Saguimè

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Le soleil brillait fort sur le village. La chaleur se faisait sentir encore en début de soirée. Le vieux Wanjugo sortit et fit une petite promenade. Il venait de consulter les ombres des maisons et des arbres. Quelques instants après, le cor sonna. De tous les coins du village les hommes surgirent, pioches et haches en main. Les tout jeunes, l'air hébété, ne comprenaient rien à cela et s'interrogeaient. Les femmes, toujours curieuses, abandonnèrent leurs travaux ménagers pour aller voir la scène. Cette génération de villageois n'avait ni connu ni assisté à un tel spectacle. Elle en avait entendu parler de la bouche des anciens. Tout le village se retrouva ainsi autour de la maison de Bisso. Le conseil des sages arriva, conduit par Wanjugo, le vieux gardien de la tradition. Il avait l'air grave, fortement attristé mais décidé à donner une leçon pour que plus jamais l'on osa.
Publié le : vendredi 14 juin 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342007787
Nombre de pages : 86
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Léopold Togo
SAGUIMÈ
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0118454.000.R.P.2013.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
À toutes les femmes de mon pays ! En hommage à leur courage, leur fidélité et leur dévouement.
Danou était un village prospère, sis sur des plaines fertiles. Ici il pleuvait abondamment. La végétation était dense et la faune riche. La contrée navait jamais souffert de faim ni de soif. Ici, comme partout ailleurs, la bonne moralité était de ri-gueur. Les comportements impudiques étaient punis sévèrement. Tout le monde le savait, tout le monde le voulait. Et cette rigueur était dautant plus nécessaire que la nature avait toujours été clémente à leur égard. Pour éviter que les jeunes commettent des erreurs, les vieux les mariaient tôt. Le premier mois de la saison des pluies était réservé aux noces qui se fai-saient sans grandes dépenses ni tapages. La coutume ne le permettait pas, la période non plus. Les jeunes se mariaient dans la plus grande simplicité et continuaient à cultiver les champs. Le village grossissait et se modernisait. Après les récoltes, les jeunes gens allaient à laventure à la découverte du monde. Beaucoup y revenaient avec quelque fortune et ouvraient un petit commerce de sucre, bonbons, colas et tissus. Certains, parmi eux, en tiraient de bons profits et se faisaient de largent. Bisso, jeune homme dynamique de trente-cinq ans, était de ceux-ci. Il se fit une bonne fortune avec son commerce, aidé en cela par son épouse. Il acheta un joli vélo qui lui facilita les dé-placements. Son âne voyageur put désormais se reposer tranquillement. Il ne fit plus le tour des foires dans les différen-tes localités de la contrée. Une année plus tard, Bisso épousa une deuxième femme. Son commerce prospérant chaque année, il vendit le vélo et acheta une mobylette qui facilita le transport
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de ses marchandises et donna un bon en avant à son petit commerce déjà florissant. Chacune de ses épouses avait une dotation de produits quelle vendait en son absence. Largent entraînant le vice, Bisso voulut épouser une troi-sième femme. Ses parents sopposèrent énergiquement à sa décision. Il nalla point à lencontre de la volonté de ceux-ci, mais il entretenait plusieurs amantes dont des femmes mariées. Le milieu social nautorise pas de tel comportement. Ses amis et ses parents lui conseillèrent darrêter de telles bêtises. Elles le ruineraient. Bisso leur promit de ne sadonner désormais quà son petit commerce et doublier les petites amies. Des mois sécoulèrent. Les amis constatèrent avec joie quil avait tenu parole. Les murmures dans le village se turent. Tout fut oublié. Les hivernages dans le pays étaient très pluvieux et au mois de septembre, les hautes herbes recouvraient entièrement la savane. Les jeunes bergers avaient du mal à conduire leur trou-peau. Ils montaient sur des arbres pour repérer les animaux et ensuite les orienter selon la position des champs. Les cultures étaient terminées, pratiquement. La moisson nallait plus tarder : le mil mûrissait déjà. En cette période, les paysans ne sattardaient plus aux champs. Quand le soleil montait, ils re-tournaient au village. Seuls quelques rares chasseurs, en quête de gibier, pouvaient encore traîner çà et là. Ce jour-là, comme dhabitude, Bisso partit pour la foire de Anabara, un village voisin. Les siens lui souhaitèrent une bonne recette. Le parcours était parsemé de monts et vallées ver-doyants, même en ce moment-ci où la nature jaunissait. Bisso avait perdu lhabitude de parcourir cette brousse de-puis quil avait commencé son commerce. Il navait plus le temps dy aller. Ce jour-là, il emprunta un sentier qui le condui-
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sit dans un hameau de culture. Là, il connaissait le chef de fa-mille pour lavoir rencontré maintes fois dans les foires. Il confia sa mobylette à la famille tout en leur disant quil était poursuivi par des douaniers. Son ami, Andè, sempressa de ca-cher les bagages et la moto pendant que Bisso disparaissait dans les feuillages. Dans un champ de fonio il ramassa les feuilles, laissées après les récoltes, et se prépara une couchette. Vers midi, il se rendit près de la route, monta sur un arbre et se mit à guetter. Il ny avait presque plus de passants. Seule une femme se pressait pour rejoindre sa destination. Elle suait et son visage trahissait la fatigue. Sous un arbre elle descendit son panier de haricots. Elle essuya sa sueur et jeta un coup dil rapide aux alentours. Bisso, de sa place, lépiait. Il sassura dabord que personne nerrait encore par là, puis cassa une branche darbre. Elle lentendit et comprit aussitôt. Elle porta son panier, regarda encore de tous côtés et disparut dans les feuillages. Le soleil était bien haut. Tout se reposait. La brise qui souf-flait depuis le matin avait cessé, elle aussi. Les oiseaux ne chantaient plus. Quelque boa affamé, rentré bredouille de leur chasse nocturne, errait çà et là à la recherche dune proie. Les chasseurs avertis savaient que ce moment de la journée était propice à la petite chasse. Nomolou en était devenu un expert. Il rentrait dans les bois et restait longtemps à attendre sa proie. Il tuait de gros serpents et vendait leurs peaux. De la graisse quil en tirait, il préparait des médicaments. Ce jour-là, son at-tente fut vaine. Aucun serpent ne sortit, mais il savait quil y avait toujours un résultat au bout de leffort et de la patience. Et il attendit. Non loin de lui, un lièvre, en fuite, cogna un tronc darbre et reprit sa course. Nomolou se décida à suivre ses tra-ces. Il valait mieux rentrer avec un lièvre que bredouille. Il sortit donc de sa cachette et alla à la recherche du lièvre. Il fouilla tous les buissons environnants, en vain. Il continua néanmoins son chemin à pas feutrés, sarrêta soudain, prêta loreille : de larbre
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voisin lui parvenait un soupir. Une personne en douleur, pensa-t-il. Il arma son fusil et avança prudemment vers le bruit et par-vint jusquà larbre. Bisso et Saguimè, bien occupés, ne lentendirent pas. Nomolou prit rapidement ses précautions en prévision de la réaction de lhomme et, subitement, interpella :  Que faites-vous là ? Bisso et sa compagne se levèrent en sursaut. La femme, dun geste rapide, ramassa son pagne et disparut dans les bois. Bisso ne put bouger. À peine put-il cacher de la main sa nudité.  Toi, Bisso ! quas-tu fait ainsi ?  Nomolou, je te demande pardon. Je ten prie ne me fais pas honte. Je te donnerai autant dargent que tu me demande-ras. Nous pouvons nous entendre. Nomolou le regarda fixement. Habille-toi, ordonna-t-il. Bisso shabilla et se jeta à plat ventre devant Nomolou pour le supplier.  Lève-toi, Bisso, cest inutile. Le simple fait de tavoir vu est une obligation pour moi de rendre compte aux vieux, gar-diens des traditions. Tu le sais très bien. Sinon les fétiches me prendront. Laisse le panier de haricots et le sac et va-ten. Nomolou porta son fusil en bandoulière et prit sur ses épau-les le panier et le sac et disparut à son tour dans les bois.
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