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de fayard

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de fayard

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Le présent ouvrage fait par ailleurs l’objet d’une publication à l’attention des lecteurs canadiens de langue française aux Éditions L’instant même.
 
© Librairie Arthème Fayard, 2001.
978-2-213-67441-4
DU MÊME AUTEUR
 
ESSAIS
Bruxelles, De Boeck, 1989.Fou de Dieu ou Dieu des fous, l’œuvre tragique d’Élie Wiesel,
Pourquoi parler d’Auschwitz ?, Bruxelles, Les Éperonniers, 1991.
Le Genre de la nouvelle au tournant du XXIe siècle, actes du colloque de l’Année nouvelle, Québec, L’instant même ; Frasne, Canevas (dir.), 1995.
Nos ancêtres les Gaulois, impressions d’écrivains sur la francophonie, Ottignies, Quorum (dir.), 1996.
La Nouvelle de langue française aux frontières des autres genres, vol. I, actes du colloque de Metz, Ottignies, Quorum (dir.), 1997.
Au nom du père, du Dieu et d’Auschwitz, Berne, Peter Lang, 1997.
L’Histoire de la critique littéraire, du XIX
eau XXesiècle,
Frédérick Tristan ou la guérilla de la fiction, Éditions du Rocher, 2000.
 
RECUEILS DE NOUVELLES
Légendes en attente, Québec, L’instant même, 1993 (prix Franz de Wever).
La Vie malgré tout, confessions, Québec, L’instant même, 1994 (prix Renaissance de la nouvelle).
La guerre est quotidienne, Québec, L’instant même ; Ottignies, Quorum, 1999.
 
ROMANS
Un jour, ce sera l’aube, Bruxelles, Labor ; Québec, L’instant même, 1995.
Raphaël et Lætitia, romansonge, Paris, Alfil ; Québec, L’instant même, 1996.
La Vie oubliée, nature morte IV, Québec, L’instant même ; Ottignies, Quorum, 1998 (sous le pseudonyme de Baptiste Morgan).
Oubliez Adam Weinberger, Fayard, 2000 ; Québec, L’instant même, 2000.
À ma femme, Ingrid, à qui je dois un regard neuf sur la Toscane,
à nos enfants Audrey et Arthur, qui découvrent ce pays,
à Jacques Machiels, qui le premier a gravi le sentier qui mène à Montechiarro,
aux étudiants et collègues de l’Ihecs, cette autre histoire de la révolte,
et à mon père, dans l’ombre d’Adam Weinberger.
 
 
 
 
Quand je serai vieux, je voudrais qu’il me soit donné de revenir sur cette route de Sienne que rien n’égale au monde, et d’y mourir dans un fossé, entouré de la seule bonté de ces Italiens inconnus que j’aime.
A. CAMUS
Comme la plupart des cités toscanes, Montechiarro se tient haut perchée sur des siècles d’histoire ; et comme ses sœurs, elle s’y juche avec une nonchalante indifférence, en vieille aristocrate qui préfère qu’on ne lui rappelle pas sans cesse ses titres de noblesse, de peur de devoir en admettre la fragilité. On l’aperçoit de loin, sur la route lente et sinueuse qui, du cœur du val d’Orcia, remonte vers Sienne ; et l’on prend sans doute plus de plaisir à la contourner ainsi du regard qu’à y pénétrer, à la caresser d’une pupille libre et distraite plutôt qu’à frotter sa paume aux façades vieillies et rugueuses. En quoi Montechiarro s’est constituée insensiblement à l’image de ses habitants. Des peupliers délimitent la route qui vient frôler la porte de Sienne pour replonger aussitôt et poursuivre sa course patiente vers le nord, vers Pienza, sous l’œil morne des vestiges de son enceinte.
Adriano LUNGO
1849-1889
À présent, sa famille prenait plus de place dans le cimetière que dans les rues de Montechiarro. Adriano suivit le père Baldassare et les quelques villageois qui les avaient accompagnés jusqu’à l’entrée où on l’embrassa encore, mais avec plus d’empressement qu’à l’annonce du décès de ses parents ; la vie, décidément, était impatiente, et il fallait être riche pour pouvoir s’adonner au malheur.
Les gens s’éloignèrent et Adriano resta seul avec le père Baldassare et le soleil.
— Viens, Adriano, nous avons à parler, toi et moi.
Ils remontèrent à pas lourds vers la porte de Sienne. Souvent, en passant sous cette arche antique et délabrée, le religieux murmurait qu’un jour ou l’autre, si l’on ne se décidait pas à la restaurer, quelqu’un se ferait tuer par la chute d’une pierre. Cette fois-ci, il ne fit aucun commentaire.
— Vous avez demandé qu’on répare la porte ? hasarda l’enfant.
— Tu sais, je n’ai pas grand-chose à dire... Je ne suis à Montechiarro que depuis cinq ans, et je ne suis même pas originaire de la région.
— Si vous dites que le passé, c’est important, pourquoi refusez-vous de me raconter votre histoire, votre arrivée à Montechiarro ?
— Tout ce qui vient du passé n’est pas bon à prendre, et ma vie ne t’apportera rien qui puisse t’aider à affronter la tienne.
Adriano se demanda un instant si, contrairement à son habitude, en raison de la solennité de l’événement, Baldassare n’allait pas poursuivre cette discussion derrière ses propres murs ; mais le prêtre passa devant sa porte sans ralentir et, avant l’église San Stefano, bifurqua dans la ruelle qui grimpait vers le Giardinetto puis replongeait vers la porte des Pèlerins. Les maisons bordant ces chemins étroits étaient misérables, mais elles semblaient confortables à Adriano ; dans son quartier, de l’autre côté de Montechiarro, près de la porte du Soleil, les masures étaient plus délabrées encore.
La pente était raide jusqu’au Giardinetto et le père peinait davantage que dans la montée du cimetière.
— Je m’arrêterai chez Nardo pour lui emprunter son âne... Nous avons une longue route à faire et je tiens à vivre au moins jusqu’à ce soir... jusqu’à ce que je sois tranquillisé sur ton avenir...
— Mon avenir, père Baldassare ?
Adriano s’étonnait que l’on puisse se poser une question à laquelle une seule réponse semblait envisageable : son avenir serait pareil au passé de ses parents, et ce n’était pas la peine d’enfourcher un âne sous le soleil de juillet pour si peu.
— Oui, Adriano ; j’aimerais t’offrir ce qui, malheureusement, est refusé à la plupart de tes semblables : la possibilité de construire une vie qui ne soit pas dictée par la nécessité de survivre.
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