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Sait-on jamais

De
117 pages
Il n'y a pas eu de baiser. J'aurais aimé m'imaginer : Rett Butler arrivant en courant et prenant Scarlett dans ses bras dans un long baiser fougueux. Tout ceci sur le "Boul’mich". Non, à sa place, il y avait Pierre, cinq ans, qui a effleuré la joue de Nathalie, quatre ans. C'était sous le gros marronnier de la cours, pendant la récré. Puis la cloche a sonné et ils ont chacun rejoint leur salle de classe.
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Sait-on jamaisRichard Picard
Sait-on jamais
PAS DE GENRE SPÉCIFIQUE© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1817-0 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-1816-2 (pour le livre imprimé)Avertissement de l’éditeur
Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques
littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre.
D’éventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de
la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du
traitement de l’ouvrage, le texte en l’état.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone:0148075000
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comLa mer n’est pas loin. Toujours la mer. C’est
une passion. L’eau en général, mais surtout la mer,
l’océan,cettemassequinesereposejamais. Lamer
est comme un Tango. Les violons lancinants élèvent
leur plainte, leur gémissement. D’un coup, c’est la
tempête,ledéchirementdel’archetcontrelescordes,
le cri d’une passion et le mouvement se renouvelle.
La vague, le tango, un désespoir, une mélodie in-
fernalequis’accrochedetoutessesforcesauxcœurs
des hommes. La plage est une grande salle de bals.
Les invités se lancent dans le va et vient du tango
et la vie prend forme, comme une vague qui prend
sesrepères pourmieuxs’élancersur laplageinsou-
ciante.
Tout me fait penser à toi. Je me surprends à
dire"BonjourMadameouMonsieur"àdesgensque
je tutoie d’habitude. Je suis plus silencieux aussi.
Peut-être à force de me parler trop à moi-même.
Je suis silencieux et mes yeux se perdent dans un
brouillard de songes. J’ai envie de vivre au bord de
la mer, au bord de tes yeux, là où je pourrai sans
cesse me plonger dans ton regard.
C’estsixmoisplustardque jereprendlefil dece
carnetcommencéendécembredernier. C’estsousle
parfum des arbres de cette autre ville, que le tango
reprendsonrythmeinfernal. Jemedisquepeut-être
à force de penser à toi, alors naîtra cette histoire
7Sait-on jamais
merveilleuse que tu as si doucement avortée avant
qu’elle ne pousse son premier cri. Aussi j’essaye de
créer un roman d’amour à partir d’un rêve.
J’écoute donc ce tango inlassablement depuis
maintenant plus d’une heure. Le même, avec ce
même violon qui implore à ma place. Je tente de
transcrire ce qu’il ne peut que pleurer ; Un amour
trop court, un amour déçu, celui d’un homme pour
une femme douce dont il n’a jamais cessé de rêver.
Une femme dont la mémoire est plus triste et plus
endiablée que le son du tango. Une femme qui est
l’archet de ce violon, qui le martyrise à plaisir et
sans relâche, un archet qui déchire les cordes de
mon cœur jour après jour.
Jemejette aux pieds de l’orchestrequi joue pour
nous, celui qui n’était pas là il y a six mois dans ce
bistrot miteux. Un oui, un non, prononcés dans un
soupirsurunebanquette,séparésdéjàparunetable
poisseuse,deuxverres,unetasseetquelquespapiers
cadeaux soigneusement repliés sous les frisettes do-
rées.
"Jet’aimeetilfautquejetelaisse,
Ma main est par mon coeur épuisée ;
Mais pardonne moi cette faiblesse
Car il n’en est point de mes pensées."
J’aitoujoursrêvédepublierunmorceaud’amour.
De ces bouts que les gens gardent précieusement,
qu’ils reprennent de temps à autre sur leur étagère
pour les feuilleter et revivre le morceau qui leur
manque dans leur vie à cet instant précis. Comme
ce baiser sur ce quai de Seine. Il me ronge le coeur
chaque jour un peu plus. Le voici maintenant, sur
papier, mentionné simplement, mais prêt à revivre
dans l’imagination de tous ceux qui le prendront de
mon coeur pour le modeler à leur façon, pour cher-
chercemorceaudenotreamourquicombleralevide
dans le leur.
"Mon coeur se brise sans cesse pour ton amour,
8Richard Picard
Et le vent qui souffle dans les rues des souvenirs
Nepeutrienbalayerdemesdouloureuxsoupirs :
Demain, je passerai sans toi un autre jour."
Et les violons reprennent une fois de plus leur
courseendiablée,dansleurfrénésieimpitoyable,ils
ne laissent rien sur leur passage. Comment défi-
nircettetornade,commentexpliquercelaautrement
que par la passion brûlante. Un instant fou et dé-
moniaque où deux étrangers se lancent dans la vie
sans poser de question. Un regard, un soupir, une
respiration saccadée par l’angoisse de faire ce faux
pasqueguettelafoule. Lesyeuxdes autres ontsou-
ventcetétrangepouvoirdedicternos actions,notre
conduite. Undeux,undeux,undeux,troisetquatre,
cela repart, le regard fixé sur le néant, les dents
serrées et la souplesse de deux corps unis dans la
danse. Personnen’oseinterromprel’orchestre,per-
sonnen’osechanternipleurerpourlui,carilsaitle
faire mieux que quiconque.
Maislorsquedeuxêtress’élancentsurlapiste,ils
ne sont pas seuls. Pourtant ils ne sont que deux, et
le regard de la foule est vite oublié, mis de côté, car
lapassionenvoûtantedel’orchestreresteseulejuge
des faits. Quelque part entre ces deux personnes,
entre cette femme et cet homme, un troisième per-
sonnage réussi à s’incruster, se complait à donner
la mesure. C’est lui qui fera que l’archet écrase les
cordes,luiquidonnerasasonoritéauviolon,lesfera
pleurerourirejusqu’àcequel’undesdeuxsebrise.
Le violoniste n’y est pour rien. Il n’est que témoin
decequel’onluidemanded’exécuter. Non,quelque
part sur la plage, dans cette salle, quelqu’un dicte
la force des vagues, provoque les marées. En ath-
létisme, cela s’appelle un lièvre. Lors d’un concert,
cette personne n’est autre que le chef d’orchestre.
Chaquehistoireasesviolonsetchaqueviolonest
tenu par des mains. Il est toujours trop tard pour
9Sait-on jamais
reconnaîtreà quielles appartiennent. Le coeur, em-
brasé par la musique, oublie de voir le chef d’or-
chestre. Ce n’est qu’à la fin du spectacle, alors
que l’on applaudit, alors que l’on porte à sa gloire
cet homme, cette femme, que l’on se rend compte
de l’ironie. Cette personne qui enflamme si bien
les cœurs est aussi celle qui mène à sa fin cette
même passion. Impuissants, nous applaudissont,
aussi traître soit ce moment…
10I
IlfaitchaudàParisencemoisdejuillet. Lamoitié
delavilleestdéjàpartieenvacancesverslesplages
dorées du midi et de la côte Atlantique. Ah, cette
routesipaisiblequirespirelebien-être. Jememarre.
D’annéeenannéeBisonFuténes’améliorepas. De-
puis le temps, les gens auraient du comprendre que
le jour non-indiqué par le génie des routes doit être
celui de leur départ. Mais non, ils préfèrent écouter
lebraveBisonquinecessedeleurrépéterqu’ilfaut
partir au lendemain de la période rouge. Alors évi-
demment la période rouge devient verte et la verte
devient rouge. Résultat, des milliers d’automobi-
listes furibards sur l’autoroute A6 en direction du
Tunnel sur Fourvière, avec les mômes qui braillent
parce qu’ils ont soif par trente cinq degrés dans la
voiture à l’arrêt sur le bitume. Normal.
Je ne pars pas. Ou plutôt si, je pars errer à tra-
verslesruesdésertesdelacapitale. Parisn’esttran-
quille qu’aux mois de juillet et août. Les touristes
ne sont pas méchants et la plupart n’ont pas de voi-
ture. Donc, facile de se garer où l’on veut. J’ai
bien une voiture mais en général je partage avec
tant d’autres la voiture numéro huit qui s’arrête en
boutdequaiàPasteur. Lignenumérodouze,Mairie
d’Issy-PortedelaChapelle. Malignepréféréec’est
la six - Etoile/Nation. C’est celle qui traverse Paris
enpleinair,cellequejeprendslorsquej’aienviede
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