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Rose+Croix

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Le temps des alchimistes appartient au passé, et pourtant David, un jeune inspecteur au caractère bien trempé, mène l’enquête.
Un mystérieux cambriolage va le conduire dans les jardins parfumés de l'Alhambra, et sur la piste d'une ancienne société secrète œuvrant à percer le grand secret de la pierre philosophale..
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Lenie Lauren

Rose+Croix

L'ouroboros

 


 

© Lenie Lauren, 2017

ISBN numérique : 979-10-262-1042-9

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

 

 

« Rien de trop élevé pour l’Audace des mortels,
nous mettons à feu et à sang jusqu’au firmament dans notre Folie »

 

Horace

 

 

 

A ma grand-mère Irène,

 

L’ange gardien de notre enfance, celle qu’on évoquait quand on avait peur dans le noir, notre pensée agréable, notre Mary Poppins …

Avec toi l’adage « il en faut peu pour être heureux » prend tout son sens, le simple bonheur d’être ensemble et de partager tes souvenirs.

Ta bibliothèque m’a ouvert des portes et aiguisé ma soif de savoir, je te dis merci.

 

Chapitre 1
Une nuit noire

 

— Il arrive ! Je vois sa tête, s’agita la sage-femme, encore un petit effort, vous y êtes presque !

Les encouragements prodigués ne semblaient plus avoir d’effet sur la pauvre malheureuse à bout de souffle.

Le regard noir qu’elle lança à la sage-femme le lui fit comprendre,

— Courage mon amour, lui murmura son mari en lui serrant la main.

Elle inspira profondément, sentant une nouvelle contraction.

— C’est le moment, poussez !

La jeune mère ressentit une vive douleur et vit enfin son cadeau que l’on déposait délicatement contre sa poitrine, un merveilleux petit ange…

— Il est magnifique, lui dit son mari. Alexandre ?

— Ça lui va bien, répondit sa femme ne quittant pas son bébé du regard.

La sage-femme leur tourna le dos et se signa furtivement en fermant les yeux un instant. Son aide s’approcha en silence.

— C’est une mauvaise nuit pour enfanter, murmura-t-elle, je les entends toujours hurler, le vent porte leurs cris depuis cet endroit maudit, ça leur portera malheur.

— Plus de vingt ans ont passés et leurs fantômes hantent encore le château, répondit la sage-femme sur le même ton, dépêchons-nous je ne veux pas rentrer trop tard !

 

Une vingtaine d’années plus tôt.

 

Elle passa devant la chapelle sans s’arrêter de courir et se retourna pour surveiller ses arrières. Catherine vit que sa joue était tuméfiée, une vilaine plaie d’où le sang continuait de couler.

Il lui semblait que son cœur battait la chamade, elle était toujours là, sanglotant désespérément.

Il sortit de l’ombre, entièrement vêtu de noir comme à son habitude, ses cheveux blancs éclairés par la lune pleine.

Il avançait paisiblement, son pommeau d’argent à la main.

Il fit glisser le pommeau et elle constata qu’il s’agissait d’un fourreau cachant un poignard en argent.

— Il ne sert à rien de courir Catherine, j’ai bloqué toutes les issues, vous ne pouvez pas vous échapper, lança-t-il, sûr de lui.

Son souffle haletant lui tint lieu de réponse, elle se cachait.

— Cessons ce petit jeu, je suis prêt à pardonnez vos actes insensés si vous consentez à vous calmer et arrêter vos sottises, reprit-il, les dés sont jetés, il ira à Prague, ce n’est pas négociable.

Il l’entendait pleurer doucement dans les buissons.

— Je ne peux agir autrement, dit-il plus doucement, ils sont sur nos traces, c’est le seul moyen qu’il me reste de le sauver, eux seuls pourront le protéger. Je le fais pour lui, croyez-moi, ceux qui cherchent à m’atteindre se serviraient de lui comme moyen de pression.

L’homme se passa une main dans les cheveux, essayant de masquer son inquiétude, il poursuivait sa marche vers l’autel en pierre.

— Comprenez-moi Catherine, dit-il enfin, j’ai travaillé plus de trente ans à percer le grand mystère et quand j’y suis enfin parvenu, je n'ai utilisé l’élixir que pour pousser plus en avant mes recherches afin de trouver un remède universel. La pierre philosophale est la quintessence de la vie, je ne peux pas la remettre entre leurs mains.

Il jouait nonchalamment avec son poignard et soupira, au son d’un bruissement de feuilles il leva les yeux pour voir sa femme émerger de sa cachette.

— Enfin, vous voilà raisonnable, lança-t-il en se levant à son tour.

Elle s‘approcha de lui sans dire un mot, levant les yeux vers la plus haute tour, elle distingua une silhouette se découpant devant la fenêtre.

Elle pouvait voir son ombre faisant les cents pas.

Catherine eut un petit sourire satisfait, malgré les larmes qui brouillaient encore son visage.

— J’ai bien réfléchi, et au vu de votre comportement de ces derniers jours, commença-t-il, je ferai mon possible, je trouverai un moyen pour que vous puissiez le voir malgré tout.

Catherine eut un petit rire méprisant.

— Voilà plus de dix ans maintenant que vous ne faites que mentir ! Comment espérez-vous que je puisse encore croire les mots qui sortent de votre bouche ? cracha-t-elle en continuant d’avancer vers lui.

Il continuait de faire tourner son poignard dans sa paume, comme s’il s’agissait d’un jeu sans incidence.

Il ne semblait pas s’offusquer du ton hargneux de sa femme.

— Cessez de dire des sottises, voulez-vous, lança-t-il, je vous ai déjà expliqué mes raisons, je ne compte pas recommencer éternellement, j’ai beaucoup à faire pour préparer son voyage et je n’ai vraiment plus de temps à perdre.

— Moi non plus, répondit-elle en se précipitant contre lui avant de s’écrouler brutalement.

C’est alors qu’un hurlement bestial déchira le silence accompagné d’un bruit de verre brisé.

Il se retourna et le vit qui se tenait dans la plus haute chambre de la tour Est.

Il était agrippé au rebord de la fenêtre cassée, hurlant comme un animal blessé, deux autres ombres derrière lui, le retenant fermement par la taille et les épaules.

Il secoua la tête et se tourna vers sa femme allongée sur la pierre glacée, sa chemise d‘un blanc de neige était maintenant maculée de sang.

Même en pressant ses deux mains contre la blessure, il ne pouvait empêcher le liquide de couler abondamment.

Il sortit une minuscule flasque de sa poche qui enfermait une substance d’un rouge rubis, parfait.

Il l’ouvrit et déchira la chemise de sa femme, il se pencha plus en avant pour examiner la plaie béante.

Il prit le tissu déchiré pour éponger le sang, et dès qu’il put suffisamment voir la blessure, il versa quelques gouttes de sa flasque, une odeur de chair brûlée se répandit dans l’air.

Il eut une grimace de dépit, la blessure ne s’était refermée que de quelques millimètres, la plaie était trop profonde.

Il posa son bras sous la tête de son épouse et la força à ouvrir la bouche, il versa le reste de la flasque dans sa bouche.

— C’est le seul moyen. Cela me laissera le temps de vous transporter au château, dit-il très vite, comme s’ il se parlait à lui-même, je ne vous laisserai pas mourir.

Catherine ouvrit les yeux et se relevant brusquement, crachat toute la potion sur le visage de son mari, en hurlant de douleur.

Le geste qu’elle avait fait pour se relever avait suffi à rouvrir la plaie qu’il avait eu tant de peine à refermer grâce à l’élixir.

Catherine eut un encore deux hoquets de douleur, le sang coulant de ses lèvres.

Elle fixa son mari intensément, attrapant de sa main gauche, avec la force qui lui restait, le revers de sa veste pour amener son visage tout près du sien.

— Il ne partira plus à présent, murmura-t-elle en esquissant un dernier sourire malgré sa souffrance.

Il secoua la tête.

— Ainsi en sera-t-il, puisque vous l’avez décidé…

Il leva les yeux vers la Tour, des cris et des pleurs lui parvenant toujours.

Il grimpa sur l’autel en pierre, releva le corps inerte de sa femme, le maintenant fermement contre le sien, le sang tiède continuant de couler entre eux deux.

— Nous serions partis avec lui, vous auriez dû me croire, chuchota-t-il à l’oreille de sa femme morte, ils seront bientôt là. Nous effaçons nos traces d’une manière ou d’une autre, finit il en pressant ses lèvres contre sa chevelure emmêlée.

Il sortit une autre flasque de sa poche dont il s’aspergea, et extirpa un briquet en argent de sa poche.

Du briquet en argent jaillit une flamme qu’il approcha de son corps.

— Purifies-moi Vulcain, et je renaîtrai le cœur pur, murmura-t-il en tenant fermement le corps de sa femme, avant de s’enflammer comme une torche.

Les cris et les pleurs que l’on entendait toujours portés par le vent redoublèrent de vigueur.

Ses yeux embués ne pouvaient distinguer que des silhouettes courbées par la souffrance, le feu commençait à ravager le parc, il eut encore un mouvement de sursaut en entendant un hurlement perçant et le bruit d’une explosion.

Paris de nos jours.

 

Le directeur de brigade était passablement énervé. Il venait de passer vingt-cinq minutes au téléphone avec son supérieur, pour couvrir un de ses hommes qui s’était un peu emballé au cours d’un interrogatoire.

Encore que le terme emballé soit un peu faible, le suspect avait les lèvres tuméfiées et un magnifique œil au beurre noir.

Il soupira et renversa la tête contre le dossier de son fauteuil, les yeux fermés, il essaya de se détendre quelques secondes.

Il jeta un coup d’œil par la fenêtre de son bureau, le soleil se levait déjà….

Puis, forçant sur son dos, il se redressa, prit le téléphone et composa le 1, indicatif du bureau de sa secrétaire.

— Sophie, essayez de joindre l’inspecteur Da Silva et dites-lui de venir dans mon bureau, c’est urgent.

— Je lui préciserai, Monsieur, lui répondit une voix douce, mais vous savez bien qu’il ne fait que ce qu’il veut.

— Je sais, je sais, consentit le directeur agacé, mais insistez quand même, il faut que je le vois au plus vite.

Non mais quel petit con  !

— Très bien, Monsieur, déclara Sophie.

II coupa la communication et décida de se préparer un bon café en attendant l’ouragan.

Il finissait sa deuxième cigarette, quand la porte de son bureau s’ouvrit avec fracas.

— Vous avez demandé à me voir ? interrogea le nouveau venu d’un ton quelque peu excédé.

Il était grand, blond, les cheveux en bataille, des yeux gris fatigués malgré son jeune âge, et une barbe de plusieurs jours ombrait ses joues.

— Asseyez-vous Da Silva, lui ordonna son supérieur assez sèchement. Vous faites encore les choux gras de la presse, reprit il en lui lançant le quotidien sur les genoux, vous êtes content de vous, je suppose ?

Celui-ci le prit nonchalamment et y jeta un rapide coup d’œil.

Il esquissa un sourire plutôt ironique en lisant le titre de l’article en question, et le déposa sur le bureau sans autre forme de commentaire.

— Dites-moi Da Silva, si c’est comme ça, lui demanda-t-il en pointant du doigt une photo du prévenu en assez piteux état, que vous interrogez tous les suspects ? Parce que si c’est le cas, vous n’avez pas choisi la bonne carrière. Nous ne sommes pas une organisation mafieuse ! tonna le directeur, vous ne pouvez pas continuer à observer vos propres règles ! Ce n’est pas notre code de conduite. Vous faites partie d’une police d’élite, montrez-vous en digne.

Il fit une pause, le regarda droit dans les yeux.

— J’espère que vous vous rendez compte de la situation dans laquelle vous me mettez, j’ai des comptes à rendre, moi ! On me demande en haut lieu de prendre une sanction !

— Je suis désolé, Monsieur, je vais essayer de me faire discret pendant quelques temps..

— Pfft ! Comme si vous le pouviez ! Écoutez David, poursuivit le directeur plus bas, je sais que vous traversez une mauvaise passe, j’ai appris pour votre femme, mais vous avez la garde de votre fils, alors ne foutez pas tout en l’air, reprenez-vous, merde ! Je couvre vos arrières cette fois encore, mais si vous refaites un écart, je serai obligé de vous suspendre, c’est clair ?

— Limpide, Monsieur.

Il se leva, lui signifiant ainsi son congé,

— Rentrez chez vous Da Silva, je ne veux plus vous voir ici, compris ?

— Très bien, Monsieur.

— Profitez-en pour passer un peu de temps avec votre fils.

— Merci, Monsieur.

En sortant du bureau de son chef de brigade, David se sentit coupable de lui causer autant d’ennuis.

Cet homme était comme un mentor, il l’avait rencontré à l’école de police où il était instructeur à l’époque.

Il atteignait le hall d’entrée quand il entendit :

— Hé ! Da Silva !

Il se retourna et reconnut Laurent Dillis, son partenaire.

Aussi brun que David était blond, ils étaient les exacts opposés, les deux faces d'une même médaille.

Laurent était toujours celui qui tentait de désamorcer la situation avec tact et diplomatie.

— Alors, comment ça s’est passé ? Vénézia t’a suspendu ?

— Non, il m’a sermonné pendant dix minutes et mis au frais pour quelques jours, rien de grave, lui répondit David avec un petit sourire.

— Tu veux aller prendre un verre avant de rentrer ?

— Non, je crois que je vais écouter le vieux Robert pour une fois et rentrer m’occuper de mon fils.

— C’est vrai que ce serait bien la première fois que tu suis ses conseils, constata Laurent en riant, mais je suis d’accord avec Grincheux sur ce coup, le petit sera heureux de te voir, et ta mère aussi je pense. Comment elle s’en sort avec lui ?

— Ils apprennent à se connaître, ça ne se passe pas trop mal pour le moment, espérons que ça continue.

— C’est vrai que le petit est assez imprévisible, pas évident pour elle. Enfin ! Elle a déjà eu un échantillon avec toi ! déclara Laurent d’un ton enjoué.

— Et si on parlait de toi ?

Laurent éclata de rire et leva les mains en signe de reddition.

— Non, je t’en prie, ne dis rien à ma femme, dit-il d’un ton faussement suppliant.

— Je vais y réfléchir, répondit David, à plus tard vieux, je dois vraiment y aller.

— Je t’appelle si ça bouge ici, promit Laurent

— Je te rappelle officiellement que je ne suis pas censé être en service.

— Je t’appelle, répéta Laurent.

— Ok.

Sur le chemin qui le ramenait chez lui, David pensait aux paroles de Laurent concernant son fils. Imprévisible, disait-il. C’était un terme bien en dessous de la réalité. A dire vrai, il ne trouvait aucun adjectif pouvant le qualifier.

Il était unique en son genre. Alex avait douze ans et il n’avait jamais prononcé un seul mot. Il ne souffrait pourtant d’aucune déficience.

Quand il eut trois ans, ils l’emmenèrent passer des tests, des dizaines de tests. Selon les docteurs, tout était normal.

Il n’était ni sourd, ni muet et son cerveau ne présentait aucune lésion.

Le psy qui travaillait avec eux au SRPJ lui avait demandé de réfléchir et de rechercher ce qui, dans son enfance, aurait pu créer ce blocage.

Il s’était creusé les méninges jour et nuit, pour en arriver à cette conclusion : il n’y avait aucune explication rationnelle ou émotionnelle justifiant son refus de communiquer.

C’était une des raisons qui avait poussé sa femme à les quitter tous les deux.

Elle se sentait responsable de son mutisme, elle en avait même fait une dépression.

Ils étaient seuls à présent, mais loin de les avoir rapprochés, le départ de Chris semblait avoir creusé un fossé entre eux.

Alex se plongeait dans ses livres de sciences, lui dans son travail.

Cela faisait trois jours qu’il n’était pas rentré à la maison, et pour dire vrai, il appréhendait le sermon maternel.

En poussant la porte d’entrée de chez lui, David prit une grande inspiration et vit ses prédictions se réaliser.

Sa mère l’assaillit de questions et de remarques acerbes telles que : «ton père se retournerait dans sa tombe s’il savait ce que tu es devenu» ou «ton père et moi ne t’avons pas élevé comme ça..»

Il ne comprenait décidément pas pourquoi sa mère mêlait son père à ses histoires alors qu’il était mort, qu’elle le laisse reposer en paix une bonne fois pour toutes.

Il était arrivé depuis cinq minutes seulement et il sentait déjà les prémices d’une migraine lui marteler le crâne.

— Je vais prendre une bière, Maman, fais une pause.

Il traversa le salon pour aller dans la cuisine, où son fils était attablé, en train de lire un bouquin de chimie, comme à son habitude.

— Salut, mon grand, tout va bien ? questionna doucement David en lui ébouriffant les cheveux.

Alex leva la tête et lui adressa un sourire timide, le fixant de ses grands yeux .

Son fils communiquait ainsi le plus souvent, il avait un regard étonnement expressif.

— Ta grand-mère ne te pose pas trop de problèmes ? lui demanda David en décapsulant sa bière.

Il esquissa un sourire et eut une moue qui voulait dire «on fait ce qu’on peut».

— C’est vrai qu’elle est un peu fatigante, confirma son père en levant les yeux vers le ciel, comme s’il appelait quelqu’un à son secours.

— Vous préparez une rébellion ? interrogea une voix sur le seuil de la cuisine.

— Non Maman, répondit David en riant, vers quelle heure doit venir Nadya ?

— Je dois te dire que je n’aime pas trop cette petite, répondit sa mère d’un ton pincé, je ne comprends même pas pourquoi tu l‘as engagée.

— Maman ! la reprit David exaspéré, elle est très compétente et Alex l’aime bien, c’est l’essentiel ! C’est lui qui passe son temps à étudier avec elle, pas toi.

Il n’avait eu d’autre choix que d’engager quelqu’un qui vienne donner des cours à Alex, puisqu’on lui avait fait clairement comprendre qu’on ne voulait plus de lui à l’école.

— Il est bizarre, il fait peur aux autres enfants, vous comprenez, lui avait dit la directrice d’un ton agacé.

— De quoi vous parlez ? lui avait répondu David, a-t-il été agressif avec les autres ?

— Non, Grand Dieu, jamais ! s’exclama la directrice.

Elle commençait à transpirer comme si quelque chose la mettait mal à l’aise.

— Alexandre a de très bons résultats et il n’y a apparemment pas de problème de discipline, poursuivit David, pourquoi m’avez- vous fait venir dans ce cas ?

— Ne faites pas l’innocent Monsieur Da Silva, je vous ai eu comme élève, je sais que vous n‘êtes pas un idiot, faites le lien.

— Je ne vois toujours pas, Madame.

— David écoutez-moi, je n’ai absolument rien contre votre fils, vous le savez n’est-ce pas ? C’est un enfant très intelligent mais il refuse de se plier à certaines règles et je ne peux pas l’accepter tant qu’il refuse d‘adopter un comportement social. Vous le comprenez, j’en suis sûre.

Elle marqua une pause et reprit d’une voix mal assurée :

— Il y a autre chose que je voulais vous montrer.

Elle sortit une douzaine de feuilles du tiroir de son bureau et les lui tendit.

— Reconnaissez tout de même que ceci est n’est pas représentatif des dessins que font les enfants à douze ans, reprit elle.

David examina attentivement les pages, il ne comprenait strictement rien à ce qu’il voyait.

— Alex est passionné de sciences, Christelle lui a offert une bonne douzaine de bouquins, il aura sûrement vu ces symboles dans ses livres ou à la télé. On ne peut pas contrôler tout ce que font les enfants, vous êtes bien placée pour le savoir, Madame Martin.

En effet, quelques mois plus tôt, David avait arrêté son plus jeune fils pour dégradation de monuments funéraires.

Il faisait partie d’un groupuscule néo-nazi depuis quelques années, sans que sa mère ne se soit doutée de quoi que ce soit, pourtant il vivait toujours chez elle.

— Je vous conseille de l’emmener faire une thérapie au plus vite, je connais quelqu’un de très compétent, je peux vous recommander à lui si vous voulez, proposa la directrice.

— C’est très gentil à vous, mais je ne vois pas bien comment un thérapeute pourrait nous aider, conclut David, amer.

Voilà pourquoi il avait été forcé d’engager Nadya.

C’était une étudiante en théologie très exubérante mais néanmoins patiente et tolérante avec son fils.

Et en plus elle cuisinait ! Comble du bonheur pour Alex, car sa grand-mère n’était pas ce qu’on pouvait appeler un cordon bleu. Elle avait réussi le prodige de les empoisonner avec du poisson pané.

Tout à ses pensées, David n’avait pas entendu le téléphone sonner.

Il entendit sa mère décrocher et répondre d’un ton sec «si vous voulez» puis raccrocher un peu brutalement.

— C’était Nadya, je présume ? questionna David, tu pourrais être un peu plus aimable Maman, ajouta-t-il.

— Fiche moi la paix avec cette fille ! lui répondit sa mère outragée, de toute façon tu pourras te rattraper, elle vient ce soir.

— Très bien, tu peux y aller si tu veux, je ne travaille pas jusqu’à Mardi, je vais m’occuper d’Alex, et merci pour tout, ajouta-t-il en lui adressant un sourire.

— Ça tombe bien, mon amie Annette m’a invitée à passer la semaine en thalasso à La Baule, je vais en profiter pour me faire un peu plaisir, dit-elle les yeux rêveurs.

— Tu as raison, profites-en ! s’exclama David, en la raccompagnant jusqu’à la porte.

Enfin seuls, soupira-t-il sitôt la porte fermée.

Il regarda son fils qui l’avait suivi dans le hall d’entrée.

— Que dirais tu d’une petite visite du Louvre, tous les deux entre hommes ! Ta grand-mère m’a dit que tu rêvais d’y aller.

La lueur extatique dans les yeux d’Alex lui tint lieu de réponse.

— Allez, beau gosse, va chercher ton blouson, il ne fait pas chaud dehors. Et si tu te dépêches, on pourra aller manger une petite pizza avant la visite.

Son fils se précipita dans les escaliers. Il devait avoir atteint la vitesse de la lumière quand il redescendit, le visage rouge et à bout de souffle, emmitouflé dans une doudoune noire.

— Bien, p’tit gars, tu as officiellement battu mon record, dit-il en lui tapant dans la main, allons y maintenant, ajouta-t-il en riant.

Ils sortirent tous les deux dans la rue et marchèrent jusqu’à la rame de métro la plus proche.

Alex souriait de toutes ses dents, il semblait avoir atteint le paroxysme du bonheur.

En le voyant ainsi, David se sentit coupable de ne pas être assez présent pour lui.

Une simple sortie au musée le rendait si heureux.

Il inspira profondément et décida qu’il était temps de faire passer sa famille avant son boulot.

Quoique ce fût plus facile en théorie que dans la pratique, il n’avait pas d’horaires fixes et il lui arrivait de passer plusieurs jours en planque.

Comment concilier les deux ? Il allait devoir apprendre et vite !

Ils descendaient tous deux du métro quand il aperçut un visage familier sur le quai.

— Christelle !

Son ex-femme se retourna et vint les rejoindre d’un pas résolu.

— Mon chéri, comme tu me manques ! déclara-t-elle en serrant Alex dans ses bras.

— Tu devrais le lâcher Chris, il va étouffer, lâcha David, quelque peu ironique.

— Excuses-moi mon poussin, lui dit-elle la mine déconfite, alors vous alliez où comme ça ? reprit elle s’adressant à David cette fois.

— Oh. on va se faire une petite après-midi musée pour changer.

Christelle haussa un sourcil, visiblement surprise.

— Je peux te parler deux petites minutes David ?

— Si tu veux.

Ils s’éloignèrent de quelques pas.

— Où tu veux en venir ? Tu essaies d’être élu «Meilleur papa de l’année» peut-être ?

— Je ne comprends pas !

Mais en fait, il ne comprenait que trop bien sa rancœur.

— Tu te fous de moi ! Pendant des années tu ne t’es pas occupé de lui, ni de moi d’ailleurs. Il n’y en avait que pour ton maudit travail ! Tu as attendu que l’on divorce pour assumer ton fils ? Combien de fois je t’ai demandé de venir avec nous quand on allait au cinéma ou même chez mes parents ? Mais évidemment tu avais toujours une bonne excuse ! Un criminel à arrêter, un rapport à écrire…

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