Roman d'un mort

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Un roman en tourbillon, drôle et absurde qui mêle le fantastique à la quête de l'absolu et traque les dérives d'une société en mal d'être. La recherche du bonheur dans tous les interstices laissés par nos vies modernes et très occupées. Ne laissons pas la poésie et l'imaginaire quitter nos esprits.

Publié le : vendredi 17 juin 2011
Lecture(s) : 69
EAN13 : 9782748110449
Nombre de pages : 198
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Roman d’un mort
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748110455 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748110447 (pour le livre imprimé)
Aude Bach
Roman d’un mort
ROMAN
Pour Franck Lamideu.
ILa mortls étaient tous terriblement affligés. si soudaine de leur ami de toujours, âgé à peine de 25 ans les avait frappés de plein fouet. Ils ne s’y attendaient pas. Une mort naturelle si jeune ! Ils découvraient qu’elle n’était pas le privilège des vieux. Aussi inacceptable que cela était, il fallait néanmoins l’admettre : ils allaient tous mourir et certains avant d’être lassés de la vie. Ce n’était pas qu’ils avaient totalement évincé de leur esprit cette idée de la mort, mais ils la remettaient malgré eux à plus tard. Comme si elle ne dépendait que de leur propre volonté… Il s’était effondré dans la nuit du premier de l’An, au beau milieu de la piste de danse, peu avant minuit. Quelqu’un l’avait vu ouvrir grand ses yeux, et puis plus rien. Ce quelqu’un devait être Jean. A moins que ce ne fût Anne. C’était étrange : ces instants, chacun était persuadé de s’en souvenir toute sa vie, tous les revivaient sans cesse, pourtant il n’en ressortait que du brouillard. Comme ces rêves qui semblaient si nets et dont le souvenir montrait les incohérences et les flous. En fin de compte, de quoi avaientils été témoins ? Ils l’avaient tous vu debout, puis ils l’avaient vu mort. Mais l’instant de rupture, ils l’avaient raté. Il avait été seul. La mort leur avait échappé. Quelqu’un avait dit qu’il l’avait vu ouvrir grand ses yeux, mais plus le temps passait et moins il était sûr que ce fût à ce moment précis. Il avait dit ça pour dire quelque chose. Le silence leur était insupportable. Il fallait qu’ils expliquent, qu’ils trouvent des raisons, des causes. Accepter la mort comme telle était im possible. Elle devait être modélisée. Alors ils seraient plus rassurés. Comme si une fois comprise, une fois qu’ils ne lui seraient plus étrangers, elle allait être ap privoisée. La dire la rendait moins effrayante.
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D’une certaine façon c’était encore des en fants. Ils acceptaient que la nuit fût noire à condi tion qu’une lampe restât allumée quelque part. Et à présent qu’ils étaient tous rassemblés, dans ce lieu si nistre, on les voyait perdus, totalement égarés, se ser rant les uns contre les autres. Un pauvre troupeau. Ils se revoyaient quelques heures plus tôt, ce jour de premier de l’An. Ils avaient coutume de fê ter la nouvelle année ensemble, toujours des soirées à thème. Cette année c’était le thème des extrater restres. C’était une grosse boule argentée, aux che veux couverts de paillettes que le SAMU avait ame née à l’hôpital. La salle d’attente s’était soudaine ment remplie de monstres reptiliens, de nymphes aux chevelures fluorescentes, d’hommes aux oreilles de satellites en cartons, tous venus aussi vite que leur avaient permis leurs vaisseaux interstellaires, accou rus des quatre coins de l’univers, de Vénus, Mercure ou de la planète XL. Un à un les occupants malgré eux des lieux étaient sortis de leur chambre, à petits pas timides, comme des enfants voulant surprendre le Père Noël. Des enfants pas toujours de la première fraîcheur, puisque le département de gériatrie s’était lui aussi répandu dans les couloirs, suivant son instinct et la lumière phosphorescente qui suintait de la salle d’at tente. Déjà les premiers avaient atteint les lieux et fai saient signe aux derniers de se presser, poussant des Oh ! et des Ah ! d’extase et d’admiration. Au pied de l’arbre de Noël synthétique que l’on dépliait et repliait un fois l’an, des personnages de crèche tombés du ciel se passaient sans un mot un go belet de café, trempant leurs lèvres bleues et tremblo tantes. Ils étaient parfaitement immobiles, et ne se mettaient en mouvement qu’une fois le gobelet dans leurs mains de marbre. Alors ils reprenaient vie puis
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resombraient dans leur pétrification dès le gobelet passé.
Quels merveilleux automates ! Les malades avaient applaudi. Pour une fête de Premier de l’An c’était réussi. Les longs séjours se souvenaient de celle de l’année passée : les confettis dans les cheveux des infirmières, les embrassades de circonstances à 22 heures, c’était tout ce qu’on avait pu faire, à cause de l’extinction des feux. A minuit tout le monde dormait déjà, la plupart des infirmières avaient re joint d’autres nuits et celles qui restaient n’étaient pas d’humeur à rigoler. Mais cette foisci, c’était vraiment une fête. Et puis quelle surprise ! Il n’y avait eu aucune fuite, nul n’avait été prévenu. Même Madame Boulais, l’une des plus anciennes, une meneuse qui traînait sa jambe goûteuse dans les couloirs depuis les débuts du Professeur Lafleur, même elle n’avait pas été mise au parfum. Dès l’arrivée des saltimbanques elle avait fait irruption dans la salle de réanimation en réclamant des explications. Et que tout de même on aurait pu la mettre au courant, qu’elle se serait habillée pour l’occasion. Elle prit à parti le jeune homme auquel on avait mis le masque, celui qui avait des étoiles dans les cheveux. Les unes après les autres ses étoiles s’étei gnaient, elles s’évaporaient comme des bulles de sa vons, laissant l’univers un peu plus sombre.
Dans la salle d’attente avait lieu un curieux bal let. Au centre, effondrés sur les sièges en sky mal azu rés, les joyeux enfants bariolés se tenaient immobiles, tête baissée, tandis que bourdonnait autour d’eux un essaim de pyjamas rayés ou unis et de fleurs multico lores en robes de chambres. Les yeux fermés, on se
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