Rivales

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Parce qu'il ressent intensément une vocation militaire, un esprit patriotique, un dévouement total pour son pays zaïrois, le jeune René croit déjà connaître sa destinée: il servira son président. Il est exemplaire, René. Très vite haut placé dans l’armée, il acquiert une renommée nationale, se marie, a un premier enfant… Tout lui sourit, jusqu’à ce que le président lui confie la tâche d’éradiquer la rébellion née loin de Kinshasa, loin de sa famille, de son amour… Il n’a pas le choix, l’appel du devoir est le plus fort. Mais la guerre a ce pouvoir d’ébranler les certitudes, même les plus profondes. C’est au cœur d’une vie d’homme, de militaire, de mari, de père, d’amant que Wilfried Mushagalusa nous transporte, avec tous les choix et obstacles que cela implique. Sur un fond historique non négligé, l’émouvante histoire d’un homme au destin incertain entraîne le lecteur entre l’ex-Zaïre et le Rwanda alors que les guerres interethniques font rage. Wilfried Mushagalusa, au travers de personnages poignants de force et de sincérité, parvient simplement à faire comprendre comment, malgré une volonté de fer, le destin nous échappe inexorablement.
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748358452
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748358452
Nombre de pages : 160
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Wilfried Mushagalusa RIVALES Heurts et lueurs du destin
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0115009.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2010
Première partie Rencontres
I René ne voyait pas de bon il la protection toujours présente de sa mère. Il en était étouffé. Trop. Il avait grandi pourtant ; mais sa mère ne voulait pas le reconnaître. Il était inscrit à luniversité, cependantla bonne continuait à le mère traiter comme un petit enfant. Elle avait même prévu un travail pour lui. Si elle lavait fait inscrire au collège dirigé par les prêtres et ensuite à luniversité catholique, cétait pour quil ait une éducation immaculée. Si la mère entrevoyait une carrière calme, sans tracasserie aucune, René ne voyait pas les choses de cet angle. La faculté des sciences quil fréquentait navait que pour but de satisfaire une mère trop maternelle. Parallèlement, il suivait quelques cours de sciences politiques comme auditeur libre ; ce choix trahissait, aux yeux de ceux qui savaient le voir, létat dâme, lintérêt de ce jeune homme. René avait une grande estime pour sa mère. Cest normal. Il savait pourtant que lâge quil avait était celui de lautonomie ; de plus, son avenir ne devait dépendre en rien des projections de sa mère ou de qui que ce soit. Il le savait trop bien, il était le premier protagoniste de son futur. Jeune, il avait été attiré par les armes, la guerre et tout ce qui lentourait. Cet intérêt était né quand il avait appris que son père avait été tué par un militaire. Quelle ironie ! Surtout que le soir, sa mère lui parlait des militaires, les peignant avec des images fortes, des mots agressifs, des propos sévères. À ses yeux, cétaient des personnes perdues, sans importance. Ce genre de propos avait suscité de la curiosité chez ce jeune homme qui voulait toujours
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en savoir plus. La mère pourrait devenir folle si elle apprenait que son enfant allait se faire militaire. À peine avait-il fini le premier cycle détudes supérieures, quelques jours seulement après la remise de diplôme de graduat, René disparut de la maison. Ne le voyant pas rentrer, la mère crut quil se trouvait chez des amis. Deux jours après, son inquiétude grandit. La mère, chagrine, lavait fait chercher sans succès. Cest longtemps après que la pauvre dame apprendra que son fils René suivait des cours à EFO1, lÉcole supérieure militaire de Kananga dans la région de Kasaï occidental. Cette nouvelle la plongea dans un état misérable : elle était déjà morte intérieurement. Pauvre mère de son enfant ! Le garçon savait bien que sa fugue ne ferait pas plaisir à sa chère mère. Nonobstant son amour pour elle, il sen alla sans dire au revoir : cétait mieux que de le lui dire. La pauvre mère avait connu beaucoup de séparations depuis son jeune âge. La mort brutale de son mari, quelques années après la naissance de René, était jusque-là la plus difficile. Celle davec son fils unique était venue rouvrir les plaies dantan, rappeler toutes les autres et avec elles, tous les échecs du passé. Il était devenu difficile pour la veuve de supporter les revers de son destin. Ce qui devait arriver arriva : on la trouva morte dans son lit. Certainement suite à des dépressions devenues insupportables et insurmontables ; morte de sa solitude torturante. Le jeune homme fut informé de ce décès des mois après. La lettre lannonçant était arrivée bien plus tôt mais la discipline militaire nautorisait pas de correspondance entre les nouvelles recrues et les membres de leur famille. A fortiori quand il devait sagir dun décès. Il était donc quasi interdit de faire part des nouvelles, bonnes ou mauvaises, aux concernés pour ne pas faire naître un moindre découragement. René regretta dêtre
1E.F.O : École de Formation des Officiers
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informé avec retard, bien sûr, mais comme dit un adage, mieux vaut tard que jamais, suite à la force de caractère dont il faisait montre. Un de ses formateurs qui nourrissait de la sympathie à son égard vint un jour le trouver et linforma :  Petit, tu sais que ta mère est morte. Une nouvelle qui produit un choc violent. Mmm Il eut alors une réaction normale, un pincement au cur, une affliction forte. Il aimait tellement sa maman. Il était reconnaissant de tous les sacrifices quelle avait consentis pour lui. Tout de suite il comprit que sa fugue avait conduit sa mère à la tombe. Il culpabilisa. Il pleura.  Ça arrive, mon petit ! Les hommes forts desprit comme toi sen passent, encouragea le formateur en donnant une tape amicale sur lépaule du garçon. En effet cette annonce neut pas grande emprise sur la personne de René. Il prévoyait déjà quil allait arriver malheur à sa mère ; pas jusquà la mort de celle-ci, mais enfin, cétait arrivé. Le sentiment de culpabilité dabord ressenti lavait aussitôt lâché. Il se ressaisit aussi rapidement comme lavait entrevu son ami formateur. Il continua à faire ce quil avait à faire comme si de rien nétait. Il était toujours animé de cette force le poussant à suivre jusquau bout la voix de son cur. La première année fut plutôt difficile, pleine dinadaptation et des travaux lourds. Mais le plus étonnant est quaucune fois lidée de déserter, ce quil considérait comme une trahison, ne lui était passée par la tête comme ce fut le cas pour nombreux de ses camarades : sur trente-neuf recrues, seuls dix-huit terminèrent la première année. Combien en resterait-il après ces trois années quallait durer la formation ? René nen doutait pas : il sera un vrai soldat. Dailleurs certains de ses formateurs le lui laissaient entendre : « Tu feras une bonne carrière si tu continues ainsi ». Dès la première année, il suscitait la sympathie
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aussi bien chez ses professeurs que chez ses camarades. En fait, il se montrait aimable envers tous, travailleur, courageux, plein de pudeur et de bonne manière. On lavait surnommé « le grand prêtre », par allusion à sa politesse et parce quil menait une vie organisée bien différente de celle des camarades de promotion. Lors des promenades, par exemple, nombreux étaient ceux qui avaient besoin de sa compagnie ; ses amis profitaient des sorties pour aller boire exagérément et fréquenter les maisons des femmes de peu de réputation. Cétaient là des pratiques auxquelles ne sadonnait jamais René. Après chaque promenade, il se donnait la peine demmener ceux qui, ayant trop bu, avaient du mal à marcher. Cest ainsi que tous voulaient être de sa compagnie. La deuxième comme la troisième année étaient aussi dures que la première. Cest avec raison que plus tard il dira que ces années passées à lEFO étaient parsemées dobstacles de tout genre. Mais cette dureté et ces obstacles seffondraient devant la détermination qui remplissait lêtre de René. Il pouvait faire sienne cette citation :ma vocation, je lavais trouvée ; ma vocation cest devenir un bon et vaillant soldat. Il affronta la dernière année avec la même détermination. Il népargna aucun effort pour passer avec succès les épreuves des dernières années. Cest là dailleurs quil montra ce dont il était capable. Sorti gradué en sociologie et en sciences militaires à EFO avec la mentionhaute distinction, il termina ses études avec le grade de sous-lieutenant. Pour parfaire sa formation, on lenvoya en Belgique, à lacadémie royale, où il séjourna une année. Il suivit un stage et des cours intensifs. Son séjour en Europe fut très enrichissant. Cest sans étonnement et sans surprise que les personnes qui connaissaient ce jeune homme de vingt-sept ans apprirent quil était nommé au poste de commandant second de la ville de Kinshasa, capitale du pays. Si jeune, si inexpérimenté, comment allait-il sen sortir dans sa nouvelle tâche ? Mais le nombre
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