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Ce qui fait le propre de l’homme, c’est cette faculté de penser au présent, d’imaginer l’avenir, mais aussi de faire le bilan du passé. De se demander ce qu’aurait été sa vie si… Parce qu’il est convié à un repas d’anciens, au pays de son enfance et de son adolescence, court séjour qu’il perçoit douloureux à cause de sa sensibilité, le narrateur connaît des jours d’hésitation. Et puis, tout bien pesé, il ira. Il accepte un long voyage pour revoir ceux qu’il a côtoyés sur les bancs du collège technique, croyant voir se rétablir des relations interrompues durant quarante années. Mais les hommes qu’il rencontre ne sont plus les jeunes gens d’hier. Ces retrouvailles un peu artificielles lui rappellent que le passé et l’avenir sont dans notre tête, le présent seul est entre nos mains.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 49
EAN13 : 9782748131185
Nombre de pages : 166
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Marcel Pierre
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Toute similitude…serait purement fortuite !
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LUNDI C’est fait, une autre page est tournée. Une double page devrais-je dire. D’abord celle de ma vie : ce premier octobre me fait passer le cap du soixantième anniversaire. Oui, je suis bien né un trente septembre, comme si mes parents avaient voulu d’emblée me mettre le pied à l’étrier. Car en ce temps-là, l’année scolaire commençait le premier octobre, ou le jour ouvrable suivant. Elle se terminait la veille du quatorze juillet, avec la distribution des prix pendant la fête nationale. Du moins en était-il ainsi en Alsace, très précisément à Colmar, dans le Haut-Rhin, pays de mon enfance et de mon adolescence. Et je peux imaginer que ma naissance – programmée ou non, mais qu’importe – se situa précisément à cette date parce que mes géniteurs portaient dans leur subconscient, et plus ou moins confusément, le poids du destin : issus l’un et l’autre de foyers modestes ils étaient de ceux qui trimeraient toute leur vie comme des esclaves sans l’espoir d’une amélioration significative de ce qui était alors, à mes yeux, une peu enviable condition. Tout au long de mon enfance et de mon adolescence ils se montrèrent donc exigeants envers moi, mais sans pour autant me pousser vers des études réellement supérieures qui auraient garanti, à moi une plus sûre ascension sociale, à eux une plus grande fierté. Or l’idée même d’accession à un autre milieuétait visiblement inconcevable, car peut-être leur contraire aux principes de la religion. Mammon, en ses pompes et ses œuvres, rôdait sournoisement ! Leur exigence à mon égard procédait donc plutôt de la morale que de l’aspiration à la réussite professionnelle. Un vœu pieux, en somme. Il s’agissait, dans la vie et en tout premier lieu – essentiellement devrais-je dire - de suivre scrupuleusement les préceptes du catéchisme. Les dix
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commandements, appris par cœur et présents quotidiennement en mémoire pour ne pas sombrer dans le péché, se voir condamner à la géhenne. Et puis ensuite, éviter comme la peste les « capitaux », sept planches savonnées pour vous faire glisser dans le Mal. Principalement la gourmandise, dangereux piège souvent camouflé dans un séduisant emballage. Quant à la paresse, « c’est la mère de tous les vices », aimait à répéter le père tout en ajoutant que l’ambition ne menait à rien de bon non plus. Cette rigueur fit que je ne surpris guère de sourires sur son visage, perpétuellement austère, pour ne pas dire renfrogné. Un père qui ne partagea aucun de mes jeux d’enfant, vit même chaque fois d’un mauvais œil les quelques pauvres jouets qu’acheta notre mère « sans raison », c’est-à-dire sans son avis, et en dehors de la Noël ou d’un anniversaire (avis qui aurait été forcément négatif). Au fil des ans cet ascétisme déteignit sur la pauvre femme, devenue vieille avant l’âge, et bientôt de noir vêtue comme pour mieux se fondre dans l’ombre de son sinistre bonhomme. A mon tour maintenant d’aborder le troisième âge, et désormais sans trop me poser de questions. Moi qui ai toujours été actif, au-delà du nécessaire ou duraisonnable peut-être, je rejoins le clan des « inactifs ». A cause de mon hyperactivité passée (depuis peu, quelques jours seulement !), j’aurais pourtant des raisons d’appréhender le vide, comme à l’instant de sauter en parachute. Mais je suis prêt à affronter l’avenir en toute sérénité. N’ayant, depuis longtemps, plus de famille à mes basques, je saurai gérer cette situation comme toutes les précédentes. A ma façon, certes, c’est-à-dire d’une manière toute pragmatique. Et puis, tournée aussi la dernière page noircie au stylo-plume de mon quarante-sixième livre de bord. Les premiers étaient des cahiers d’écolier discrets, anonymes,
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