Ressacs

De
Publié par

Et si je n’avais pas trahi ? Il y aurait eu un après quand même ? D’après elle il n’y aurait jamais eu d’après puisqu’il n’y aurait jamais eu d’avant ! CQFD !

[…] Il ne restait chaque soir qu’un tas de cendres grises et sales. Qu’étais-je d’autre ?


Alyssia?

[…] Qu’est-ce qu’elle boit au petit déjeuner?

[…] Les coudes sur la table, celle de la petite cuisine, une mèche de ses cheveux éclairée du soleil levant, qu’elle repousse de sa main endormie ?

[…] Déposer un baiser du matin dans son cou chaud, celui que je n’aurais pas eu le temps? Éjecté par le réveil? Comment se réveille-t-elle ? Comment s’endort-elle ? Comment s’endormirait-elle ?

[…] On s’accroche aussi à ce qu’on peut, à une troisième, à un quatrième ? On s’emboîte aussi avec eux. Est-ce qu’on s’entend encore dans cette transmission brouillée, cette cacophonie, ces bruits de partout ; toutes ces voix intérieures, toutes ces voix extérieures, toutes ces voies de garage ?


Publié le : dimanche 1 janvier 2006
Lecture(s) : 22
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9999998730
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
 Le rire de Nicolas vient de me tirer de ma lecture en pilotage automatique.  Je ne suis pas vraiment motivé : Houellebecq… Je ne connaissais pas !  Mais ce bouquin c’est elle qui me l’a prêté. Son prénom vient à mes lèvres, s’arrête léger.  Ce livre comme une clef ? Ça ne m’avait pas paru évident, au moment où elle me l’avait donné… en public.  Rire d’enfant : je ne contrôle pas une étincelle de bonheur interne et intense.  Et je me retrouve en double file page 19.  Vacances de Toussaint à l’Île de Ré, lundi soir.  La maison est très sympa. La nuit est tombée et nous sommes tous dans la grande salle plus ou moins autour de la table centrale. J’aimerais bien simplement goûter l’atmosphère de veillée qui règne ce soir. Ces retrouvailles de morceaux de famille que j’apprécie à leur juste valeur, depuis que je n’ai plus accès à aucun minimum garanti de ce côté-là.  Nicolas qui rit : vase communicant de ma mélancolie in-sulaire. Son rire est d’autant plus beau, plus clair que je le sais dépendre aussi de mes renoncements. De tout un tas de petits renoncements quotidiens qui font la grandeur de ma condition de père… et la très très lente décadence de ma condition d’Homo Erectus.  Son rire, Elles, le livre, ces vacances. Moi écartelé, la partie pesante, douloureuse juste ce qu’il faut, ici dans ce canapé.
7
 Un congé dans ce que j’envisageais comme un petit paradis… dont j’avais eu la pomme, en avance, vendredi.  Ma première envie après avoir satisfait à mes devoirs d’homme, comme trouver le disjoncteur, ouvrir le robinet d’arrivée d’eau qui en général se trouve sous une plaque de ciment dans le jardin (et là il y était !), mais sous un bout de matelas en mousse isolante, informe et dégoulinante (qu’il faudra remettre avant de partir – « Si, si, on doit laisser comme à l’arrivée ! »… et après pour me laver les mains ?…), mettre en route le cumulus d’eau chaude, réparer le tuyau de gaz datant du millénaire précédent… aurait été de me sauver à la plage, pour décanter de quatre ou cinq longues heures de conduite automobile… en famille (pas vraiment : heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage…).  Retrouver l’odeur de la mer et sa couleur.  Marcher dans le sable…  Il fallait aussi (de toute urgence !) négocier l’ordre de passage avec les différentes parties, remonter la roue avant du vélo de Nicolas, ou démonter (« Sans rien casser, car le propriétaire y tient ! ») le système sophistiqué de verrouillage intérieur des volets fait de bouts de fils électriques… sans pince autre que celle qu’il a fallu que je trouve dans ma caisse à outils (Homo Habilis oblige !) qui était sous les bagages que j’ai donc déchargés dans la chambre, une fois qu’elle a été choisie. J’ai honteusement caché les morceaux de fils, qui cassaient lorsque je les détorsadais, me promettant d’explorer le garage pour échange standard… Plus tard.  L’air affairé, j’ai trouvé par miracle mon maillot de bain sans trop déranger les valises abandonnées opportunément en cours de déchargement. Je me suis déshabillé/rhabillé dans la salle de bain, sous prétexte de me laver les mains, ne répondant à aucun appel au secours style « Papa où estmon raccord de pompe ? » ou « Tu pourras venir voir ?Mabranche de lunettes de soleil se dévisse ». Des milliers d’années d’évolution nous ont menés à Homo Sapiens !
8
 La caisse à outils d’une main et rien dans l’autre (je ne pouvais quand même pas faire semblant de promener la serviette de bain !), je me suis dirigé, très concentré, vers le jardin, direction la voiture, que j’ai rangée/fermée. Vélo enfourché, sans regarder en arrière (c’est comme cela que nous sommes arrivés à Homo Sapiens Sapiens. Un homme averti…), j’ai pris sans GPS la direction du bord de mer, vers le plein soleil.  Il y avait quoi… sept cents mètres ? Pas trop pour trouver sans aide ; assez pour semer d’éventuelles velléités de pro-longer le cocon familial dont les congés sont si friands.  J’ai pris un long temps d’approche amoureux : d’abord la vue, puis le parfum, puis le doux murmure des vaguelettes, puis le contact chaud du sable sous mes pieds nus. Je me suis ensuite déshabillé puis avancé vers l’eau à la toucher, pour finalement pénétrer dans l’Océan bizarrement plat, calme, et couleur du Soleil bas de fin octobre. Superbe ! Divin !  Transparences fugitives… Transitives fulgurances…  Ça, c’était il y a quelques heures. Le contact de l’eau sur ma peau m’a fait repenser à elle ! Elle m’était déjà revenue furtivement en approchant du Poitou. J’avais essayé d’ima-giner sa vie là-bas, son enfance, elle petite fille…  J’avais fredonné « Sur tes pas ». Le temps de conduite était passé plus vite à essayer d’en retrouver les paroles.  Je me sens bien de ce bain de mer, d’être dans une paren-thèse de vie. Le soleil, le sel aussi.  J’avais lu dès que possible la dernière de couverture : un passage où une fille strip-teasait dans une soirée. Cela commen-çait très moyennement…  Ce dépoilage lui avait-il plu ? Dans les conditions décrites, impossible ! Avec moi… et peut-être lui en plus… ?
9
 J’avais attaqué le premier chapitre sans grande conviction ; plutôt comme un moyen de la rejoindre. Poser mes yeux où les siens avaient erré… m’isoler… avec elle.  J’avais parcouru quelques pages et la tête pleine de son sourire, je n’avais rien compris.  L’auteur et l’ouvrage avaient fait un tabac… Paraît-elle.  Ça faisait une dizaine d’années que je lisais tout ce que Science et Viecomme ouvrages. De la structure du conseille Cosmos à la flèche du Temps ; de la Relativité au Chaos ; du Déterminisme au Hasard… sans oublier les Trous noirs.  Alors évidemment, là je ne savais pas bien où j’allais.  J’avais oublié que dans un roman on part pour un voyage comme quand j’étais gamin. Une fois monté dans la 403 dont les housses plastique des sièges sentaient le tabac froid, je savais qu’on allait en vacances. Point !  La seule chose certaine c’est que j’arriverai… à la dernière page… parce que c’est elle.  Je me laissais toujours emporter, finalement.  Le dîner était agréable. La soirée s’annonçait télévisuelle. Le 11 septembre encore frais encombrait tout. J’ai eu peur d’une remarque, d’un point d’accroche qui déclenche une de ces interminables joutes oratoires entre Bertrand et moi. Il y en a actuellement qui refont le monde à notre place et de manière plus radicale…  Après le dessert j’ai repris une tranche de roman. Sa digestion décidément était difficile. Par contre moi je me sentais terri-blement lisible de son prénom qui virevoltait dans mon crâne.  Je suis allé aider Bertrand à faire la vaisselle. Enfin, à char-ger le lave-vaisselle du débarrassage efficace des deux garçons. Les femmes passent un coup de balai dans la salle en discutant régime. LesSeventiessont passées par là elles aussi. J’aime cette atmosphère de ruche sans roi ni reine.  Les deux cousins ont sorti un jeu de cartes et ont commencé la distribution. Bertrand s’accroche à la télé.
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.