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Retour à Ellinghurst

De
496 pages
1910. Les enfants Melville grandissent dans le château familial d’Ellinghurst : Jessica rêve de haute société londonienne, sa sœur Phyllis d’études à l’université, leur frère Théo, héritier du domaine, éclipse déjà tout le monde autour de lui.Quand la Grande Guerre éclate, chacun tente de trouver sa place dans un monde en pleine mutation. C’est alors qu’Oscar Greenwood fait irruption dans leur vie pour la bouleverser à jamais et révéler des secrets de famille enfouis depuis longtemps. Dans une atmosphère à la Downton Abbey, Clare Clark met en scène de façon subtile et élégante le violent conflit entre tradition et modernité qui frappe la société anglaise d’après-guerre.
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Clare Clark
Retour à Ellinghurst
Flammarion
Maison d’édition : Flammarion
Patricia Reznikov
Titre original : We that are left © Clare Clark, 2015. Pour la traduction française : © Flammarion, 2016.
ISBN numérique : 978-2-0813-8909-0 ISBN du pdf web : 978-2-0813-8910-6
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 978-2-0813-5958-1
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Présentation de l’éditeur :
1910. Les enfants Melville grandissent dans le chât eau familial d’Ellinghurst : Jessica rêve de haute société londonienne, sa sœur Phyllis d’études à l’université, leur frère Théo, héritier du domaine, éclipse déjà tout le monde autour de lui. Quand la Grande Guerre éclate, chacun tente de trouver sa place dans un monde en pleine mutation. C’est alors qu’Oscar Greenwood fait irruption dans leur vie pour la bouleverser à jamais et révéler des secrets de famille enfouis depuis longtemps. Dans une atmosphère à la Downton Abbey, Clare Clark met en scène de façon subtile et élégante le violent conflit entre tradit ion et modernité qui frappe la société anglaise d’après-guerre.
Retour à Ellinghurst
Pour Luke, Alice et Frances, Un tiers pour chacun, Parce que c’est juste.
Ils ne vieilliront pas, comme nous qui demeurons, L’âge ne les atteindra pas, ni les années ne les condamneront. À l’heure où le soleil se couche et au petit matin, * Nous nous souviendrons d’eux. Laurence Binyon, « Pour ceux qui sont tombés », septembre 1914.
Prologue
1920
Ils suivaient le cercueil depuis l’église. Il pleuvait. Des bourrasques emportaient les chapeaux. À la tête de la procession, le prêtre tenait fermement sa soutane toute gonflée par les rafales et chantait : — Nous n’avons rien apporté en ce monde et nous n’emportons rien avec nous en partant. Le Seigneur a donné et le Seigneur a repris. Et le vent happait ses paroles et les dispersait comme autant de feuilles. Phyllis, Jessica et Oscar se tenaient ensemble au b ord de la tombe, la tête penchée. Derrière eux le cousin Evelyn levait un parapluie au-dessus de Lettice, la pointe contre le vent pour l’empêcher de se retourn er. Elle était de nouveau enceinte. Cette fois c’était une fille, elle en était sûre, avait-elle confié joyeusement à Jessica. Elle n’avait jamais été aussi malade. Après cela, ils se retrouvèrent à la maison pour un thé et des sandwichs. Marjorie aida Jessica avec les tasses, tandis qu’Oscar serrait les mains des quelques métayers présents, rougeauds et maladroits, dans leurs habits du dimanche. Depuis son cadre au-dessus de la cheminée, Jeremiah Melville observait les opérations d’un air mécontent, ses mains serrant sa canne. Oscar essayait de ne pas le regarder. De l’autre côté de la grande salle, Mr Rawlinson mu rmura quelque chose à l’oreille de Phyllis qui acquiesça. Elle laissa son regard errer par la fenêtre. Son vêtement noir rehaussait la pâleur de sa peau, l’éc lat roux de ses cheveux. Rawlinson se tourna, croisant le regard d’Oscar. Oscar fit semblant de ne pas le voir. L’avocat était simplement venu offrir ses condoléances, se disait-il, mais il ne lui parlerait pas. Un homme plus délicat se serait abstenu de venir. Ce fut une modeste réception. Lorsque le dernier invité fut parti, Oscar laissa les femmes devant le feu et partit faire un tour. L e vent était tombé et l’air était humide et glacé. Il sentait la terre mouillée et les feuilles pourrissantes, et aussi un tout petit peu la mer. Il traversa le jardin qui s’assombrissait et le terrain de croquet, et se dirigea vers la tour dans les bois. Après tout ce temps, elle le fascinait encore. Au bas de l’escalier en hélice il s’arrêta, une main sur l’arche de pierre qui menait à la pièce carrelée. Le sol était jonché de feuilles et les fenêtres étaient recouvertes de lierre et de ronces, de vrilles qui se faufilaient par les vitres brisées pour s’enrouler autour des bancs moisis. Sur le mur, les carreaux étaient gris, rendus poisseux par la saleté
et les toiles d’araignée. Il en frotta un de son poing fermé. La céramique jeta une lueur dans le crépuscule, comme le blanc d’un œil. Lorsqu’il arriva en haut de la tour il était essoufflé. Ici, le ciel était d’une teinte plus pâle. La silhouette basse de l’île de Wight s’ étalait à l’horizon, et la brise chantait dans les fenêtres sans vitres. Sir Aubrey l’avait amené ici une fois lorsqu’il était enfant. Sir Aubrey ne semblait pas être au courant que cette pièce était le fief privé de Theo et que son accès ne se faisait que su r invitation. Il avait seulement fait promettre à Oscar qu’il ne dirait rien à Marra ine Eleanor. Cette dernière trouvait la tour dangereuse. Sir Aubrey avait expliqué à Oscar que la tour comptait treize étages et trois cent quatre-vingt-cinq marches, qu’elle mesurait soixante-six mètres de haut et cinq mètres cinquante de côté, sans compter l’escalier extérieur, et qu’elle reposait sur des fondations de deux mètres soixante-dix de profondeur, que le béton avait soixante centimètres d’épaisseur à la base de la tour et trente centimètres en haut, et qu’il avait fallu à une équipe de quarante hommes cinq ans pour la construire. Oscar avait été si fasciné par ces explications qu’il avait presque oublié d’avoir peur que Theo ne découvre le pot aux roses. À cette époque, tout, pour Oscar, se résumait à des chiffres. Depuis la fenêtre du côté ouest on apercevait la maison. De si haut, les bastions et tourelles crénelés d’Ellinghurst ressemblaient au château de sable d’un enfant, les grands murs recouverts de lierre qui l’encerclaient à l’ouest étaient à peine plus qu’une rangée courbe de cailloux dans le sable. Au-delà des pelouses vallonnées, les douves herbeuses étaient remplies d’ombre et la maison, sur son talus, était une île, avec de larges perspectives s’ouvrant vers le sud. Et, au nord, les bois et les collines 1 sombres de la New Forest . Derrière la barbacane du corps de garde, Oscar pouvait tout juste apercevoir la rivière, un gribou illage bleu-noir parmi la tache d’encre des arbres. Il faudrait se séparer des fermes. Rawlinson avait dit que c’était un bon moment pour vendre. Les subventions agricoles votée s par le gouvernement pendant la guerre avaient augmenté la productivité de la terre et les profits des fermiers. Il courait bien à Westminster des rumeurs d’abrogation mais, tant que la législation existait, les métayers avaient envie d’acheter et, avec l’augmentation de la taxe de calendrier, il était logique de convertir à nouveau un revenu diminué en un capital non fiscalisé. Oscar s’était absorbé dan s les livres de comptes de la propriété, les colonnes de chiffres dansant et se m élangeant dans sa tête. Si Rawlinson ne se trompait pas au sujet de la valeur des terres, la vente générerait suffisamment de fonds pour faire face aux droits de succession et garder la tête hors de l’eau, au moins pour quelque temps. Ils n’avaient pas encore évoqué l’avenir. C’était t rop tôt. Un jour, pourtant, Oscar savait que le parc devrait lui aussi disparaître. Rawlinson n’en avait rien dit mais Oscar savait bien qu’il avait déjà commencé à tâter le terrain. Le domaine était hypothéqué jusqu’à l’os et, sans le revenu des fermes, ils auraient du mal à honorer les frais. Petit à petit, Ellinghurst se rétrécirait, se réfugiant sur son talus, son pont-levis remonté pour se protéger des maraudeurs dont les avances payaient ses dettes et empêchaient sa toiture de s’écrouler. Oscar ne savait pas s’il resterait à l’université. Il avait insisté auprès de