S comme Sophie

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Le narrateur a un fils de trois ans et deux maîtresses. Il pense souvent à une ancienne amoureuse, du nom de Sophie, qui l’a quitté ou… qu’il a tuée à coups de couteau, il ne sait trop. Il a entrepris une thérapie avec une psychologue chez qui il se rend régulièrement. Il se dit fou. Lire S comme Sophie, c’est entrer dans la tête de quelqu’un qui ne sait plus distinguer la réalité du fantasme, pour qui la ligne de démarcation entre les deux est floue, sans cesse fuyante. C’est vivre cette confusion de l’intérieur et voir le délire surgir dans la réalité. Pourtant, ce narrateur semble mener une vie «normale». Il écoute de la musique, il va boire et draguer au Cheval blanc ou aux Bobards, il conduit son fils à la garderie, il assiste à un lancement de poésie au Saint-Sulpice, il écrit un roman et en discute avec son ami Richard… Mais il voit aussi un rat traverser son appartement, puis les yeux de centaines de rats tapis sous ses meubles, il voit un doigt coupé dans un verre et des coups de couteau s’enfoncer dans le dos de Sophie. Confus et pourtant lucide, sans illusions sur lui-même et sur ce qui l’entoure, il jette sur le monde un regard cynique, empreint d’humour noir, tranchant comme un scalpel ou comme le couteau avec lequel il a peut-être tué Sophie. Son état affectif est trouble, mais son intelligence est vive. S comme Sophie est un roman lyrique, troublant, beau comme un blues lancinant chanté d’une voix rauque.
Publié le : jeudi 3 mars 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782892616811
Nombre de pages : 168
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Pierr
S co
roman
Romanichels
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La collection ROMANICHELS est dirigée par Josée Bonneville.
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S comme Sophie
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Pierre de Chevigny
S comme Sophie roman
éditeur
Extrait de la publication
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Chevigny, Pierre de, 1950-S comme Sophie : roman (Romanichels) ISBN 978-2-89261-633-0 I. Titre. II. Collection : Romanichels. PS8555.H46S2 2011 C843’.54 C2011-940150-9 PS9555.H46S2 2011
Les Éditions XYZ bénéficient du soutien financier des institutions suivantes pour leurs activités d’édition : – Conseil des Arts du Canada ; – Gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) ; – Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) ; – Gouvernement du Québec par l’entremise du programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres.
Conception typographique et montage : Édiscript enr. Maquette de la couverture : Zirval Design Photographie de la couverture : Nikola Miljkovic, iStockphoto Photographie de l’auteur : Christine Bourgier
Copyright © 2011, Pierre de Chevigny Copyright © 2011, Les Éditions XYZ inc.
ISBN 978-2-89261-633-0
er Dépôt légal : 1 trimestre 2011 Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Diffusion/distribution au Canada : Distribution HMH 1815, avenue De Lorimier Montréal (Québec) H2K 3W6 Téléphone : 514 523-1523 Télécopieur : 514 523-9969 www.distributionhmh.com
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Imprimé au Canada
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Extrait de la publication
Je suis sur la pente descendante de mon dernier cha-grin d’amour. C’est Archimède qui l’a dit :Tout corps plongé dans un profond état d’extase subit une poussée verticale de bas en haut jusqu’au jour où l’extase pique du nez subitement. C’est un principe de la physique tel qu’appliqué aux relations de couples. Après un bref épisode d’aveuglement, de fulgurance, quand les vapeurs de la passion se dissipent peu à peu, on peut voir les restants calcinés de deux corps qui nous ramènent brutalement au sens premier de l’extase :trans-port mystique, plaisir extrême, au figuré comme au propre, c’est un état voisin de la névrose…
J’ai rencontré Sophie aux Entretiens un jour où je n’allais pas bien. Je ne vais jamais bien mais, ce jour-là, c’était pire encore. Je revenais de l’urgence de mon hôpital de secteur où, après une attente qui m’avait semblé interminable, le psy-chiatre de garde m’avait posé des questions dont j’ignorais les réponses, des énigmes enrobées dans son langage un peu obscur de spécialiste de la détresse humaine. Un psychiatre, c’est un sphinx de la mythologie moderne, un thérapeute de l’âme qui essaie d’expliquer à quelqu’un qui marche pieds nus sur des tessons de bou-teilles que la douleur qu’il ressent est dans sa tête, pas dans ses pieds.
7 Extrait de la publication
s comme sophie
Il m’avait aussi dit que j’étais déprimé et m’avait prescrit despeululesque je dois prendre tous les jours. Ce sont des granules d’optimisme dans un flacon renou-velable avec une tête de mort qui sourit et la posologie pour me servir d’épitaphe au cas où ça ne marcherait pas…
Sophie était une habituée des Entretiens. Elle était seule à sa table, plongée dans la lecture d’un ouvrage très sérieux, et j’ai passé presque une heure à cher-cher un moyen d’attirer son attention lorsque soudain, sans crier gare, le destin s’en est mêlé. Elle a échappé un objet qui a roulé jusqu’à mes pieds, je l’ai ramassé, puis j’ai dit quelque chose qui l’a fait rire aux éclats, quelque chose de banal qui a ouvert une brèche dans nos timidités respectives. C’était le prétexte idéal à un rapprochement progres-sif, l’excuse rêvée pour arrimer nos deux effarouchements dans l’espace incommensurable et pourtant dérisoire qui nous séparait. Elle s’est assise avec moi et nous avons passé l’après-midi ensemble…
Je m’appelle Sophie. Je me souviens de la chanson qui jouait à cet instant précis, de chaque parole de la chanson et de la voix du chanteur en contrepoint de la mienne qui essayait de dire des choses intéressantes. Sophie riait de plus belle. Je lui tenais des propos qui semblaient farfelus et lui parlais de sujets graves sur un ton désinvolte : du principe d’Archimède, entre autres, et des effets pervers de l’amour quand subitement il bat de l’aile.
8 Extrait de la publication
s comme sophie
Après trois heures de placotage, bras dessus, bras des-sous sur le tapis de neige folle que la nature venait tout juste de dérouler sous nos pieds, nous avons pris le même chemin : celui de mon appartement. Dans la ruelle qui me sert de raccourci entre les Entretiens et chez moi, Sophie a eu un frisson et j’ai spon-tanément mis mon bras autour d’elle pour la réchauffer. (Si je précisespontanément, c’est parce que c’est contraire à toutes mes habitudes. Habituellement, je cal-cule, je pèse le pour et le contre dans une balance où il y a des gestes mécaniques et des sourires forcés.) J’ai mis mon bras autour d’elle, disais-je donc, et le frisson est disparu ou, plutôt, il a changé de forme et de couleur. Ça ressemblait vaguement à une ecchymose, un épan-chement de sang inexplicable et mystérieux qui s’était résorbé, mais c’était un avertissement, je crois, une mise en garde du destin contre les forces occultes de la nature humaine quand on l’accule au pied du mur, quand on la pousse malgré elle dans ses derniers retranchements. Quelques instants plus tard, nous avons ri de cet avertissement, nous nous sommes embrassés passionné-ment jusqu’à ce que les joues nous brûlent, puis la neige a fondu, la ruelle est devenue un épanchement de sang qui est devenu une ecchymose à son tour et je me suis réveillé d’un rêve qui n’était pas un rêve mais quelque chose d’ap-parent, un morceau de réalité qui avait fait irruption dans mon sommeil paradoxal ou bien l’inverse, je ne sais plus. Sophie était couchée à mes côtés. Je me souviens vaguement d’avoir fait l’amour avec elle. Je me rappelle l’état d’extase et la poussée verticale qui nous entraînait malgré nous dans une spirale de désir, et puis plus rien, le trou noir, la spirale du désir qui se
9 Extrait de la publication
s comme sophie
disloque tout à coup et éclabousse les murs d’ombres chinoises en panique, de silhouettes désemparées par l’imminence d’un grand malheur. Entre le premier coup de couteau et le dernier, il y a eu un orage dans ma tête. Entre le début de l’orage et l’éclaircie qui a suivi, le ciel a changé de couleur plusieurs fois, passant du gris au rouge puis du rouge au violet avec des éclairs de folie. Sur les paupières fermées de Sophie, il y avait un arc-en-ciel.
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