La gamine à la sucette fluorescente s’était assou-
pie,bercéeparlescoussinetsadipeuxdesdeuxénormes
quiavaientdéfinitivementéjectéledentisteducompar-
timent. Elles avaient perfidement profité du sommeil
de la petite pour capturer et enfouir sans répit et sans
scrupule les autres sucettes de différentes couleurs de
l’enfant, ce qui les avaient rendues arc en ciel un peu
trop arrondi. Soop s’étaitcalésurlesiègeprèsducou-
loiretécoutaitlecahin-cahadesrouespassantd’unrail
àl’autre. Ilaimaitparticulièrementquandletrainpas-
sait sur un pont car il avait soudain l’impression d’un
grand vide mais surtout il adorait quand le train frei-
nait ce qui lui procurait une jouissance indescriptible.
Les douces vibrations transmises par le contact de plus
en plus serré des garnitures avec les roues se transmet-
taient à travers ses semelles pur porc jusqu’à ses pieds
biencoussinésparunealimentationdesplushonnêtes,
puis gagnaient ses talons et grimpaient le long de ses
molletsetdesescuissespoursetermineraucreuxdeses
reinsparuneintensechaleuretauniveaudesessphinc-
ters qui se contractaient à la limite de la douleur et qui
15Rendez-vous à L’Eve y danse
n’osaient se relâcher trop vite procurant une sensation
de fermeture vers l’extérieur de tout son être et évitant
ainsi une catastrophe nauséabonde à sesvoisins.
Letrainfreinapendantlongtempscequineman-
qua pas de satisfaire Soop plusieurs fois. Puis il s’ar-
rêta enfin en pleine campagne pendant un bon mo-
ment. Cela permit à Soop de se détendre un peu des
orifices. Il posa un regard interrogateur sur le pay-
sage mais qu’il reprit bien vite étant donné l’agressivité
de celui là. Partout des arbres vermillons, entourés de
buissonsargentésbordésdebroussaillesrosesjeunefille
de bonne famille. Une seule chose paraissait compré-
hensible dans ce décors inédit : une vraie vache nor-
mande bien en chair battant des oreilles pour ventiler
ses narines de plus en plus obstruées par l’oedème oc-
casionné par les coléoptères à cinq pattes dont la plus
distale est très friande de muqueuse bovine. Curieuse-
ment,elleétaitposéesurunegrossebranchebientran-
quilleayantétéprojetéelàparunemachineagricoledu
genre catapulteuse-sauteuse louée pour la circonstance
par un agriculteur incapable de la traire correctement
et ayant perdu neuf doigts sur dix lors de la dernière
coupe des regains. Dame vache était à son aise et sa
queue lui servait de perche d’équilibriste. Soudain elle
eûtmanifestementsoifetcommeilavaitabondamment
plu peu de temps auparavant elle avança sa langue vers
unefeuillegarniedemultiplesgouttelettestranslucides
qui, voyant ce morceau de viande râpeux et tout rose
prêt à la débarrasser de sa fraîcheur, fît un double saut
périlleux arrière avec double boucle piquée suivis d’un
triplesalchow,perditsesattachesavecsatigeetfutpor-
téeparlabisenaissantesurunpeuplierquin’enavaitpas
besoin. La langue, désappointée retourna dans l’ori-
fice buccal de l’animal et la vache se chercha une autre
feuille plus accueillante pour les langues de bovidés ce
qui se faisait rare étant donné la longue période de sé-
cheresse que l’on venait de connaître et malgré les gros
16Cyril Grange de Vaivre
orages des dernières heures. Pour ce faire, elle se dé-
guisaenchenille. Bienquesataillenesoitpaslamême,
laressemblanceétaitpresqueparfaiteàceciprèsqueles
poilsétaientremplacéspardespapilles. Ainsitransfor-
mée,ellesedirigeaversuneautrefeuilleplusbelle,plus
grosseetplusricheengouttes. Cettedernière,soudain
attiréeirrésistiblementpardesforcesélectrochimiques,
secreusaensoncentrepourfaireglisserl’eauaumilieu
puis s’avança tout doucement et avec grande précau-
tionverscettechenilledontlespapillesenérectionlais-
saient sourdre de multiples petites gouttes subtiles. Au
moment où la feuille allait déverser son contenu liqui-
diensurlespapillesimpatientes,lavachesentitsoudain
quelques picotements atroces provoqués par les coléo-
ptèresgravissantl’intérieurdesesgrossesnarines. Mal-
gré de multiples efforts elle ne pût s’empêcher d’éter-
nuer avec une puissance égale à une bombe H chinoise
fabriquéeàmoindrefraisàSingapour;lesarbresfurent
ainsi déracinés sur un périmètre de deux cents mètres
et les multiples gouttes bien installées sur les feuilles se
mirent en colère ; elles se rejoignirent alors pour for-
mer un raz de marée qui noya la vache et ses parasites
etfaillitensevelirletrainsicelui-cin’avaitpasdémarré
immédiatement, toute vapeur crachante.
17CHAPITRE3: O’DONOGHUE
Soop contemplaitdenouveau lepaysage quis’of-
fraitsanslimitesà sa sagacité. Comme Gulliver, il avait
envie de caresser de ses grandes mains les collines ver-
doyantesetlescombesencorejaunesdel’hiver. Ilponc-
tionna précautionneusement quelques bribes de cette
étendue sereine et les posa délicatement sur le bout de
sonindex commeonplace unecoccinelle auboutd’un
bâtondansl’espoirdelavoirs’envoler;puisilsuçason
doigt comme un sucre d’orge. La nuit tombait douce-
mentetlabrumeapparaissaitaufonddesbois. Comme
lajournéeavaitétéparticulièrementensoleilléeavantla
pluie,lebleuducielcommençaitàêtreremplacépardes
volutesgrisâtresflottantàmi-hauteurcommeunnuage
radioactiftraversesournoisement lavieilleEurope.
Après avoir beaucoup réfléchi, Soop s’était en-
fin décidé à partir. Il avait tout quitté : femme, en-
fants, perroquet et kangourou qui l’avaient d’ailleurs
copieusement engueulé lorsqu’il avait franchi le seuil
de la maison commune. Cette cruelle décision avait
prise sur un coup de tête de William O’Donoghue qui
luiavaitendommagél’osfrontalpourunequinzainede
jours. William,qui enplusd’être sonamiétaitsonsu-
périeurhierarchiqueàl’Organisation,luiavaitditaprès
la cruelle catastrophe de son cher cousin Nobil :
-Va,cours,etsurtouttrouvele;c’estnotreseule
chance !
- Pourquoi moi ? avait répliqué Soop
19Rendez-vous à L’Eve y danse
-Parcequetoiseuladéjàvoyagéaudelàdel’ozone
répondit William O’Donoghue
-Maisc’étaitilyabienlongtempsetuniquement
en rêve
- Oui c’est vrai mais personne d’autre n’a atteint
cette vitesse là avec une telle machine rétorqua William
quisavaitdequoiilparlait
- Tu crois qu’elle sera prête pour le départ ? de-
manda Soop
- Sans aucun doute et je m’y efforcerai répondit
O’Donoghue. Toute l’équipe technique travaille des-
susdepuisquelquesannéesaveclesmeilleursingénieurs
de l’Organisation pour que tu puisses partir dans de
bonnes conditions et le ramener.
- Finalement c’est quoi comme machine ?
- Une Bugatti Grand siècle largement modifiée
avec propulsion photonique lasérisée 4x4
-Ouah!
-Tusaisnousavonseffectuéd’importantesmodi-
ficationscetteannéesurlavoitureaprèslegrandprixde
SaintChristophe: Lemoteur,astucieusementaménagé
avecses50,000cm3decylindréea 32soupapes surles
8 cylindres en ligne à particulessuralimentéesqui per-
mettent, associées au différentiel intégralisé à l’inter-
coolercentralverrouillableetaux16arbresàcameboli-
vienneentêtedeturcd’approcherpourlapremièrefois
sinon de dépasser la vitesse de la lumière. Les amortis-
seurs télescopiques sont maintenant pilotés électroni-
quement et le châssis d’une grande flexibilité a été sur-
baissé avec des longerons à âme très sensible qui vont
en s’amincissant vers l’avant avec une extrême délica-
tesse. La pression modulable et très maniable des trois
turbos, les vilebrequins sur six paliers ainsi que l’ex-
ceptionnelCxinférieuràzéroluipermettentd’obtenir
30000chevauxetunaérodynamismejusquelàinégalé.
Bouleversé par ces qualités techniques impres-
sionnantes, Soop resta bouche cousue de fils bleus,
blancs et rouges disposés comme les drapeaux sur les
20Cyril Grange de Vaivre
Champs-Elysés, chaque 14 juillet témoignant chez lui
d’un certain nationalisme renaissant du moins pour
une telle circonstance.
Doubler un photon lumineux surtout par la
droite, assis sur une onde gravitationnelle avait tou-
jours été pour Soop un fantastique événement et un
émerveillement. Sentir son poids aller vers l’infini
pendant l’accélération, croiser des particules élémen-
tairesvenantdirectementducosmosbourréesd’énergie
toutenétantbienprotégéparlesparoisdesonfaisceau
laser relevaient des sensations indéfinissables comme
celles obtenues par un mélange de cocaïne, de L.S.D.
et d’opium à des doses létales. Sa causalité en prenait à
chaque fois un grand coup et il ne savait plus si c’était
lui qui vivait ces événements ou si c’était ceux-ci qui
l’incluaient lui, Soop dans leur univers.
Lesinstructionsconcernantsamissionavaientété
enregistrées sur une bande magnétique qui s’était auto
détruite dans une gerbe enrubannée et contemplative
de particules électriques comme dans les meilleurs
feuilletons américains. La conversation avec O’Do-
noghuen’avaitétéquetéléphonique,celuicinevoulant
pas, de près ou de loin, être mêlé à la nouvelle mission
de son subordonné. En fait, Soop savait que William
n’était plus qu’un faiseur d’enfants dans le dos des
cyphotiquesetqueladécisionde luiconfiercettenou-
velle mission venait de très haut. Son choix avait fait
l’objet de tractations de logiciels des plus élaborés sur
les plus gros ordinateurs de l’Organisation. Le super
Magtel intégré, possédant une pléiade de possibilités
télématiques avait été connecté aux différentes banques
dedonnéescomportantlesperformancesintellectuelles
et physiques de tous les membres de l’Organisation
danslemondesusceptiblesderéussirunetellemission.
Chaqueengrammedynamiquepermettantd’étudierles
décharges de la substance réticulée de chaque individu
ainsiqueles différentscircuitsneuronaux au niveau de
chaque synapse concernant les milliards de connexions
21Rendez-vous à L’Eve y danse
éventuelles avaient été étudiés. Le nombre de cellules
nerveuses de chaque candidat avait été calculé ainsi que
le pourcentage de perte journalière obligatoire. La
faculté d’adaptation aux phénomènes d’agression et
de stress avait été chiffrée, l’homéostasie métabolique
et fonctionnelle avait été démontrée. L’étude des
antécédents de chaque prétendant remontant jusqu’à
huitmilleansavaitétéétudiéedemêmequelacréativité
érotique, les motivations limbiques et le seuil d’émo-
tivité. Une pléiade de tests physiques avait également
étéintégréeet de toutes ces donnéesétaitsortiunnom
et un seul : Soop Senlay, trente trois ans, diplômé
de phénoménologie caractérielle hypochondriaque et
de géographie corporelle, ingénieur en spectrométrie
de masse populaire et professeur de sciences alitées et
copulatives. Le reste de sa fiche signalétique indiquait
quelques renseignements supplémentaires indispen-
sables :
-sexe: déterminé,detailleabsolumentnormale
- situation familiale: plusque compromise
- signe astrologique : vers de terre de bruyère,
ascendant taupe less
-platpréféré: platdecôtesdekangouroumaltais
au vinaigre argovien de dix ans d’âge
-principalequalité: nesedémontejamaismême
dans les situations extrêmes
- principal défaut : ne pas se démonter dans les
situations ayant dépassé l’extrême
22CHAPITRE4: MIMOSETTEFAISSENLAIR
Le train arriva enfin à son terminus. Soop sauta
ducompartimentetconstataquelesrails,éternellement
parallèles depuis le départ s’étaient rejoints et se pro-
longeaient comme une lame de sabre tendue vers l’in-
fini respectant ainsi certaines lois de la perspective. Au
loin elle transperçait le ciel et était responsable d’un
orage sans fin jusqu’au delà de l’horizon. Il fit faire à
sesyeuxtroiscentsoixantedegrésdanslesensanti-ho-
raireàplusieursreprises. Unefoislesinformationsre-
cueillies bien centrifugées, une photo nette du paysage
s’était inscrite dans son centre de la mémoire. Il était
à la campagne ; tout était vert comme les haricots à la
vinaigrette qu’il avait tant aimé quand il était enfant.
Detempsentemps,unepâqueretterosepâleémergeait
de cette couleur homogène et ses pétales s’ébrouaient
et scintillaient d’un plaisir bien fugace car rapidement
letroublions’éteignaitpourqueriend’autrenevienne
troubler l’immensité verte.
Soop chercha une âme soeur pour le renseigner
sur l’endroit atteint car rien ne permettait de prévoir
un terminus dans cet endroit si vert d’espoir. Cepen-
dant, à quelques mètres, il découvrit, perchée sur un
poteau de bois exotique minable une créature bien
étrange ressemblant un peu à une buse défraîchie.
Repliéesurellemême,ilsemblaitpourtants’agird’une
femme dont l’anatomie était bien difficile à décompo-
ser. Son nez qui était en forme de bâton de glace ayant
23Rendez-vous à L’Eve y danse
un peu fondu au soleil ce qui lui donnait cet air de
Gerfauthorsducharniernatalsurplombaitunebouche
plus haute que large témoignant de l’étonnement de
rencontrer quelqu’un à cet endroit.
-Bonjour,jem’appelleSoopSenlayetvouscom-
menton vous nomme, madame ? demandaSoop poli-
ment
- Mimosette faissenlair, répondit l’oiseau de
proie du bout du bec
-Auriezvousl’obligeancedem’indiquerladirec-
tion de l’Argovie Malgache ?
- Je ne sais pas et je m’en fous complètement ré-
ponditavec agressivité Mimosette,sespiedsarquebou-
tés sur le haut du poteau, ses bras repliés comme des
ailes laissant dépasser de chaque côté deux petits êtres
recroquevilléscherchantàcapterunpeud’airenmême
temps que les paroles de l’intrus
- Oh ! comme ils sont adorables ! dit Soop en
découvrant les deux petits vite ramenés sous l’aile pro-
tectrice de la femme. Comment s’appellent-ils ? Ce
sont vos enfants ?
Mimosette se redressa et amorça un semblant de
sourirepuisdonnalenomdesaprogénitureencoredu
bout du bec :
-Emorillon et Suçadette. ils ont neuf et quinze
mois.
Les deux bébés bien gras, entendant leur nom,
tentèrent de sortir de l’aile protectrice, tout sourire et
le nez en l’air comme un têtard concupiscent à la re-
cherche d’une goulée d’oxygène mais la femme les ra-
mena de nouveau sous elle brutalement.
- Si ce n’est pas indiscret, demanda Soop pouvez
vousm’expliquerpourquoivousêtesperchéesurunpo-
teau avec vos enfants ?
La femme secoua la tête de droite à gauche et de
mauvaise humeur raconta que c’était depuis la mort de
son mari, soldat du vingt cinquième régiment à rou-
lette, mort en chutant sur une plaque de glace et qui
24Cyril Grange de Vaivre
s’étaitfracturélacolonnevertébraledel’atlasaucoccyx.
Depuis ce temps là, elle préférait les hauteurs de peur
de glisser.
Convaincu de l’absence de coopération de la
femme rapace tant qu’elle resterait sur son perchoir,
Soop lui déclara avec malice :
-Etes-vousinforméequelabasedevotreperchoir
estcomplètementmangépardescapricornesetdester-
mites ?
D’ un saut Mimosette Faissenlair se retrouva de-
bout,sesdeuxmarmotsàchaquemainetsepenchapour
examiner le poteau juste au niveau de la terre. Dé-
couvrantlesparasitesconfortablementinstallésdansles
fibresdubois,ellecourutverscequiluiservaitdemai-
son et revint rouge de colère munie d’un long fusil à
pompe qui ne tarda pas à cracher sa poudre à la base
dupoteauanéantissantlesparasitesmaisdumêmecoup
renversant définitivement le précieux perchoir.
- Cela n’a aucune importance dit Mimosette,
j’enreplanteraiunautre,plusgros,plussolideettraité
d’avance par trois couches d’antiparasites.
Depuis son atterrissage, Mimosette Faissenlair,
quidepuislongtempsfaisaitpartie de lacompagnie des
os et gorets, s’était métamorphosée. Malgré son air
goguenard, elle avait maintenant un corps tout à fait
façonnépourleplumardseditSoop. Emorillonjouait
avec Suçadette paisiblement non loin de là. Il avait
enlevé son oeil de verre et, s’en servant de calot, jouait
aux billes dans le sable avec sa soeur. Il l’enfouissait le
plus loin possible et celui qui le retrouvait le premier
avait gagné.
Mimosette, voyant sa progéniture sereinement
occupée, et en sécurité, invita Soop à boire quelque
chose chez elle. Lorsqu’il la vit marcher de dos, la mé-
caniqueondulatoiredeseshanchesdéclenchaunenette
augmentationdel’entropiedesonuniversfantasmago-
rique. Mimosetteseretournaplusieursfoissurprenant
le regard prometteur de l’homme qui la suivait et
25Rendez-vous à L’Eve y danse
amorçaunsourirepourladeuxièmefois,celui-ciétant
à présent franc et massif d’authenticité. Le galbe de ses
hanches rappelait maintenant la courbe harmonieuse
descombesécossaisessurplombantleLochNess. Ilsar-
rivèrent dans la demeure et s’assirent confortablement
dans un canapé accueillant. Soop remarqua mieux ses
deux seins galbés dont les pointes tendues vers l’orient
et saillant sous son chemisier étaient une invitation à
la prière mahométane sur un tapis de féminité. Il res-
sentituneprofondemotivationlimbique etl’influence
facilitatrice de son hypothalamus latéral associé à l’ac-
tion inhibitrice de ses noyaux ventro-médians aboutit
àune érectiondurableinfluencéeparl’esthétiquemise
en valeur par Mimosette. Celle-ci souriait pour la
troisième fois, ce qui renforçait le désir de Soop et
l’invitait à être plus entreprenant. Il s’approcha d’elle
etdétruisitcesourire,àprésentcarrémentprovoquant,
en y posant ses lèvres toutes chaudes. Mimosette sentit
monterenelleundésirlointainetoubliémaisd’autant
plus intense car en pleine redécouverte. Il prenait
naissance au creux de ses reins et remontait jusqu’à ses
lèvres maintenant butinées à grand renfort de salive
incandescente et suave par la bouche de Soop. Comme
la lumière lui tirait sur les yeux à l’aide de photons
pointus, ses paupières s’abaissèrent découvrant des
cils aussi longs que les balais de Mamadou, officiant
rue de Rennes. Elle s’abandonnait nonchalamment
mais sûrement aux caresses à présent beaucoup plus
entreprenantesdeSoopquiavaitdumalàsecontrôler.
Sous l’effet du plaisir, les pupilles de Mimosette com-
mencèrent à se dilater alors que ses jupes et son nez se
retroussaient. Elle arriva à complètement oublier sa
responsabilité de mère, libérée du poids des années et
desesvêtements. Soop avaitalorsentreprisdescaresses
cutanéo-muqueuses ce qui produisait un mouvement
oscillant de sa taille dont la circonférencese réduisaità
chaquepassage. Unelégèrefuméenaissaitàchaquefois
que son index thermodynamique passait entre les deux
26Cyril Grange de Vaivre
berges de sa cicatrice qui s’humectait de plus en plus
d’un suc onctueux et brûlant. Lorsque Soop se coucha
sur elle, leurs poitrines engagèrent un duel au fleuret
et l’entremêlement de leurs poils pubiens firent la joie
des morpions féminins en pleine crise du logement.
Soopavaitlapeauunpeuacideetlestâchesderousseur
de Mimosette virèrent rapidement au rouge brique.
Elle tortillait des hanches et ses lèvres entrouvertes
laissaient passer de temps à autre sa langue caméléon
ponctionnant quelques gouttelettes de volupté sur le
cou et les épaules de son partenaire. La langue ardente
de Soop balayait son épiderme de la gorge à la cuisse
puis de la cuisse à la gorge inlassablement jusqu’à
échauffement de son nombril et de sa ligne blanche.
Enfin il la pénétra profondément et intensément
pendant plusieurs minutes labourant son mont de
vénus en allant vers chaque angle. Mimosette perdait
la tête mais également conscience, certaine qu’elle ne
pourraitjamaisseremettredesensationsaussiintenses.
Mais cette ivresse, prodiguée par les coups de boutoir
de la lance à incendie de son partenaire uniquement là
pouréteindrelebrasierquiétaitnédanssonbasventre
était un tel enchantement qu’elle préférait en avaler
son bulletin de naissance. L’enthousiasme de Soop
était maintenant poussé à l’extrême, scandé par les
oscillations symétriques de Mimosette, leurs ceintures
pelviennesétantenphase,réuniesparlamêmeboucle,
les transportant dans un autre monde.
Etcommeelleleprévoyait,MimosetteFaissenlair
mourutsurlecoup,déchargéeàboutportantetàgrand
renfort de vigueur incontrôlée lorsqueSoop déclencha
le feu d’artifices.
Danssaconfusionpost-coïtalebienlégitime,ilne
vitquetardivementarriverl’angequiavaitcachésesailes
sous un grand manteau de satin noir.
-Hello,luiditl’ange,alorsque Soopreprenaità
peine conscience,jevienspourl’extrêmeponction!
27Rendez-vous à L’Eve y danse
- Faites comme vous en avez l’habitude répondit
Soop à la fois pour ne pas paraître trop ignorant dans
unesituationaussisaugrenueetn’étantpasencoreremis
de ses émotions.
L’angesortitungrostrocartaveclapointerecour-
béeverslahampe,tiral’oreilledeMimosetteentredeux
doigts, puis pénétra profondément dans son conduit
auditifexterne. Iltournicotatroisouquatrefoisletro-
cart puisle retira d’un coup sec et s’exclama :
-Ca y est, je l’ai, une de plus et comme elle est
belle !
Ondistinguaitnettementuneâmepastrèspropre
pendueparlespiedsauboutdutrocart,l’aird’unado-
lescent surpris par ses parents couché avec une copine
dans le lit parental lors de sa première surprise partie.
L’angemitl’âmesoussonaileprotectriceets’éclipsasi-
lencieusement.
Soop se moucha la chandelle, entreprit rapide-
ment de restructurer son tissu productif à l’aide d’un
gant de toilette humide, quitta à regrets Mimosette
Faissenlair désamée définitivement et prit la direction
quiluiparaissaitlaplusappropriée. C’étaitl’automne,
les derniers fruits avaient tendance à courber leurs
branches protectrices comme des pendus qui deman-
daient à être cueillis avant de pourrir. Le chemin était
tracé au couteau et le talus était parsemé de copeaux
sanguinolentsentrecoupésdecroûtesde terreviolacée.
Soop s’arrêta de justesse au pied d’une pancarte
située en plein milieu du chemin et releva lentement
la tête pour éviter à ses vertèbres cervicales un retour-
nementde situation. C’était une pancarte vert méthyle
indiquantavec unelarge flèchel’Argovie Malgache.
28CHAPITRE5: ENARGOVIEMALGACHE
Soop se leva, s’étira, dérouilla ses raideurs ma-
tinales et dénoua ses muscles thoraco-brachiaux et
abdomino-pelviens qui lui permettaient de dormir en
boule. Ildécrocha desa gorge le mucustransportémi-
nutieusementparsescilstrachéaux,éructajoyeusement
et bruyamment et comme son intestin appréciait, il
lui fit savoir par un applaudissement de gargouillis qui
jaillitducreuxdesonventre. Bientôt,celui-cifutsuivi
par l’écho sourd, indolent tout enétantpastotalement
inodore de sa fermentation intestinale nocturne qui
brisait ses chaînes à la manière d’un trompettiste de
jazz en quête d’une nouvelle octave. Il alla arroser le
clitorisdeJacobetsesentitnettementpluslégerdu bas
ventre. En ce début de journée, il se sentait en pleine
forme. Il entrepris de se contempler dans la glace
commetousles matinset tous lessoirspour se rassurer
sur l’espèce humaine et se trouva encore une fois bien
proportionné. Son épaule droite ne dépassait que
d’un centimètre en hauteur son épaule gauche ce qui,
pour un ambidextre, était à la limite de l’acceptable.
Sa face nord était intéressante : profil taillé dans le
rock des années soixante avec épine de l’omoplate aussi
aiguë qu’une octave des Beach Boys mais toutefois
peu saillante. Sa face Sud ne manquait pas non plus
d’intérêt bien que moins acérée que la précédente :
Son épaule gauche présentait une courbe plus douce
tel le premier virage faisant suite à la ligne droite des
29Rendez-vous à L’Eve y danse
Hunaudières sur le circuit du Mans. Son ventre était
plat, parsemé des huit bosses abdominales tradition-
nelles faisant penser aux rondeurs de Zabriskie point,
surmontées par deux larges pectoraux se prolongeant
loin vers les épaules comme l’auvent d’une toile de
tenteberbèredansl’Atlasmarocain. Plushaut,soncou
étaitlongetfiertelungallinacéd’unecourdebasétage
avantlecocorico fatidique quifait lever lecielà l’hori-
zon. Ses hanches rectilignes étaient bien campées sur
deuxjambeslonguesetrobustesdontlesrotulesavaient
été burinées au marteau à réflexe. Ses yeux étaient vert
émeraude polie au scotch brite déjà fortement avancé
rendant son iris piqueté de nombreuses petites taches
multicolores. D’aucuns, qui le considéraient comme
le mec le plus ultra les avaient comparé au vert d’une
bouteille de Meursault 47 ayant déposé sur le fond et
surlesbordsunefinecouchedepierreàvin. Sapupille
aux aguets était animée de mouvements rotatoires vifs,
bien que sa paupière supérieure surchargée par une
intense activité onirique qui venait de parsemer son
sommeil agité ait quelques difficultés à se maintenir
en position haute. Quant à sa paupière inférieure,
elle était encore gonflée comme si elle avait été butinée
par un essaim de guêpes venant d’être détruit par une
bombe des forces révolutionnaires d’Argovie Malgache
du sud. Quelques sillons convergeaient de son apo-
physezygomatiqueverslebordexternedel’oeilcomme
des bretelles d’autoroute se rendant à la capitale par le
périphérique sud. Son nez achiléen était franc et long.
Sa bouche, trop habituée à moduler un vocabulaire
ésotériqueressemblaitaugouffredePadiracàl’oréedu
printemps et ses lèvres pleines dessinaient un sourire
malicieux et anticonstitutionnel.
La veille au soir, il avait finalement trouvé assez
facilement l’Argovie Malgache où seuls quelques yeux
douaniers inquisiteurs d’un noir papiste s’étaient po-
séssurlescontreforts desonsactelleuneaileDelta sur
30Cyril Grange de Vaivre
un glacier sale et avait retardé son arrivée dans son hô-
tel. Onluiavaitréservéunechambredansleplusgrand
hôtelquatreétoilesgénéraliséestrentesixchandellesde
Bernice,lacapitaleéconomiqueetindustrielledel’Ar-
govie Malgache.
Après qu’il eut tourné quatre fois une des portes
rotatives de l’hôtel, un grand hall napoléonien l’avait
accueilliainsiquetroisgroomsencostumed’apparat,se
tenant en rang d’oignon devant une immense fontaine
delaquelleremontaitl’eaujusqu’audernierétagepour
retomber enpluielelong desmurs. L’effetétaitsaisis-
santetlesgroomsenprofitèrentpourguiderSoopvers
un grand comptoir où d’autres membres du personnel
l’attendaient.
-Bonjour, je m’appelle Soop Senlay,j’ai…
-Oui,monsieurSoop,coupal’employéprincipal
avec un accent argovien malgache teinté d’un soupçon
de belge des Ardennes et confondant déjà le nom et le
prénom de Soop, nous vous attendions.
-MonnomestSenlayrétorquaSoopavecunsou-
rire poli à la ponceuse à eau
- Oui, Monsieur Soop répondit avec une révé-
rence l’employé à l’accent curieux. Nous vous avons
préparé la suite Dernier Empire au dernier étage avec
vue artificielle sur la mer au sud et vue réelle sur les
combes malgaches au nord. Vous y serez bien, Mon-
sieur Soop. Allez-y seulement !
Soop abandonna toute remarque et se laissa gui-
derverssasuiteparl’employéprincipalmunid’uneclé
électroniqueayantlatailleetl’aspectd’unecléclassique.
Suivaientdeux autresemployésau gardeà vous,l’un de
sexe mâle, l’autre probablement une femme sans que
Soop en soit certain, son chapeau de grenadier tom-
bantpratiquementjusqu’àlaracinedesonnezl’empê-
chantdedécouvrirsesyeux. Entourédestroispréposés,
il se dirigea vers un vestiaire où l’employé principal lui
expliqua avec un accent argovien malgache rendant ses
31Rendez-vous à L’Eve y danse
proposdifficilementcompréhensiblesqu’ilétaitnéces-
sairederevêtiruncirésursoncostumetroispiècespour
monter dans l’ascenseur.
-Ilfautmettreunecamisoleetdesgrandesbottes
carilyadesgrossesgouillesetilvaroyerunmaximum,
çac’estclairpourmonterdansvotresuite. C’estunpeu
le chenis mais nous vous aiderons volontiers.
Soop ne comprenant pas un traître mot et refu-
sant d’obtempérer, l’employé principal claqua dans ses
doigtsendirectiondesdeuxautresetceluiquiétaitsup-
posé ne pas être un homme s’avança, claqua des bottes
devantsonsupérieurhiérarchique,fittombersoncha-
peauetdécouvritunesuperbechevelureonduléeoùal-
ternaient le châtain clair et la couleur des blés. Elle fut
malheureusementbienviterecouverteetenfouiedansle
capuchon du ciré. Puis l’individu qui maintenant était
certainement une femme, se dirigea vers la cascade qui
dégoulinaitdesmursettraversasansbronchernihésiter
d’une seule botte l’écran d’eau en mouvement. L’em-
ployéexpliquaàSoop quepouratteindrel’ascenseuret
l’utiliser il était indispensable de se protéger. Celui-ci
fonctionnait en effet grâce à la force de l’eau qui tom-
baitetremplissaitlespâlesd’unerouecommecellesqui
servaientàmouvoirlesgrosbateauxsurleMississippiau
siècledernier. Finalement,Soopselaissaconvaincreet
enfila le ciré jaune malgache avancé et suivit l’employé
principal sous la cascade. L’effet fut encore plus saisis-
sant lorsqu’ils reçurent l’équivalent des chutes du Nia-
gara sur la tête en passant sous lestrombes d’eau. L’as-
censeurcopieusementarrosélesmenaavecunerapidité
déconcertante au dernier étage. La vue du hall napo-
léonienderrièrelescolonnesd’eaufaisaitpenseràune
galeriedecristalentrevueàtraversdeslunettesdepres-
byte. Ils quittèrent l’ascenseur et les cirés à regret tant
l’effet était surprenant et finalement délicieux. Soop
pensait déjà au moment où il redescendrait.
Ungrandcouloiràl’extérieurdelacolonned’eau
s’offrait à eux et ils l’empruntèrent tous ensemble, la
32Cyril Grange de Vaivre
jeune employée les ayant retrouvés sur le palier du
dernier étage. Il ne faisait maintenant plus de doute
qu’il s’agissait d’une femme car elle n’avait pas remis
son volumineux couvre-chef et ses yeux bleus avaient
pu croiser le regard interrogateur de Soop. Il n’aimait
pasnepasconnaîtrelesexe desesinterlocuteursmême
lorsqu’il s’agissait d’un ange.
Ilsarrivèrentdevantuneporteenboisciselé,pro-
bablement du chêne ou du hêtre constata Soop en po-
santsesdoigts expérimentésle long du chambranle.
-Voilàc’estici,çac’estclair,ditl’employéprinci-
pal. C’estlenuméro218,oubien,dit-ilavecunaccent
pas racontable. Entrez seulement !
La clé fut introduite avec dextérité par la jeune
employée sous le regard satisfait de son supérieur et la
portes’ouvritsanslemoindregrincementdel’huisnile
moindre craquementdu bois. les trois sous-fifress’ef-
facèrent pour laisser pénétrer Soop et la jeune femme
s’humecta les lèvres lors de son passage pour annoncer
d’unevoixmonocordemaisnonmoinsséduisante,mais
toutefois teintée elle aussi d’un accent argovien mal-
gache impossible à reproduire même pour l’imitateur
le plus chevronné :
- Ca joue, ou bien ? Si vous avez besoin de quoi
quecesoit,frappezdansvosmains,çac’estabsolument
clairquenousarriveronsvolontiersetrapidementpour
vousservir, si jamais,monsieurSoop. Allez,adieu !
Ilss’éclipsèrenttoustroisalorsquelaportesere-
fermaitautomatiquementetquelacléélectroniquesau-
taitd’ellemêmedanslapochedroitedeSoopcommeun
marsupial argenté piqué au vif.
33CHAPITRE6: LEVIDÉO-RÊVE
Soops’avançaàtâtonsdanslasuitenapoléonienne
car la lumière venait de s’éteindre dans le couloir me-
nantàlapièceprincipale. Aufuretàmesurequ’ilavan-
çait, il sentait ses pieds s’enfoncer de plus en plus dans
l’épaisse moquette à poils longs qui recouvrait le sol. Il
en eut bientôt jusqu’aux genoux et s’inquiéta quelque
peu, étant toujours dans le noir. Il avait maintenant
l’impression d’être dans du sable mouvant et son an-
goissemontaaufuretàmesureque soncorpss’enfon-
çaitdanslamoquette. Toutàcoup,alorsqu’ilatteignait
lecentredelapièce,plusieursspotsinondèrentlasuite
d’une lumière douce et les poils de la moquette sur-
prisetvexésdel’être,rentrèrentdanslesolenondulant
commedesversdeterresurprisparunebêche,rétablis-
sant une stabilité bien compromise. L’effet de surprise
associéàl’homogénéitédelalumièredanslapièceren-
dit tout de suite celle-ci des plus agréables. C’était une
sortedesalondontlecentreétaitoccupéparunbaren-
touré d’une grosse poutre ronde en chêne massif. Un
détecteurélectroniquedesaliveàdistanceétaitconnecté
à l’ouverture du réfrigérateur et à un robot serveur qui
s’employaitimmédiatementàfournirlaboissondeson
choix encas desoif intempestive du client. Une chaîne
vidéo télécommandée par la voix trônait sur une pe-
tite table mobile dont le pied unique était fixé dans
35Rendez-vous à L’Eve y danse
le sol moquetté. Outre les dizaines de chaînes habi-
tuelles captées par satellite deux programmes particu-
lierscaptèrentl’attentiondeSoop: surlecanalsoixante
deux, un vidéo-rêve était proposé alors que sur le ca-
nal soixante neuf c’était une vidéo-analyse Lacanisée et
personnalisée. Soop choisit le canal soixante deux par
curiosité. Le programme débutait par de la publicité
pour le sommeil paradoxal vantant ses mérites quant
aux bienfaits de l’activité onirique. Puis défilèrent des
images sensorielles colorées et animées où se mêlaient
la lévitation puis la chute dans un gouffre, la fuite vers
l’inaccessible, la poursuite et la mort d’un ennemi et
enfinlesexetoujoursbienvivant. Soopunpeuinquiet
mais ravi commença à ressentir une certaine émotion
devant ces images car son vidéo-rêve n’était pas loin de
devenirréalité. Entièrementcaptivéparlesimagesbien
choisiesdéfilantdevantsesyeux,ilsemettaitàrêversans
dormir. Emu maissatisfaitdecette expérience intéres-
sante,ilapplauditsansretenueceprogrammeinéditce
qui, dans son rêve correspondit au battement des per-
siennesunjourdegrandmistralàSaintPauldeVence.
Leprogrammeseterminaparunflashpublicitairesurla
phénoménologie comportementale avec l’incrustation
habituelle au basde l’écran : "Pourobtenirl’interpré-
tationdevotrevidéo-rêve,tapez26.16codeSigmund."
36CHAPITRE 7 : EXCALIBUR
RHODODENDRON
En rouvrant les yeux, Soop découvrit l’employée
aux yeux bleus qui, comme elle l’avait annoncé, appa-
raîtrait dès que Soop frapperait dans ses mains, ce qui
s’étaitréalisé quand celui-ci avaitapplaudi lavidéo.
- Vous m’avez demandée, monsieur Soop, ou
bien ?
Soopinterloqué,nesachantpassicelle-cisurgis-
saitdesoninconscientousielleétaitbienréelledevant
ses yeux, ne pu que répondre affirmativement par un
signe de tête.
- Je suis à votre entière disposition, Monsieur
Soopditlafameuseemployéeaugardeàvous,lesourire
aux lèvres et les lèvres au zénith. Elle avait recampé
son volumineux couvre-chef jusqu’aux oreilles et son
uniforme bleu turquoise moulait son corps dans ses
plus intimes détails. Ses bottes en cuir noir brillant
remontaient jusqu’aux genoux et se terminaient par
deux petits talons juste assez hauts pour galber son
mollet qui paraissait dessiné par le premier de la classe
des Beaux Arts.
- Quel est votre nom, mademoiselle ? demanda
Soop.
-Excalibur Rhododendron réponditl’employée.
En fait,monvrai nom estExcalibur Rhododendron de
laFarce. MonpèreaétéanobliparCunégondeII,reine
37Rendez-vous à L’Eve y danse
des Argoviens Malgaches en 1932 après qu’ il ait brillé
pendant la guerre contre les Phrygiens.
-C’estuntrèsjolinom,ditSoop. Etçafaitlong-
temps que vous travaillez dans ce palace ?
- Depuis toujours, Monsieur Soop. J’ai été en-
gagée comme tous les employés de l’hôtel car j’étais et
je reste handicapée de la mentalité. C’est difficile de se
direquel’onestpascommelesautresmaisons’yhabi-
tue, surtout lorsque l’on est tous dans le même bain et
c’est un défaut dont on s’accommode assez facilement
en vieillissant.
Excalibur devait avoir à tout casser dans les vingt
cinqouvingtsixans. Toutenrépondantaux questions
de Soop, elle laissait ses formes harmonieuses se mou-
voir avantageusement dans la pièce moquettée où ses
bottesdégageaientàchaquepasunepetiteétincelleélec-
trostatique qui rendait l’atmosphère un peu plus élec-
trique. Toujours en arpentant ce salon, Excalibur de-
manda :
- Ca c’est clair qu’il fait chaud dans cet hôtel. Ca
vousdérange,MonsieurSoop,sijememetsàl’aise,ou
bien ?
Soop répondit négativement par un signe de tête
et Excalibur joignant le geste à la parole, commença à
se livrer à un interminable strip-tease. Son chapeau
de grenadier s’envola près de la fenêtre d’un geste lent
maissuffisammentappuyépouratteindresonobjectifet
courber ses poils dans le sens du vent. La blondeur de
sa chevelure perlée de reflets roux et d’éclairs auburns
épousaient à présent la rondeur de ses épaules par des
boucles voluptueusement adaptées depuis qu’elle avait
ôté son volumineux chapeau militaire. Elle commença
àdéfairelentementsonuniformeetl’éclairdesesbou-
tonsbienpolisquisereflétaitdanslalumière,aveuglait
Soop à chaque mouvement du pouce dans la bouton-
nièrecommeunflashd’appareilphoto. L’uniformefit
place à dessous-vêtementsraffinés dominéspar un ca-
racodesoiegrisargent,parédefestons,raffinementde
38Cyril Grange de Vaivre
sa féminité dont le fin boutonnage antérieur invitait à
la participation.
Excalibur l’avait d’ailleurs parfaitement anticipé
et s’était arrêtée, campée sur ses deux grandes bottes
noires,surmontéedesoncaracodesoiegrise,attendant
les désirs et lesordres, Un engouement soudain et fré-
nétiquepourl’érotismeetlesrelationsétrangèresenva-
hit Soop qui, par politesse, invita Excalibur à s’asseoir.
Comme il faisait chaud et que la salive avait tendance à
seraréfierdanslesbouches,lerobotserveurdeboissons
apparutcomme par enchantement devant le lit en van-
tant d’une voix monocorde la carte où on pouvait tout
trouverdepuislebanalsiropd’orgeatcaraméliséauplus
sophistiqué des bourbons. Excalibur choisit une bière
malgache étant habituée à son goût et s’assit avec len-
teur et légèreté sur le lit à côté de Soop. Elle croisa ses
jambesavecgrâce,cequifitfrissonnerlecuirnoirdeses
grandes bottes. Soop préféra un scotch avec de la glace
etlerobotserveurs’éclipsaavecbeaucoupdediscrétion.
Les bouches, un peu émues se contentaient de sucer le
borddesverresethappaientparmomentunegouléede
la boisson supposée délier les langues. L’effet attendu
se fit sentir lorsque la conversation reprit et que Soop
s’enquit de l’occupation d’Excalibur qui se prêtait sans
aucune retenue aux questions-réponses.
-Excalibur,vousêtesbeaucoup parmileperson-
nel àvousmettreà ladispositiondu clientcommevous
le faites actuellement ?
- Tous les membres du personnel aussi bien fé-
minin que masculin sont susceptibles d’approcher de
très près les clients et de se mettre à leur disposition ;
c’est dans le contrat d’engagement que nous avons si-
gnérépondit-elleavecunsouriremalicieuxetunnou-
veaufrissonnementducuirdesesbotteslorsqu’elledé-
croisa ses longues jambes pour les recroiser lentement
et voluptueusement dans l’autre sens des fourmis étant
en train de sucer ses orteils.
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