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Chapitre 1

Hanté par les sièges vides, à une exception près, de son spacieux break familial, Gavin remontait la rue qui menait à la plus belle maison de la bourgade, lui avait-on dit. Il se gara juste devant. En effet, la demeure était imposante. D’une architecture XVIIIe siècle, elle portait les flétrissures du temps qui passe.

— Bienvenue au club ! murmura-t-il.

Cindy Buchanan, qui l’attendait sur le seuil, lui fit un petit signe de la main.

— Celle-là va vous plaire ! lui assura l’agent immobilier dès qu’il sortit de son véhicule. C’est vraiment une maison conçue pour une famille.

Sympathique quinquagénaire, Cindy avait passé la journée à lui faire visiter des maisons, sans perdre une seule fois patience devant son manque d’enthousiasme. Il était convaincu qu’elle aurait été sincèrement désolée si elle avait su la douleur que ces ultimes propos avaient déclenchée en lui.

Une maison conçue pour une famille…

Il se retourna vers ce qui lui restait comme famille : une petite fille attachée sur son rehausseur, à l’arrière du break.

— Tory ? Tu veux visiter une autre maison ?

Comme c’était prévisible, la fillette ne répondit pas. Elle ne montra cependant aucun signe d’énervement lorsqu’il la fit descendre de voiture et lui tendit la main.

— Vous verrez, il y a une grande cour, derrière la maison, lui annonça Cindy. Et c’est la seule du quartier à offrir une vue sur le lac.

Comme il fronçait les sourcils, elle s’empressa de préciser :

— Soyez sans crainte. La cour est clôturée et l’endroit tout à fait sécurisé.

Il visita les pièces les unes après les autres, sans s’attarder sur les détails. Mais il s’immobilisa devant le panorama qu’offraient les baies de la cuisine.

Un panorama fabuleux…

La Maison du lac avait été tourné à Squam Lake, et la ville ne semblait pas près d’oublier ce moment de gloire cinématographique. Sur la route, Gavin avait vu de nombreux panneaux indiquant scrupuleusement aux touristes les sites où les différentes scènes du film avaient été tournées.

— La maison a besoin d’être un peu rafraîchie, déclara Cindy en passant la main sur une fissure, le long du mur. Ces dernières années, les propriétaires se sont succédé et ne l’ont pas bien entretenue. Vous auriez dû voir sa splendeur du temps des McLaughlin !

Il tressaillit.

McLaughlin ? Il avait dû mal entendre…

— McLaughlin, est-ce bien le nom que vous avez prononcé ?

— Absolument ! confirma Cindy. Une grande famille, bien connue dans le coin. Vers la fin, seules Adele et sa fille Marianne vivaient ici. Et puis Marianne a elle aussi quitté la maison…

Gavin eut la brusque sensation que l’on venait de l’immerger dans de l’eau glacée…

— Marianne McLaughlin a habité ici, dites-vous ? répéta-t-il d’une voix sourde, le souffle court.

— Exact. Vous la connaissez ?

Combien de fois ne s’était-il pas posé cette fichue question ?

Connaissait-il Marianne ? Pour être tout à fait franc, non ; Marianne McLaughlin représentait un véritable mystère pour lui. Mais cela ne regardait pas Cindy Buchanan.

Balayant la pièce du regard avec un tout nouvel intérêt, il tenta d’imaginer la magnifique et froide Marianne dans cette maison…

— Oui, répondit-il enfin, je la connais, mais il y a longtemps que je ne l’ai pas vue.

Sa respiration redevint peu à peu normale tandis qu’il méditait sur la nouvelle que Cindy Buchanan venait innocemment de lui révéler, sans se douter un seul instant de l’incidence qu’elle avait sur lui.

Etait-il possible que tout soit aussi simple ?

— Et savez-vous où habite Marianne, aujourd’hui ? reprit-il sur un ton détaché.

— Navrée, non. Depuis son départ, elle est revenue une seule fois à Squam Lake, pour l’enterrement de sa mère. Par la suite, je n’ai plus jamais entendu parler d’elle. Cela dit, il est possible que d’autres personnes en ville aient eu de ses nouvelles.

Elle le considéra un instant d’un air curieux, avant d’ajouter :

— Comment vous êtes-vous connus, déjà ?

Il n’avait rien précisé à ce sujet. Et il ne le ferait pas.

— Nous étions amis, dit-il simplement.

— C’était une très belle fille.

Un avis auquel il adhérait entièrement !

Tory surgit tout à coup sur le seuil de la cuisine et se précipita vers lui.

Elle avait visité les chambres, à l’étage, mais s’il lui demandait si elles lui avaient plu, il savait qu’elle serait incapable de lui répondre. Même quand Samantha était encore en vie, elle n’exprimait que très rarement, pour ne pas dire jamais, ses opinions, se reposant sur sa jumelle pour qu’elle les exprime à sa place.

Il décida malgré tout d’essayer.

— Eh bien, Tory, qu’est-ce que tu en penses ?

Tory releva la tête vers lui et haussa les épaules.

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