Retour au morne Constant

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Ces huit nouvelles nous parlent de la difficulté qu'éprouvent souvent les êtres humains à communiquer et à se comprendre.Amants qui ne se trouveront pas (Johan et Anne), confusion familiale traversant les générations (Retour au morne Constant), rivalités professionnelles parfois dramatiques ou encore meurtre à l'antillaise, Karin Lubowa explore avec précision mais aussi humour et compassion les méandres des relations humaines.
Publié le : vendredi 10 juin 2011
Lecture(s) : 147
EAN13 : 9782748108903
Nombre de pages : 262
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Retour au morne Constant
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748108914 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748108906 (pour le livre imprimé)
Karin Lubowa
Retour au morne Constant
NOUVELLE
JOHAN ETANNE
Trois ans.
J’ai rencontré Anne le jour de mon entrée en se conde. Assis dans une salle aux murs peints en vert pisseux (plutôt dans les derniers rangs, je n’aime pas qu’on me remarque), je dévisageais les élèves qui entraient les uns après les autres. Salle 102, premier étage. La classe que nous allions former pour l’année se constituait. Têtes inconnues pour la plupart. Je venais du col lège de Charvin, établissement qui paraissait peu repré senté. Pour l’instant seul Charles était arrivé, quelques minutes avant moi, et j’avais tout de suite filé m’asseoir près de lui. Charles pas plus que moi n’était amateur de premiers rangs, non par goût mais par nécessité, en tant que feignasse invétérée et bête noire désignée des profs. Un miracle d’ailleurs que sa présence au lycée. Anne entra parmi les dernières. Plus que son physique, c’est son accoutrement déli rant qui me frappa ce jourlà. Moulée dans des jeans ci garettes dont émergeait une paire de santiags blanches in croyablement pointues, une immense chemise lui battait les genoux. A son dos pendouillait un sac qui à première vue, provenait d’un surplus militaire, et dont j’appris plus tard qu’il avait amoureusement été teint jusqu’à ce bleu presque pervenche. A ses oreilles dansaient d’immenses boucles qui mêlaient plumes, perles et coquillages. Enfin, son front s’ornait du point rouge qu’on voit aux femmes hindoues. Je me sentis complètement dépassé : dire que je m’étais senti des airs de frondeur à la maison, avec mes cheveux aux épaules … Elle portait les cheveux courts, à l’exception d’une grande mèche qui lui balayait le front. Elle traversa la pièce, nonchalante, presque hau taine, adressa un signe amical à une figure de connais sance, survola le reste avec un soupçon de mépris, et s’assit enfin à une place restée libre devant moi.
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Je me souviens avoir pensé avec colère : « Sale petite pétasse prétentieuse », sans la connaître. Mais pendant cette heure que le prof principal consacra au traditionnel speech, à la distribution de paperasses en tout genre et à de multiples explications sur le fonctionnement du lycée, mon regard se posa souvent sur la nuque courte. Je venais de signer pour un paquet d’années.
Trois bonnes semaines nous furent nécessaires pour nous reconnaître, mémoriser nos noms et prénoms mutuels, puis définir les affinités, paires, clans et autres cercles inhérents à tout groupe. Beaucoup de filles dans cette section littéraire. Charles et moi représentions la gent masculine, appuyés par Luc Popon, un Guadeloupéen, et les frères Chavalet. L’aîné, un hâbleur coureur de filles, redoublait. Le plus jeune au contraire s’avéra très vite un bûcheur enragé, mais une personnalité somme toute assez terne au regard du grand. De l’immensité des trentecinq filles émergèrent tout de suite Mireille et Nicole, laides à faire peur, Clotilde belle, affable et si réservée qu’elle imposait sans le rechercher une très forte présence. Puis le duo Sylvie  Patricia, grandes gueules passionnées de théâtre. Et encore Alice Zablot, petite et mignarde comme une musaraigne. Et Anne, bien sûr, que sa copine Valérie suivait comme une ombre falote, s’efforçant de lui ressembler en tous points. Elle apparut dès les premiers cours comme de première force en français et en langues. Elle faisait bonne figure en histoire et géographie, faiblissait en sciences, et était de très loin la plus nulle en maths. Elève moyen, du style 12 partout dont les profs ne disent rien, ces disparités m’ébahirent. Son accent alle mand parfait me laissait sans voix, autant que sa paisible assurance devant les reproches outrés de M. Rancourt qui la trouvait visiblement obtuse.
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Je ne comprends pas, c’est tout, lui répondaitelle tranquillement. Visiblement, ses lacunes ne la complexaient pas, elle paraissait s’accepter telle que le bon dieu l’avait faite  j’au rais donné cher pour pouvoir en dire autant.
Au moral, un drôle de tempérament. Elle pouvait se montrer souriante, chaleureuse, en un mot adorable pour peu qu’elle veuille s’en donner la peine. Mais ca pable aussi, avec le plus grand naturel, de l’excès inverse. Ses têtes de turc  désignées selon quels mystérieux cri tères  apprirent très vite à la redouter. Son imagina tion fertile se déchaînait sur la victime en chansonnettes (que la moitié du lycée serinait sans y penser trois jours après leur lancement), quatrains rimés assassins, imita tions criantes de vérité d’une voix, d’une démarche … j’en passe. Les quelques tentatives de contreattaque se sol dèrent par une surenchère si impitoyable qu’elle se trouva rapidement nimbée du respect qu’inspire la prudence. Pourtant, quand l’une de nos camarades se décou vrit malencontreusement enceinte, en milieu d’année, c’est auprès d’Anne qu’elle chercha aide et conseil. La chansonnière sans pitié, la meurtrière de réputations consacra à ma grande surprise des heures à réconforter sa comparse, sécha les cours pour l’accompagner à la PMI, lui rendit visite à la clinique, et ne la lâcha que tirée d’affaire. Puis elle retourna à son traintrain ordinaire, ne fréquenta pas plus la jeune fille qu’auparavant, et ac cueillit avec une surprise mêlée de gêne les compliments que lui valurent sa solidarité et son dévouement. Il me revient aussi, cette même année de seconde, l’image d’une altercation violente lors d’une pause. Je revois le visage empourpré d’Anne, ses traits déformés par une colère brutale qu’elle cherchait à maîtriser sans en trouver le moyen, et la face éperdue de la fille qu’elle avait prise au col. Enfin elle tourna les talons, secouée encore par la rage de la tête aux pieds. Je réussis à apprendre par des voies détournées la raison de cet éclat, qui avait arrêté
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