Sable

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La colonne avançait sur ses propres traces, avec la Lune pour seule compagne. Je l'imaginais tour à tour bleue, blanche et belle. Elle avait des antennes. Et moi j'étais tout sable, plein de jaune. Ma carte était jaune, mon chèche était jaune. Mes bras, mes yeux, mon âme et tout ce que je ne pouvais voir derrière le sable de mes lunettes. Nous roulions sur nos ombres. Dérisoire. Nous les suivions par instinct. Peur de se perdre au soleil du matin. Et moi qui t'aime Isabelle, je vais reprendre ma quête. Loin de ton corps parfumé qui m'obsède sans relâche. Je brûle en toi et tes lèvres me caressent d'une saveur étrange et apaisante.
Publié le : lundi 13 juin 2011
Lecture(s) : 151
EAN13 : 9782748104769
Nombre de pages : 103
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ISBN: 2-7481-0477-3 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0476-5 (pourlelivreimprimé)Philippe Guénard
Sable
ROMANACarolineetnosenfants
Émilie, HéloïseetJean-Eudes…«Éloignez-vous,celieuconvientàmadouleur,
Etjeveuxsanstémoinsyrépandredespleurs.»
Orphée. PremierActe, ScèneI.
Décembre. Les constellations dévoilent ce spec-
taclemuettisséd’innombrablesétoilesquiglissent,in-
sondables,au rythmequeleurimprimelagrandehor-
logedutemps. Lanuitestclaire. Lesastresserépandent
en un torrent limpide, parfois laiteux, sang nourricier
deDameLune. Sonmouvementperpétueldéclinede-
puistoujoursl’infiniquotidien. Etnous,laTerre,dé-
rivonsdanscettetempêtesilencieuse,telunfrêleesquif
à la recherche d’un port. Paris s’est endormi à l’abri
de ce phare. Décembre… déjà ! Qu’importe. Cette
nuitm’appartient. Féerieaufroidparfum,laneigere-
couvre tout pour la plus grande joie desenfants. Voilà
le Parisfeutré, celui des airs de fête. Un clochard s’est
réfugiésurunedecesbouchesdechaleurqueleMétro
luioffre…Unpied contresoncœur. Ah,Rimbaud de
mon enfance perdue !
La grisaille des quais me surprend. Les eaux
saignent, noires et gluantes, inquiétantes. Je presse le
pas. Perdusansmeslunettes,manuitestunbrouillard.
Alorsjemarche. Jemarcheencore. Encoreunpaspuis
un autre, autre délire. Cette nuit-là, j’ai rêvé. Vide.
Silence. Obsession… Eau, aube, soleil… Vie ! Tiens,
t’es là toi ? Quai des songes, je marche au ralenti. Un
groupe de passants croise ma route. Je suis scène du
Monde et la Seine à la fois. Pour une fois nous che-
minons ensemble, d’un même courant. Piaillements.
Le troupeau s’éloigne, emportant avec lui ses rumeurs
dérangeantes. Adieu. Ilestquatreheures.
Le téléphone sonne. Le débrancher… Non, ré-
pondre. Encore un effort. Un bras cherche à tâtons
l’objetdudélitpendantquel’autre,immobile,mesert
d’appui sous les draps.
-C’estIsabelle,biensûr. Jel’avaisoubliée…Elle,
non ! Nous avions rendez-vous ce matin. Presque
9Sable
midi ; elle est furieuse. Je tente de la calmer, mais les
mots n’y suffisent pas.
- A tout à l’heure, lui dis-je enfin, trop heureux
demettreuntermeàcefurieuxdialogue.
Pour éviter de sombrer dans la fatigue qui me
dicte l’oubli de tout, je me lève, titubant. Au dehors,
les flocons décrivent des circonvolutions gracieuses,
presque apaisantes pour mon état de somnambule. Je
n’aiqu’unepetitedemi-heurepourm’apprêter.
Emmitouflé dans un épais blouson de toile, les
mains profondément enfoncées dans ces larges poches
qui avaient soulevé mon enthousiasme au moment de
l’achat, je descends les trois étages qui me séparent de
lacouroùtrôneunarbreàl’essencemystérieuse. Seule
l’empreinte d’un chat marque la neige immaculée.
Machinalement, je la suis du regard pendant quelques
mètres, avant de me diriger vers le hall d’entrée déla-
bré. Je croise au passage l’un de ces voisins qui ont la
facultédevivredansl’ignorancelaplusparfaitedeleur
entourage. Lui rendant sa bien hypocrite politesse, je
tire le lourd battant de la porte d’entrée avant de me
plonger danslestumultesdela ville.
Carrefour de l’Odéon. Sous l’œil impassible de
la statue de Danton, Isabelle attend, grelottante. Ses
escarpins sont trempés. Courant les derniers mètres,
peut-être fut-ce pour me faire pardonner du mauvais
tourquejeluiavaisinvolontairementjoué,jelarattra-
pai.
- Ah, te voilà enfin !
-Désolé,jesuisréellementdésolédet’avoir…
-Oubliée? S’empressa-t-elled’ajouter!
-Maisnon,cen’estpasceque…
-Tuvoulaisdire?
Rienà faire. Là,jesentaisconfusémentquel’at-
tente avait été poussée à son paroxysme. Les femmes
savent être patientes, à condition toutefois de ne pas
trop en abuser ! Devant tant de désinvolture, Isabelle
ne manqua pas de me jeter un regard excédé. Après ce
10

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